Silvio Berlusconi, encore et toujours

Par Le Petit Journal de Rome | Publié le 14/02/2022 à 07:00 | Mis à jour le 14/02/2022 à 07:00
Les récents problèmes de santé de Silvio Berlusconi ne semblent pas avoir impacté sa volonté de revenir au premier plan sur la scène politique

Silvio Berlusconi est un personnage historique de la vie politique italienne (il détient le record de longévité à la présidence du conseil, neuf ans, et est toujours à la tête du parti qu’il a créé, Forza Italia), mais également d’autres domaines, du sport (ancien propriétaire de l’AC Milan jusqu’en 2017) à l’économie (son holding Fininvest est dans le capital de nombreuses entreprises) en passant par les médias (dirigeant de Mediaset, principal groupe de média italien).

 

Un rapport aux médias particulier

Silvio Berlusconi possède de nombreuses entreprises, rédactions, chaines télévisuelles ou encore éditions de livre grâce à son groupe Fininvest. Il détient les chaines Canale 5, Italia 1 et Rete 4, qui concurrencent la RAI, la chaine du service publique. Durant ses années à la Présidence du Conseil, il n’a pas hésité à utiliser la RAI à des fins politiques, l’opposition lui reprochant souvent le caractère partial de l’information proposée à la télévision italienne. Il possède également Il Giornale, dans lequel il n’hésite pas à se mettre en valeur et faire passer ses idées politiques.

Il s’est ainsi offert une véritable page de pub dans l’édition du 13 janvier du quotidien milanais, se présentant comme « un héros de la liberté » et une « personne bonne et généreuse ». S’ensuit une liste de 25 qualités à la gloire du Cavaliere, alors que les intentions d’une candidature de Berlusconi se faisaient de plus en plus pressantes. Officiellement, le journal s’est défendu en expliquant que cette initiative était l’œuvre de proches de Berlusconi. Or, le journal est justement détenu par la famille Berlusconi, dont l’influence dans les conseils de rédaction est indéniable. Fininvest possède plus de 50% d’Anorldo Modadori Editore, premier groupe d’édition transalpin avec un chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros.

En fait, Berlusconi est à la tête d’un réseau tentaculaire à tous les étages du pouvoir italien. Il est ancré aussi bien dans les sphères politiques qu’économiques, sportives ou encore journalistiques. L’article de  Paola di Caro, du Corriere della Sera du 3 février, illustre ce pouvoir. Elle rapporte une rumeur selon laquelle Meloni, la leader de Fratelli d’Italia (FdI) aurait moins de place sur les chaines télévisuelles possédées par Berlusconi (certaines participations de FdI à des émissions de Mediaset ont été annulées) alors que leurs désaccords semblent de plus en plus marqués. Même si Guido Crosetto, coordinateur du parti de Meloni, a voulu rassurer l’opinion publique en déclarant que « Berlusconi de ferait jamais une chose pareille », cette tension illustre le potentiel médiatique dont jouit encore Berlusconi pour affaiblir ses adversaires et influencer directement et indirectement la vie politique italienne.

 

Un retour au premier plan dans la vie politique

Fidèle à sa réputation d’éternel revenant, Silvio Berlusconi a signé son retour sur la scène politique italienne lors des élections présidentielles italiennes, après quelques années où il s’était fait plus discret. S’il a finalement renoncé à se porter candidat (ses intentions de candidature étaient qualifiées de « tristes blagues » par Giuseppe Provenzano, chef adjoint du Parti démocratique), Berlusconi, affaibli par des problèmes de santé, a néanmoins réussi à empêcher Mario Draghi à se présenter au Quirinale. Ces derniers jours, ce sont les publications de ses revenus qui ont fait bondir la presse italienne, qui relève qu’il est l’homme politique le plus riche d’Italie depuis plusieurs dizaines d’années et qu’il n’hésite pourtant pas à omettre certaines transactions dans ses déclarations fiscales. Si la presse italienne s’est toujours délectée des nombreux scandales qui ont entaché la carrière du Cavaliere, la couverture médiatique autour du personnage Berlusconi montre qu’il est toujours au centre des attentions politiques.

 

La construction d’un « Grand centre », dernier projet de Berlusconi ?

Il Cavaliere compte d’ailleurs se relancer une nouvelle fois avec sa proposition de créer un « Grand centre » italien. Il a en effet refusé le projet de créer un grand parti de droite à l’américaine, initiative du chef de la Ligue Mateo Salvini. A l’inverse, Berlusconi semble vouloir se détacher de cet encombrant allié, qui s’est distingué durant les élections présidentielles par des revirements de dernière minutes et des propositions de candidats surréalistes. L’ancien triple président du Conseil cherche à présent à montrer une image apaisée, loin des polémiques qui ont construit sa renommée, pour séduire un électorat centriste allergique au conflit et en quête de stabilité. C’est dans cette logique que Forza Italia lorgne les partis centristes italiens, Italia Viva de Matteo Renzi et Coraggio Italia. Cette éventuelle création d’un « Grand centre » italien intéresse même les instituts de sondage, qui cherchent à évaluer le poids politique d’une alliance centriste.

Ipsos a ainsi réalisé il y a quelques jours une enquête d’opinion sur le potentiel électoral de ce centre en construction, qu’il estime à plus de 15%. Ces chiffres devraient motiver Berlusconi à poursuivre son recentrement politique. Toutefois, comme le rappelle Roberto D’Alimonte, spécialiste des systèmes électoraux, l’émergence d’un tel parti politique dépend fortement de la future loi électorale italienne, à un an des prochaines législatives. Si en revanche une chose est bien sûre, c’est qu’à 85 ans, Il Cavaliere ne semble pas prêt à quitter l’arène politico-médiatique.

 

Clément Lefebvre

Sur le même sujet
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Rome !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Rome.

À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale