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Valentina Maini nous parle de sa « mischia »

Par Noé MALAPRIS | Publié le 12/11/2021 à 08:56 | Mis à jour le 12/11/2021 à 15:02
Photo : Le premier roman de Valentina Maini, La mischia, publié en 2020.
Le premier roman de Valentina Maini, La mischia

Traductrice et écrivaine, Valentina Maini a récemment remporté un appel à candidatures pour effectuer une résidence de deux mois à Paris. Organisée en collaboration avec l’Institut français, l’Ambassade de France en Italie et la Cité Internationale des Arts de Paris, c'est une opportunité qui lui permettra d’engranger de l’expérience et de poursuivre son travail dans un cadre exceptionnel.

 

LPJRome : Madame Mainivous êtes une traductrice et écrivaine italienne née à Bologne à la fin des années 1980, traduisant des livres français et anglais dans votre langue maternelle, l’italien. Quel est le genre que vous préférez translater, et pourquoi ?

VM : Je n’ai pas un genre favori. C’est plutôt la qualité de l’écriture qui me frappe, le mouvement d’une phrase que je peux retrouver dans n’importe quel genre littéraire. J’adore me confronter avec des écritures très différentes par rapport à la mienne, je trouve cela enrichissant, même si c’est difficile, après, de revenir à ma propre voix.

LPJRome : On pourrait croire que le français est plus proche de l’italien que ne l’est l’anglais, et serait donc plus simple à traduire. Mais qu’en est-il réellement ? Avez-vous une préférence, ou y êtes-vous indifférente ?

VM : Chaque langue a son propre rythme et la difficulté réside dans l’effort de respecter la vitesse, l’élégance, l’agressivité d’un texte, quelle que soit la langue dans laquelle il est écrit. Je ne sais pas s’il y a une langue plus difficile à traduire, cela dépend toujours de l’originalité, de la force de l’auteur. Quand c’est un vrai artiste qui écrit, il se crée une nouvelle langue sur la page, et le traducteur doit d’abord la comprendre, en saisir l’essence. Lorsque c’est fait, il doit chercher le moyen de travailler sur sa langue maternelle afin de s’en approcher. Cela dit, c’est vrai que l’anglais est peut-être plus problématique à traduire car c’est une langue très rapide et pétillante, et ce n’est pas toujours facile de retrouver ces caractéristiques dans l’allure de l’italien.

LPJRome : Comment se passe le processus de désignation pour pouvoir traduire un livre ? Est-ce l’auteur qui vous choisit, ou vous qui postulez auprès d’une maison d’édition, ou bien un autre procédé ?

VM : Parfois, quand je tombe sur un texte qui me plaît, c’est moi qui le propose aux maisons d’éditions dont j’estime qu’elles pourraient être intéressées. Sinon, c’est l’éditeur qui me demande si je veux traduire un texte. Les cas où l’auteur choisit son traducteur sont très rares. La plupart du temps, cela se passe quand les deux sont célèbres !

LPJRome : Quelle est la recette, selon-vous, d’une bonne traduction ?

VM : Une fragile balance entre respect et liberté. Il faut chercher à disparaitre, à servir le texte. Le changer jusqu’à le faire ressembler à lui-même.

LPJRome : Vous venez de publier un roman, La mischia, sorti en 2020 pendant le confinement. L’écriture vous a-t-elle permis d’échapper à l’enfermement lors de cette période, ou étiez vous au contraire vidée de toute inspiration dû au contexte ?

VM : J’ai écrit La mischia entre 2017 et 2019. De ce fait, l’écriture de mon roman ne m’a pas aidé à échapper à l’enfermement. J’ai effectivement trouvé cette période très toxique pour mon écriture, qui se nourrit des rapports avec les gens, de leurs histoires, des échanges. Perdre cette connexion avec le monde m’a beaucoup appauvrie, oui.

LPJRome : Pouvez-vous nous résumer La mischia avec vos propres mots ?

VM : C’est l’histoire de deux jumeaux de 25 ans, Gorane et Jokin. Ce sont deux êtres humains très fragiles, d’une grande vitalité, grandis dans une famille violente et avec une éducation très particulière. C’est un livre sur le désir, la dépendance, les liens familiaux parfois indissolubles, et sur la peur de devenir adulte. C’est aussi un texte sur l’art, sur sa force métamorphique, la possibilité qu’il nous donne de nous libérer, mais aussi de nous détruire.

LPJRome : Vous partagez votre temps entre la France et l’Italie. On dit souvent depuis Jean Cocteau que les Italiens sont des Français de bonne humeur. Qu’en pensez-vous ?

VM : Si c’est vrai, alors je suis vraiment « partagée », car j’oscille toujours entre la gaieté et la mélancolie la plus sombre.

LPJRome : La qualité de votre travail vous a permis d’être lauréate d’un appel à candidatures en vue d’une résidence à Paris pour les jeunes traducteurs italiens ayant traduit au moins un livre en français. Félicitations ! Qu’attendez-vous de cette résidence de deux mois, qui commencera début novembre ?

VM : J’espère pouvoir trouver une très belle bande dessinée à proposer aux éditeurs italiens et j’espère qu’une maison d’édition acceptera ma proposition. J’espère aussi qu’une fois terminée la résidence, j’aurai une idée plus claire du marché éditorial français, afin de pouvoir continuer mon travail de scouting sans perdre trop d’énergie.

LPJRome : Quels conseils adresseriez-vous à une personne française venant s’installer en Italie ?

VM : Soyez tranquilles, les Italiens vous adorent ! Il vous suffit de garder votre petit accent. Ne mentionnez pas le mandolino, on ne joue pas de cet instrument ! Et ne parlez jamais de foot…

Noé MALAPRIS

Noé MALAPRIS

Étudiant à Sciences Po, j'ai la chance de passer ma 3e année à Rome, où j'effectue un stage d'un semestre au Petit journal.
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