

En 2011, s'éteignait à l'âge de 81 ans, l'alpiniste et photoreporter Walter Bonatti, un mythe pour sa génération. Pendant plus d'un demi siècle, il a fait rêver des hommes et des femmes au travers du témoignage de ses expéditions en haute montagne d'abord, puis dans les territoires sauvages du monde entier, sur les traces de ses écrivains préférés. Une rétrospective lui est dédiée à Milan, au nouveau pôle de la photographie jusqu'au 8 mars 2015.
L'obscur versant de l'alpinisme
Qui pouvait croire qu'une activité comme l'alpinisme deviendrait un jour source d'amertume et de diffamation pour Walter Bonatti? De quoi le détourner de cette passion pour se lancer comme journaliste en solitaire, vers des territoires conscrits de légendes. Et ce pour le plus grand de notre plaisir, car cette nouvelle expérience a fait de lui un photoreporter des grands espaces, unique.
A 24 ans, une carrière prometteuse d'alpiniste et de guide le mène à 8.100 mètres d'altitude, quand il est sélectionné en 1953 pour faire partie d'une expédition italienne ayant pour objectif de conquérir le K2 (8.611 mètres) dans l'Himalaya. Il est alors le plus jeune d'une équipe de 11 alpinistes, chargé de ravitailler en oxygène ses compagnons de cordée. Il est abandonné en cours de route, obligé de bivouaquer à très haute altitude dans des conditions extrêmes, tandis que les autres rejoignent le sommet et sans oxygène, a priori. C'est à tort qu'il sera alors accusé d'avoir utilisé cet oxygène pour lui. Il n'obtiendra gain de cause que 50 ans plus tard.
Nul n'est prophète en son pays. Et aux yeux des Français, Bonatti est au contraire un héros. Déjà en août 1955, il ouvre en solitaire la voie sud-ouest du Dru dans le Massif du Mont-Blanc, considérée inaccessible, et qui sera baptisée en son honneur Pilier Bonatti. En 1961, alors que les médias italiens trouvent encore à redire sur son compte suite à un accident survenu sur le pilier central du Mont-Blanc, où 4 alpinistes sur 7 perdent la vie lors d'une tempête, l'alpiniste français Pierre Mazeaud, sauvé par Bonatti lui-même, rétablira sa réputation. Ce sauvetage lui vaudra la Légion d'honneur.

Des ?selfies? avant l'heure
Les nombreux procès accusateurs, et ceux menés pour rétablir sa réputation tout au long de son existence, ont tôt fait de
Si ses expéditions ont fait rêver les jeunes de son époque, il doit lui même ses rêves aux aventures de grands écrivains qui l'ont accompagné durant son enfance et toute sa vie. Le voilà pendant l'été 1965 sur la route des chercheurs d'or du Canada et de l'Alaska, pagayant pendant près de 2.500 kilomètres sur le fleuve Yukon, sur les traces de Jack London. En 1967, il part à la recherche du Monde perdu de Sir Arthur ConanDoyle sur les hauts plateaux du Vénézuela. En 1969, on le retrouve aux Iles Marquises en Polynésie parcourant l'itinéraire aventureux que Herman Melville décrit dans son premier roman autobiographique Taipi (1846). Sans oublier les caraïbes de Daniel Defoe !
Bonatti ne photographie pas seulement les grands espaces, les indigènes, les terres sauvages mais aussi ses propres exploits, à la limite du narcissisme. Il est en fait le sujet de la plupart de ses photos, dans une situation qui met en valeur ses qualités acrobatiques et son physique de héros. Ces selfies avant l'heure sont devenus sa signature. Une façon de nous donner une échelle de l'homme face à l'immensité de la nature, bravant souvent les dangers. On peut l'admirer nager parmi les hippopotames ou accroché sur un arbre, au milieu de la forêt amazonienne, un peu Tarzan un peu Robinson! Il aura raison de la planète en traversant tous les continents, les déserts de sables comme ceux de glace, en s'autophotographiant à distance à l'aide d'un câble électrique de 100 mètres.
La rétrospective qui lui est présentement dédiée au Palazzo della Ragione retrace sa vie et expose ces magnifiques photos. "Une belle photo doit stimuler la sensibilité et la fantaisie de celui qui l'observe, au point de lui faire imaginer ce qui précède et ce qui suit la scène photographiée", écrit-il.
Les trente dernières années de Walter Bonatti ont été consacrées à la rédaction de ses propres aventures. Son message se traduit dans le souhait d'une nouvelle ère où l'exploration humaine cède le pas à l'introspection pour recréer un dialogue avec la nature qui ne soit pas forcément son exploitation. Un beau slogan pour l'Expo 2015 !
Monica La Rivière (Lepetitjournal.com de Milan) ? jeudi 11 décembre 2014
Suivez Monica sur Twitter
|
Walter Bonatti, Fotografie dai grandi spazi Piazza Mercanti --------------------------------------------- --------------------------------------------- Horaires : - Mardi, mercredi, vendredi et dimanche: 9h30-20h30 ATTENTION : les horaires changent pendant les fêtes Tarifs : - Plein tarif : 10 ? |
Crédits photos : Walter Bonatti/Contrasto
Retrouvez nos articles de la rubrique "Culture".
Recevez gratuitement tous les matins l'actu des Français et francophones de Milan !















































