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Notre playlist Paris-London : lycra fluo et rock’n roll

Par Stéphane Germain | Publié le 11/02/2021 à 09:37 | Mis à jour le 11/02/2021 à 09:56
Photo : David Rock Design - Pixabay
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LePetitJournal.com propose cette semaine, à défaut de pouvoir aller choper des acouphènes à un concert, une playlist par jour. Embarquez pour un aller-retour entre Paris et Londres dans cette série voyageant des sixties à nos jours. Après les années 60 et 70, retour dans les eighties, au royaume du clash entre justaucorps en lycra fluo et rockeurs ébouriffés.

 

The Stranglers - La Folie, 1981

 

Celles et ceux ayant découvert les Stranglers en bons macho-punks ont dû rapidement faire le deuil du groupe de déglingos précurseurs tel qu’il s’était constitué à la fin des années 70. Le bagarreur JJ Burnel, chanteur et bassiste franco-britannique, était d’ailleurs réputé parmi le groupe pour ses frasques impulsives. A partir de leur album The Raven, les étrangleurs ajoutent une corde à leur arc, plus poétique et largement apaisée. Ensuite, les Stranglers reviennent avec La Folie, sorti en 1981. Cet album s’inscrit davantage dans la mouvance new-wave, en se rendant plus accessible que les précédents, souvent abscons pour le commun des mortels.

Le morceau La Folie clôt l’album de la plus belle des manières. Interprété par JJ Brunel dans un français très british (le bassiste étant né à Londres), La Folie raconte pourtant l’histoire d’Issei Sagawa, un étudiant japonais fou ayant assassiné une étudiante hollandaise à Paris, avant de la découper et d’en manger certains morceaux. Si l’histoire du titre est franchement glauque, La Folie fait malgré tout partie de ces morceaux envoûtants, planant dans une galaxie électronique et affranchie de la pesanteur. Dans un trip hallucinogène où résonne une voix lointaine et des claviers vaporeux, le morceau est simplement brillant.

 

Louis Chedid - Voulez-Vous Danser, 1981

 

Avec un parcours musical qui force l’admiration, le musicien franco-libanais a traversé élégamment et avec constance les décennies jusqu’à aujourd’hui.

Avec son album Ainsi soit-il, Louis Chedid rompt avec l’image d’un chanteur jeunesse qui lui collait à la peau. Pour le quotidien musical Musique Journal, “C’était un sacré geste de sa part, lui qui avait jusqu’ici cultivé une image de chanteur romantique et enfantin (voire limite pour enfants, en fait), baignant dans les eaux encore un peu chaudes du baba-cool refusant de regarder vers le futur.

L’épilogue de ce sixième album, Voulez-Vous Danser, achève un disque chaleureux et réconfortant avec ce titre en douceur. Louis Chedid y chante son amour de la musique et des belles rencontres qu’elle génère. Dans une danse avec un amour perdu puis reconnu au premier regard malgré des années d’absence, ils semblent ne plus toucher le sol, pris par “cette impression de quitter la terre”.

 

The Cure - Fire In Cairo, 1980

 

En 1978, l’Angleterre du Sussex donne naissance à l'un de ses groupes de rock parmi les plus cultes. Avec Robert Smith en figure de proue, The Cure traverse la manche et séduit l’hexagone. La "Cure Mania" déferle alors sur toute l’Europe et n’épargnera pas la France au début des années 80. Les frenchies s'arrachent le style vestimentaire, le maquillage noir et la coupe de cheveux arachnéenne outrancièrement laquée du chanteur, compositeur, et guitariste. The Cure intronisera les débuts de la mouvance gothique avec des textes romantiques et très dark. Leur album de 1982, Pornography, est un chef-d'œuvre de sublimation artistique dépressive.

Deux ans auparavant, dans leur album Three Imaginary Boys, le genre musical que propose le groupe anglais est devenu tout autre chose. Fire In Cairo, que Laurent David Samama décrira en 2011 comme un titre d’“orientalisme rock”, se sert d’un tragique évènement égyptien pour illustrer les marasmes intérieurs de Smith. Les émeutes du Caire de 1952, connues sous le nom du “Black saturday”, désignent une série d’émeutes ayant eu lieu dans la capitale égyptienne en révolte contre la tutelle Britannique.

Des incendies et des pillages auraient eu raison de 750 bâtiments, entraînant la mort de plus de 25 personnes. Ces émeutes avaient été déclenchées suite au massacre de 50 policiers égyptiens par des soldats britanniques. Pour certains, Smith a fait preuve d’indélicatesse dans ce titre en associant sa détresse personnelle à un événement tragique ayant marqué au fer rouge l’Egypte et l’Angleterre. D’autres à l’inverse y voient un symbole du désespoir incendiaire qu’est capable de provoquer une peine d’amour, pendant laquelle notre cœur se consume à petit feu “like fire in Cairo”.

 

Les Rita Mitsouko - Marcia Baila, 1984

 

Le duo formé par Catherine Ringer et Fred Chichin a profondément marqué la France de 1984 avec leur titre Marcia Baila. Dans une interview donnée à Brut en novembre 2019, Catherine Ringer revient sur l’origine du tube, à commencer par sa rencontre avec la fameuse Marcia “Marcia est une danseuse qui s’appelait Marcia Moretta qui venait d’Argentine, passée par New-York. (...) Elle dansait beaucoup avec son visage, elle était impressionnante physiquement : très grande, très mince avec des muscles longs et fins.

La chanteuse du groupe l’approche et la collaboration entre les Rita Mitsouko et Marcia Moretta peut alors commencer “Je l’ai vue d’abord en concert et j’ai appris ensuite qu’elle donnait des cours à Paris, pour vivre, alors j’ai pris des cours avec elle et elle m’a engagée dans son spectacle “Silence nocturne aux îles des fées.

Marcia décède malheureusement en pleine période de composition. Catherine Ringer décide alors d’honorer sa mémoire avec le titre désormais culte. L’accent singé par la française est d’ailleurs un clin d'œil à celui de la danseuse Argentine.

 

Simply Red - Money’s too tight (to mention), 1985

 

Loin des titres provocateurs, rock ou new wave de l’Angleterre des eighties, le groupe originaire de Manchester Simply Red flirte avec des sonorités pop qui rencontrent un franc succès à l’époque. Le groupe anglais doit son nom à la chevelure rousse de Mick Hucknall, le fondateur du groupe, mais aussi à “sa passion pour les Red Devils de Manchester United et par ses convictions politiques", comme l’indique le site d’Universal Music France.

Money’s Too Tight (To Mention) apparaît sur l’album de 1985 de Simply Red, Picture Book. Le titre est une reprise du groupe américain The Valentines Brothers qui l’aurait composé alors que le duo connaissait des difficultés financières. Money’s Too Tight (To Mention) devient extrêmement populaire en Angleterre et à l’international, particulièrement en France où il figure dans le classement du Top 50 pendant 17 semaines consécutives jusqu’en 1986. Espérons que la jalousie n’ait pas rongé les membres de The Valentines Brothers, duo fauché resté dans l’ombre d’un succès planétaire qui aurait pu être le leur.

 

Mary Moor - Pretty Day, 1982

 

Artiste aux multiples facettes, Marie Möör est à la fois une performeuse, chanteuse et écrivaine française. Au début de la décennie, en 1982, elle fait la rencontre de Jazz Barney Wilen, un jeune saxophoniste virtuose (il joua aux côtés de Miles Davis âgé d’à peine 19 ans). C’est à ce duo que l’on doit Pretty Day, véritable référence de la synth-pop.

Dans ce titre franco-anglais, Marie Möör répète de sa voix chaude et lascive des paroles qui tournent en boucle, dans une spirale hypnotique “Mes yeux bleus dans tes yeux noirs, C'est un beau jour pour mourir / It's a pretty day to die, My blue eyes in your black eyes”. Dans un mélange de sonorités new-wave very dramatiques où le synthé est roi, le morceau devient presque envoûtant, comme sorti tout droit d’une nouvelle forme de sorcellerie assistée par ordinateur.

En 1989, la française au regard félin fera la Une du journal Libération, qui sera à l’origine d’une couverture médiatique conséquente. Elle ne réapparaîtra pourtant que 13 ans plus tard en tant que compositrice pour l’album de Christophe, Comm’ si la terre penchait.

 

The Clash - Straight To Hell, 1982

 

Straight To Hell figure sur l’album Combat Rock du mythique groupe anglais. Les pères de Should I Stay Or Should I Go y content un véritable tour du monde des atrocités.

Le morceau dénonce les conséquences tragiques de la Guerre du Vietnam qui avale les pères de nombreux orphelins, en passant par l’Amérique du Sud, depuis leur terre natale avec un couplet cinglant sur une Angleterre en pleine crise de son industrie métallurgique. Pendant l’hiver entre 1980 et 1981, des millions d’anglais se retrouvent au chômage et toute une génération désabusée accuse l’immigration de tous ses maux. Sur un ton grave et inquiétant, les Clash condamnent alors un monde qui ne tourne pas rond et qui envoie ses enfants “straight to hell” (“droit en enfer”).

Le dernier couplet sonne comme un glas, sentence venant rappeler que, peu importe l'endroit, le sort semble irrémédiablement le même “It could be anywhere / Most likely could be any frontier / Any hemisphere.” (“Ça pourrait être partout, Probablement à n’importe quelle frontière, N’importe quel hémisphère.”)

 

Charlotte Gainsbourg - Élastique, 1986

 

L'album Charlotte For Ever est le premier de la franco-britannique Charlotte Gainsbourg. Il a été composé par son père, Serge Gainsbourg avant de sortir en 1986, interprété par sa fille alors âgée de seulement 15 ans.

Le morceau est enfantin et ponctué de rimes répétitives chuchotées par l’adolescente. Élastique est un morceau témoin de son temps avec ses sonorités façon générique de film à l’eau de rose, et ses riffs de guitare électrique niais, presque tragiques (élastiques, gimmicks, comiques...).

Sur ce même album figure le titre controversé Lemon Incest. Charlotte Gainsbourg y évoque, corrélant l’écriture de son père, “l’amour que nous ne ferons jamais”. Le clip amplifie l’ambiance nauséabonde en mettant en scène Serge torse nu et Charlotte, 12 ans à l’époque, ne portant qu’une chemise et une culotte sur un lit.

 

King Crimson - Two Hands, 1982

 

Le groupe londonien aux pochettes d’album grandioses est considéré par beaucoup comme l’un des pères du rock progressif. Avec l’album Beats sorti en 1982, King Crimson s’inspire très largement du mouvement beatnik porté par des auteurs fondateurs de la pensée hippie tels que Jack Kerouac (dont le titre instrumental Satori in Tanger  de l'album rappelle son roman, Satori à Paris), Burroughs ou encore Ginsberg. Le titre phare de l’album, le très pop Heartbeat, doit d’ailleurs son titre au roman écrit par Carolyn Cassady, femme de Neal Cassady, figure emblématique de la Beat Generation.

Le morceau Two Hands se démarque par sa sobriété. Ecrit par la femme du chanteur et guitariste Adrian Belew, Margaret, le titre se fait moment suspendu dans le temps où ne subsiste qu’une voix qui s’étire dans un voyage intérieur. Oriental, pop, Two Hands dégage une chaleur moite dans une intensité toute en douceur.

 

Niagara - Assez !, 1988

Le groupe Niagara n’est pas sans rappeler son équivalent anglo-saxon Eurythmics. Duo masculin/féminin rencontré dans un bar dans les années 80, tous deux sont à l’origine de tubes inoubliables de la pop. Les auteurs de L’amour à la plage, Muriel Moreno et Daniel Chevenez, tournent pourtant vite le dos à une pop trop colorée au profit d’albums floqués rock. L’album Quel enfer! sort en 1988 et vient sceller cette rupture.

Dans le morceau Assez!, Niagara crient, dans un clip tourné à Vittel, leur mal de vivre dans un monde qui les conduit tout droit vers la folie “Assez! je crois que je deviens vraiment cinglé ! / Autour de moi tout s'écroule / Assez! Mais laissez-moi en paix”. L’album sera salué d’un grand succès et il atteindra même, en 2010, le classement des 100 meilleurs albums de rock français du magazine Rolling Stone.

 

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Stéphane Germain - Journaliste

Stéphane Germain

Rédactrice en chef Lepetitjournal.com Londres. Journaliste passionnée et inlassable curieuse.
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