Notre playlist Paris-London : funky seventies

Par Stéphane Germain | Publié le 09/02/2021 à 18:13 | Mis à jour le 09/02/2021 à 19:18
Photo : Nick Karvounis - Unsplash
playlist paris londres seventies

LePetitJournal.com propose cette semaine, à défaut de pouvoir aller choper des acouphènes à un concert, une playlist par jour. Embarquez pour un aller-retour entre Paris et Londres dans cette série voyageant des sixties à nos jours. Après les folles années soixante, direction les seventies entre pochettes kitchs, disco français, drogues psychédéliques et punk anglais.

 

T2 - No More White Horses, 1970 

 

L’album It’ll all work out in Boomland est probablement le plus connu et le plus apprécié de T2. Le groupe britannique est un trio dont vous retrouverez le guitariste, Keith Cross, un peu plus loin dans cette sélection.

Cet album rencontra un grand succès national, le groupe fit même une apparition sur la chaîne BBC 2 à l’époque. Pour autant, la production de vinyles de l’époque était peu profuse, et la publicité rare. Ainsi, l’excellente création de T2 était difficile à trouver lors de sa sortie. Un mal pour un bien, puisque le vinyle flirte aujourd’hui avec les sommets de la branchitude et se revend à un prix élevé.

Certains retiennent principalement de cet album le titre The Circle, mais No More White Horses n’a rien à lui envier. La première partie toute en force portée par un solo de guitare d’un Keith Cross furieux s’adoucit immédiatement sous la voix du chanteur et batteur Dunton et son “Someone is sitting there”. Le titre prend dès lors des allures de voyage psychédélique tissé dans une performance rock exceptionnelle.

 

Christophe - Oh! Mon amour, 1972

 

L’auteur des mots bleus a laissé derrière lui une production vaste et éclectique. Curieux, ouvert aux nouvelles technologies musicales, noctambule, Christophe était un artiste entier et bouleversant. Le yéyé presque si ringard qu’il en était devenu le summum de la coolitude nous a quittés en avril dernier, avec à son actif un joli palmarès de tubes. Il confiera au micro de France Culture en 2013 : “Je voulais être sur ma route, faire ce que j'avais envie de faire : un joli égo vous voyez. Un égo d'une vraie vie, jusqu'à aujourd'hui. Je crois que j'aime ma vie”

Le titre Oh! Mon amour de l’album Christophe ne fait pas vraiment partie de ces morceaux qui évoquent instantanément le chanteur, à l’instar d’Aline, par exemple. Pourtant, cette balade mélancolique, iodée et dramatique à souhait met du baume au cœur. Avec ses paroles pleines d’espoir et sa mélodie kitsch comme on les aime, Oh! Mon amour donne envie d’aller marcher au bord de la mer et d’y confier ses peines de cœur aux vagues. Chemise ouverte et cheveux au vent, bien entendu.

 

The Jam - Down In The Tube Station At Midnight, 1978

 

Difficile de faire plus caractéristique de l’Angleterre des années 70 à 80 que le groupe de mod-punk britannique The Jam. Les originaires de la banlieue de Londres sont, 20 ans après leur séparation, encore gravés dans les mémoires du pays et ne sont pas prêts de quitter les classements internationaux.

Le chanteur Paul Weller s’inspire régulièrement de scènes du quotidien pour écrire ses morceaux. C’est d’autant plus vrai en ce qui concerne Down In The Tube Station at Midnight qui raconte l'agression violente d’un homme ordinaire par un groupe de skinheads dans un couloir du métro. The Jam dresse à travers ce morceau un portrait de la violence underground londonienne de la fin des années 70. Comme pour raconter la face sombre d’une Angleterre hippie qui se targuerait de la nier, le groupe choisit, lui, de décrire avec pléthore de détails la dangerosité qui gangrène les souterrains de la capitale.

 

Richard de Bordeaux & Daniel Berreta - La drogue, 1970

 

1970, les deux jeunes musiciens français composent et interprètent La drogue, un morceau résolument en phase avec son temps (vous pensez bien). C’est la radio française Nova qui révèle que le titre planant du duo devait au départ apparaître dans un film de Marcel Camus, Le temps fou. Finalement, La drogue sera écartée et l’équipe du film lui préférera les créations de Nino Ferrer. Le titre du film se transforma lui aussi pour devenir L’été sauvage. Pour autant, le morceau fut produit et sa sortie entérinée, surfant sur l’affection pour le psychédélique du début de la décennie

Le morceau de Richard de Bordeaux et de David Berreta (désormais voix française récurrente d’Arnold Schwarzenegger) consacre les seventies au possible. Les paroles laissent peu de place à la suggestion : “Quand je te prends, je suis un sous-marin vert / Quand je te prends, je te téléphone à l'envers / Où est ma drogue, mon haschich?”, et les sonorités miment un trip bien dosé. À une période où, en Angleterre, des morceaux tels que Lucy In The Sky With Diamonds des Beatles étaient bannis des ondes radios de la BBC au motif que le titre formait l’acronyme LSD, la liberté musicale française semblait avoir une longueur d’avance. Au pays de Gainsbourg, est-ce vraiment si étonnant ?

 

Keith Cross and Peter Ross - The Last Ocean Rider, 1972

 

C’est ici que l’on retrouve notre talentueux (le mot est faible) guitariste, Keith Cross. Du haut de ses 19 ans, soit tout juste deux ans après son passage remarqué parmi le groupe T2, le jeune prodige propose, aux côtés du chanteur et guitariste Peter Ross, un album rock et folk. Avec l’album Bored Civilians, ils dérivent de leur ligne de conduite, jusqu’alors celle du punk de Bulldog Breed’s ou de It’ll All Work Out In Bloomland, précédemment cité.

“Ils ont absorbé des morceaux de l’americana et de rock folk tout en conservant les marqueurs forts de leurs traditions classiques” analyse le blog des connaisseurs musicaux auto-proclamés, Deep. Effectivement, c’est un Keith Cross plus contenu que nous rencontrons sur Bored Civilians, tout particulièrement dans le morceau The Last Ocean Rider. La retenue dont y fait preuve le guitariste renforce l’intensité de sa présence. Ce titre, presque scindé en deux par un trou d’air surprenant à 3 mn 18, entremêle avec brio des inspirations musicales anglo-américaines, chose inimaginable à l’orée des années 70.

 

Alain Souchon - J’ai dix ans, 1974

 

Avec sa formule enfantine, J’ai dix ans du célèbre chanteur français signe le plus gros succès de l’album éponyme. Il s’agit de la première collaboration d’Alain Souchon avec Laurent Voulzy, qui ouvrira ensuite la voie à plus de quarante ans d’amitié ainsi qu’à une multitude de compositions et interprétations.

Dans une interview donnée à la chaîne française Europe 1 en décembre dernier, Alain Souchon revenait sur la création de son succès national avec J’ai dix ans. Il y confie notamment s’être inspiré d’une technique de guitare de Paul McCartney consistant à pincer les cordes de la guitare : "J'étais très inspiré par un album de Paul McCartney que j'avais acheté, sur lequel il y avait une chanson qui s'appelait Bip Bop et était en picking". Une fois lancé, le duo aurait alors créé la chanson en une heure. The rest is history, comme diraient nos compères d’outre-Manche.

 

The Flying Lizard - Money (that’s what i want), 1979

 

Money (that’s what i want) est, au départ, une chanson de rhythm and blues de 1959 interprétée par Barrett Strong en 1976. Ce titre a de quoi se targuer d’un nombre faramineux de reprises délivrées par des noms parmi les plus grands : The Kingsmen, Led Zeppelin, The Beatles, The Supremes, The Rolling Stones, John Lee Hooker, The Doors, John Lennon avec Eric Clapton… jusqu’à nos jours avec les Boyz II Men et Charli XCX, entre autres.

La reprise de The Flying Lizard est sans doute la plus originale et la plus décalée de toutes. Elle fut d’ailleurs reprise depuis dans de nombreux films depuis sa sortie. Le groupe, habitué des reprises, en propose une interprétation pop et énergisante. L’intonation capricieuse façon gamine pourrie gâtée de Deborah Evans-Stickland ajoute à l’aspect théâtral de cette reprise qualifiée d’ “art-pop, postmoderne, dépouilée, pince-sans-rire” par le Financial Times en 2015.

 

Bimbo Jet - Love to love, 1979

 

Le groupe français du duo que forment Claude Morgan et Laurent Rossi s’illustre dès le milieu des années 70 dans l’univers disco. Au cours de l’été 1975, ils connaissent un grand succès avec leur tube El Bimbo qui sera repris dans les quatre premiers volets des films Police Academy. Par la suite, aucune autre de leurs sorties ne parviendra à égaler les scores atteints par leur morceau phare.

Love to love, titre franchement disco à la pochette façon Barbie exotique, ne déroge pas à la règle. Et pourtant, ce morceau sait mettre en joie, et ses diverses inspirations (notamment africaines, ces sonorités sont récurrentes parmi les créations de Bimbo Jet, particulièrement dans El Bimbo) rendent l’ensemble enthousiasmant. De quoi amener quelques rayons de soleil en ce mois de janvier marqué par la tempête Darcy d’un côté de la Manche, et par la grisaille sur l’autre rive.

 

The Kinks - Lola, 1970

 

En perte de vitesse à la fin des années 60, l’emblématique groupe anglais revient en force au début de la décennie suivante avec Lola, morceau culte de l’album éponyme. Il intronisera l’arrivée du claviériste John Gosling parmi les Kinks. En 2020, le magazine Rolling Stone cite le chanteur qui y donnera sa conception de l’album “L’album est une célébration de la liberté artistique (y compris la mienne) et du droit de chacun à être libre de son genre, a récemment déclaré Ray Davies. Le secret, c’est d’être une personne en qui on peut avoir confiance.”

Le morceau Lola était alors une composition en avance sur son temps. Elle raconte l’histoire de la rencontre amoureuse entre un homme et ce qui semble être une femme transgenre dans un club de Soho. Polémique, le titre fit l’objet d’interdictions en Angleterre et en Australie. Lola, avec sa “dark brown voice”, se dessine de plus en plus en tant que trans à mesure que la chanson avance jusqu’au “Girls will be boys, and boys will be girls” (“Les filles seront des garçons et les garçons seront des filles”) de Ray Daevis, qui laisse de moins en moins de place au doute.

 

Cortex - Sans toi, 1978

 

Enregistré en 1978, Sans toi fait partie du troisième album de Cortex sobrement intitulé Pourquoi. Cet album est le plus rare des légendes du “jazz rock made in France mâtiné de funk et précurseurs du disco”, selon les termes de Rock Made In France. Fondé par Alain Mion, le premier album de Cortex sort dans les bacs dans l’été 1975 presque en même temps que Bimbo Jet. La déferlante disco commençait alors à se rapprocher dangereusement du continent.

Sans toi est un morceau groovy qui débarque dans une France de la fin des années 70, bientôt lassée de la période hippie. Le revendeur de vinyles Innerdisc précise sur son site que le dernier refrain du titre aurait été écrit par Alain Mion pour sa femme, Mireille. Moins marqué disco que le reste de l’album, Sans toi constitue sans nul doute le titre qui vaut le plus le coup d’y prêter une oreille.

Aujourd’hui, Cortex revêt une peau neuve grâce au hip-hop américain. Le groupe est régulièrement samplé par des grands noms tels que Wiz Khalifa, Tyler the Creator ou encore Madlib). Alain Dion a par ailleurs composé le titre Amsterdam du rappeur Rick Ross, primé d’un disque d’or en 2012.

 

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Stéphane Germain - Journaliste

Stéphane Germain

Rédactrice en chef Lepetitjournal.com Londres. Journaliste passionnée et inlassable curieuse.
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