Mardi 22 juin 2021

Les frais de service au restaurant ne sont pas si facultatifs que ça

Par Clara Grouzis | Publié le 19/10/2020 à 15:51 | Mis à jour le 19/10/2020 à 15:56
Photo : Krutarth Shah - Unsplash
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Au Royaume-Uni, le service n’est pas compris dans le prix des plats sur le menu. Mais pourquoi doit-on payer en plus à la fin du repas ? comment fonctionne ce système ? Eclaircissements.

«A discretionary service charge of 12.5% will be added to your bill. ». Vous avez certainement remarqué cette petite phrase à la fin du menu au restaurant. En effet, au Royaume-Uni, les restaurants appliquent la plupart du temps des frais de service, appelées “discretionary service charge”, qui, comme leur nom l’indique, sont à la discrétion du client, autrement dit facultatifs. Mais, une fois que la note est imprimée avec les frais en question, il est difficile de retourner voir son serveur pour lui demander de supprimer les 12.5 ou les 10% de service.

Ce n’est pas un pourboire

Au Royaume-Uni, le service n’est pas compris dans les prix inscrits sur le menu. Cela diffère du système français “service compris”. L’argent récolté grâce à ces frais optionnels de service sert en réalité à payer les employés du restaurant. C’est-à-dire que le salaire des employés est complété avec ces frais de service. Sur ces derniers, aucune taxe ne s’applique, ni la TVA pour les employeurs, ni les contributions sociales pour les employés. Cela arrange donc tout le monde... mais pas trop le client.

A Londres, le “discretionary service charge” est de l’ordre de 12,5% alors que dans le reste du l’Angleterre, c’est généralement 10%. Il n’y a pas vraiment de directive gouvernementale concernant ce montant, ce sont les restaurants qui décident de l’appliquer ou non. Mais si cette charge n’existaient pas, les restaurants ne rentreraient pas dans leur frais, à la fin du mois. C’est complètement différent d’un pourboire, qui n’est qu’un bonus et n’est pas compris dans les finances de l’enseigne.

Une source de confusion

La légitimité de ces frais est souvent confuse pour les clients, qui se retrouvent parfois surpris par le montant de la note au moment de régler. En fait, il semblerait que le modèle vienne davantage d’une habitude culturelle. Cela permet de faire apparaître des prix moins élevés sur le menu, au delà des bénéfices en termes de taxes.

Le modèle peut se confondre avec celui des Etats-Unis où le service n’est jamais compris ni dans le prix des plats, ni sur la note. C’est aux clients de donner un pourboire aux serveurs, pourboire qui est généralement de l’ordre de 15%. C’est très mal vu de ne pas payer de pourboire, tout comme c’est très mal vu au Royaume-Uni de refuser de payer le “discretional service charge”.

A moins que le service ait été exécrable, il est très rare de demander à ce que le service soit retiré de la note. D’autant plus lorsqu’on comprend que ces frais sont essentiels pour les restaurateurs. Pourtant, ces frais sont spécifiés comme optionnels...

Vers un changement de modèle ?

Avec la pandémie, un questionnement autour de ce modèle a émergé. En effet, le plan de chômage partiel implanté par le gouvernement au moment du confinement ne prenait pas en compte les frais de service perçus par les employés. C’est-à-dire qu’au lieu de percevoir 80% de leur salaire habituel, les travailleurs de la restauration n’en recevaient en moyenne que 60%. Cela a amené plusieurs restaurants à se questionner sur la bonne efficacité du système.

Ainsi, Selin Kiazim a décidé pour ses restaurants Oklava et Oklava Bakery + Wine d’adopter le système à la française. Elle a intégré les frais de service aux prix de son menu. Certes, les prix ont augmenté, d’autant plus qu’il lui faut maintenant inclure la TVA aux 12,5%, mais le système est peut-être moins déconcertant pour les clients. Sans compter que cela lui permet de payer un salaire fixe à ses employés sans dépendre de la discrétion des consommateurs. Peu d’enseignes ont suivi ce changement de modèle, notamment par peur que les clients ne comprennent pas pourquoi les prix sont plus élevés que chez la concurrence.

Et pourtant, le système à la française permettrait d’éradiquer cette petite phrase que l’on guette à la fin du menu et qui nous amène à calculer le prix réel de ce que l’on va manger. Alors, c’est mieux en France ?

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Clara Grouzis journaliste Londres

Clara Grouzis

Etudiante en troisième année à Sciences Po Aix et passionnée, je me destine au journalisme
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