1992 : « l’annus horribilis » de la Reine

Par Colin Porhel | Publié le 03/02/2022 à 13:02 | Mis à jour le 03/02/2022 à 15:22
Photo : Mark De Jong - Unsplash
La reine Elizabeth II défilant dans une calèche

Parfois, se comparer pour se rassurer peut avoir du bon. Si 2022 a déjà mal commencé pour vous, rappelez-vous que, trente ans plus tôt, la Reine Elizabeth II passait probablement une année au moins aussi pourrie que vous. Perte de l’Île Maurice, rupture entre le prince Charles et Diana, incendie à Windsor…Qualifiée « d’annus horribilis » par la Reine, l’année 1992 ne fut vraiment pas de tout repos pour la famille royale.

 

12 mars : l’Île Maurice devient une république

Dernier royaume africain de la famille royale, l’île Maurice, qui avait proclamé son indépendance dès 1968, devient une république le 12 mars 1992. Jusqu’ici sous l’autorité de la famille royale, le pays, en délaissant son système monarchique, se libère alors de la souveraineté du Trône. Une désillusion pour Sa Majesté, qui considérait la région comme un joyau de la Couronne.

 

Mais plus qu’une simple contrariété, la perte de l’île marque le déclin définitif de l’influence britannique dans le monde. Si un certain nombre de pays africains avaient déjà décidé de retirer à la reine d’Angleterre le statut de cheffe d’Etat - à l’image du Ghana (1960), de l’Afrique du Sud (1960) et de la Gambie (1970) -, la perte de l’Île Maurice fait office de choc pour le royaume. Lors de sa visite officielle en 1972, Elizabeth II avait notamment souligné les importants liens historiques qui unissaient Maurice à la Grande-Bretagne.

 

6 juin : un livre en forme de divorce

Déjà touchée par l’affaiblissement du royaume, Sa Majesté découvre, avec stupeur, l’autobiographie de sa belle-fille de l’époque, la princesse Diana. Elle y révèle les détails de son union avec le prince Charles, ses relations difficiles avec les membres de la famille royale, et confirme l’existence de la maîtresse de son mari, une jeune femme prénommée Camilla. Le livre remporte un franc succès et devient rapidement un best-seller. Un cauchemar éveillé pour la Reine qui, depuis son accession au trône, s’efforce de garder secrète l’intimité de la vie au palais.

 

Malgré les nombreux essais de réconciliation, l’histoire d’amour entre les deux époux semble consommée. Le Prince et la Princesse s’accusent mutuellement d’adultère par presse interposée. Une situation intenable, qui aboutit à leur séparation, le 9 décembre 1992.

 

Le divorce, prononcé en 1995, met fin à une histoire déjà bancale au départ. Et, trois ans plus tard, Charles en profite pour demander à sa mère d’officialiser sa relation avec Camilla. Il en est convaincu : c’est elle son véritable amour. Leur relation, intense, dure depuis plus de quinze ans. Un argument qui ne convainc pas la Reine, qui refuse de reconnaître le couple. Encore traumatisée par le déballage de sa vie privée dans les médias, elle souhaite éviter un nouveau scandale national. Le protocole royal britannique empêche le Prince de se marier à une femme divorcée, et Sa Majesté n’a pas l’intention d’enfreindre le règlement.

 

Pourtant, toutes les tentatives destinées à éloigner Camilla de la famille royale s’avèrent vaines, et les deux amants continuent de se fréquenter. Une abnégation qui finit par payer, puisqu’en 2005, huit ans après la mort de Diana, le couple persuade Elizabeth II d’accepter leur union. Mais bien que désormais membre de la Couronne britannique, la nouvelle princesse de Galles ne fait pas l’unanimité au palais, sa belle-mère va jusqu’à lui refuser le titre de Reine quand Charles accèdera au trône.

 

20 novembre : incendie au château de Windsor

L’annonce de la séparation de Charles, quelques mois après celles du prince Andrew et de la princesse Ann, ternit quelque peu la réputation de la famille royale britannique.

 

Mais, déjà éprouvante, l’année 1992 tourne en véritable cauchemar. Ici, pas de polémique ni de scandale, mais simplement un incendie accidentel au château de Windsor, une des résidences royales. En plein hiver, un rideau de la tour Brunswick prend feu au contact d’une lampe halogène et se propage rapidement dans les pièces voisines.

 

Si les pompiers parviennent rapidement à maîtriser les flammes, le feu a néanmoins brulé une grande partie des appartements d’Etat, causant la perte de nombreuses œuvres d’art. Un drame affectif et financier pour la Reine, qui n’a pas d’autre choix que d’ouvrir le palais de Buckingham au public pour financer la restauration de 36,5 millions de livres.

 

Sans se laisser abattre par les évènements, Elizabeth II prononce, quatre jours plus tard, un discours qui résonne encore dans les mémoires britanniques. La voix éraillée par la fumée respirée pendant l’incendie, elle affirme, avec conviction, que des jours meilleurs sont à venir. 

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