Vendredi 24 septembre 2021
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L’entrepreneur expatrié Matthieu Pallud fête les deux ans de sa plateforme Mogy

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 18/08/2021 à 19:59 | Mis à jour le 29/08/2021 à 16:09
Le jeune entrepreneur Matthieu Pallud dans les rues de Londres

Le 15 août 2021, Mogy fêtait son deuxième anniversaire. Entre développements successifs, confinements et projets à venir, la vie de l’entreprise expatriée, aussi palpitante qu’elle puisse être, n’est pas de tout repos. Nous avons de nouveau rencontré Mathieu Pallud, qui revient avec nous sur ses deux dernières années d’exercice.

 

Nous avions déjà conversé avec Matthieu Pallud, à l’origine de la plateforme de babysitting Mogy, depuis étendue aux cours particuliers, à l’afterschool et autres projets successifs. Le service s’est concrétisé selon une logique d’expatrié pour les expatriés, et Matthieu n’en a pas fini de s’exporter.

 

Au bout de deux ans, avez-vous atteint un équilibre comptable, voire engendré un bénéfice ? Du moins, savez-vous si l’objectif « bénéfice » est en vue ?

En fait, nous avons réussi à engendrer des bénéfices depuis le début. D’une valeur assez restreinte initialement, à hauteur d’une centaine de livres mensuelles. Mais grâce à nos faibles dépenses et à une gestion entièrement autonome, nous arrivions tout de même à joindre les deux bouts. Depuis, nous avons multiplié les sites internet, embauché un conseiller légal et un comptable et nos dépenses s’en trouvent multipliées. Néanmoins, nous sommes passés de 30 à 270 étudiants inscrits et la demande augmente du côté des parents, ce qui nous permet de trouver un bon équilibre.

À la fin du premier confinement, nous atteignions déjà le palier de 800 livres de profit. Malgré ce succès, je ne vous cache pas le stress omniprésent des débuts et la succession de nuits blanches ! J’explique cette réussite par plusieurs facteurs. Déjà, les délais records que nous proposons : les parents n’ont qu’à remplir un formulaire, pour qu’en 1 heure un profil (dont l’acceptation est à leur bon vouloir) leur soit envoyé.

Par ailleurs, le tarif est le même quel que soit le profil, et, plus important encore, peu importe le secteur de la capitale : nous sommes parvenus à mettre en place une véritable équité et harmonisation de nos prix. En tout, nous étions à perte pendant trois mois seulement… Vous vous en doutez : le coronavirus était passé par là. Fort heureusement, nos coûts étaient assez faibles alors. Nous venons à présent de fêter nos deux ans ce 15 août !

 

Quels étaient ces coûts, et quel a été leur impact sur le recrutement et la rémunération des profils des intervenants ?

La vaste majorité des jeunes que nous recrutons sont des étudiants français, la totalité francophones : nous rendons un réel service aux expatriés ! Ces nannies et ces professeurs particuliers, lesquels ne sont pas nécessairement étudiants, doivent réaliser un entretien de 20 minutes. Nos tarifs sont jusqu’à présent de £10.50 pour le babysitting, £12.50 pour les afterschool, £25 pour les cours particuliers et £30 pour les examens.

Mais les facturations seront différentes dès septembre : vous bénéficierez de prix réduits, et devrez en contrepartie verser quelques livres de frais de réservation pour éviter les tracas des annulations à la dernière minute. Au départ, je n’ai eu à investir que 50 livres de ma poche ! Nous proposions alors quatre baby-sittings par semaine et un afterschool en moyenne.

Nous nous sommes depuis développés, notamment via la refonte de nos espaces web pour mieux répondre aux demandes variées.

 

Avez-vous fait appel à des structures, reçu des aides administratives au Royaume-Uni ? Avez-vous rencontré des difficultés dans ces démarches ?

Non, aucune. Nous avons tout réalisé en complète autonomie. L’avantage est que nous nous sommes améliorés sur des secteurs insoupçonnés : par exemple, je n’avais pas de compétences en management ou d’expérience en babysitting. Mais, puisque nous avons traité toutes les demandes à la main à nos débuts, nous nous sommes vite retrouvés débordés.

Je me souviens d’une journée toute particulière durant laquelle 25 étudiants se sont inscrits en l’espace de 24 heures. Ainsi, il était nécessaire d’automatiser une partie de nos services, au fur et à mesure des retours des parents et des difficultés informatiques qui font partie intégrante du commencement entrepreneurial. Nous avons aussi poussé notre processus de recrutement pour dénicher des profils plus expérimentés et éviter les retards de babysitters auxquels nous nous confrontions parfois auparavant.

 

C’est-à-dire ?

Au départ, les candidats devaient simplement remplir un formulaire et réaliser un entretien. Nous nous sommes rendus compte qu’il était difficile d’organiser ces entretiens sans la légitimité nécessaire (nous n’étions que lycéens), d’autant plus que les candidats sont souvent plus vieux que nous ! Alors, nous avons récemment établi un système de notation. La note en question est tangible, afin de garder une marge d’amélioration, et découle d’un envoi de vidéo et des réponses données à trois questions, ainsi que d’un échange oral autour de leurs motivations.

La légitimité de ce nouveau processus découle du fait que des parents analysent eux-mêmes ces vidéos, en tant qu’experts au quotidien de la petite enfance ! Cette note constituera les deux tiers du choix du profil pour un babysitting, le reste se basant sur la proximité géographique du profil avec les parents, lesquels verront ainsi en direct les étudiants ayant répondu à leur annonce pour en choisir un le plus intuitivement possible.

 

Vos projets bénéficient d’un excellent référencement web, comment vous êtes-vous fait connaître précisément ? Quels leviers avez-vous mis en œuvre pour organiser votre stratégie communicationnelle et digitale ?

En seconde, j’avais fait un stage dans la communication numérique, puis, je me suis formé en autodidacte au cours de ce projet. Les secrets de mon référencement, par-delà la nature du site web qui s’y prête spontanément, ce sont les liens dans la presse et des mises à jour très fréquentes de la plateforme, à hauteur d’une cinquantaine depuis son lancement. Je n’ai pas eu recours à des adworks ou tout financement de ce bon classement au sein des résultats de recherche.

 

Comment êtes-vous parvenus à les rémunérer dès l’aube de votre entreprise ?

Mogy récupère un pourcentage de commission sur chaque prestation, ce qui constitue notre base de rémunération pour réaliser un profit. Au départ, mes amis m’aidaient beaucoup bénévolement. Dès la rentrée 2021, ils pourront être payés, je tiens tout de même à remercier toute mon équipe sans qui un tel projet ne pourrait être viable : Margaux Casadevall, Louise Vaganay , Mila Gasperin, Ambrine Katchera, Fatma Saleh, Constantin Coumaros et Eurydice Shin. Notre adaptabilité constante pour répondre aux demandes des parents nous a permis de bien nous développer, nous comptons déjà des réservations pour la rentrée à venir.

 

Quel est le statut des jeunes travailleurs mobilisés ? Comment estimer l’impact de Mogy en termes de création d’emploi ?

Quant au statut, nous rémunèrons les prestataires sur la base d’une facture, le processus étant partiellement automatisé. Ce sont des intervenants externes. Avec le développement en cours, nous serons plus nombreux l’an prochain. En tout, Mogy, c’est plus de 270 jeunes motivés et expérimentés ! Et dans l’équipe, nous étions deux et nous sommes déjà huit, de partout dans le monde.

 

Quand avez-vous lancé The Hub, votre plateforme de cours en ligne spécialisés dont nous avions précédemment évoqué la création ? Comment le projet s’entretient-il ?

L’objectif initial était de proposer à d’autres entrepreneurs de donner des cours en ligne pour les expatriés, mais nous avons innové : il s’agira plutôt de stages complets, pendant les vacances, avec l’appui d’un grand nombre d’anciens professeurs du lycée. Ces stages pourront constituer en de la remise à niveau ou du soutien scolaire, d’une durée de trois jours à chaque fois avec une focale sur une matière en particulier et des prix parmi les plus compétitifs.

 

Quid de votre expansion à l’étranger ?

L’internationalisation de Mogy constitue un pari très risqué. L’objectif est de calquer sur l’exemple londonien les différents Mogy à venir, à Madrid, Lisbonne, Barcelone et Montréal. Nous allons recruter des ambassadeurs dans ces villes, qui comportent toutes un large bassin de Français pour promouvoir l’entreprise.

Ces quatre villes devraient voir Mogy lancée en leur sein à la fin août. Il nous faudra trouver le plus grand nombre possible de jeunes, et surtout servir un maximum de parents. L’objectif plus précis étant qu’en 2022, nous puissions compter six after-schools au moins par ville, à 20h par semaine. Quant aux cours particuliers, notre but principal est de diversifier les profils de soutien.

 

Quelle est, au milieu de toute cette effusion, la journée-type d’un Mathieu Pallud ?

Je me réveille vers 6h30 et gère immédiatement les réservations du jour sur Mogy. Je travaille jusqu’à 8h30, heure à laquelle j’ai cours à l’Imperial College en ingénierie biomédicale. Le matin, nous réalisons avec Margaux deux créneaux d’entretiens. Je révise principalement mes cours le soir, avant mes entraînements d’escrime de 19 à 22h. Puis je m’occupe de la maintenance du site et des réservations dans les transports afin de gagner en efficacité.

 

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Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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