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Être parent à Paris ou NYC : que le match de l’éducation commence !

Par Justine Hugues | Publié le 05/11/2018 à 09:59 | Mis à jour le 06/11/2018 à 11:01
Photo : Pauline Lévêque et Florence Mars © Bonpoint
Say bonjour to the lady éducation française américaine Pauline Lévêque Florence Mars

Suffit-il de traverser l’Atlantique pour faire le grand écart en matière d’éducation ? Absolutely ! nous disent Florence Mars et Pauline Lévêque, respectivement ex-expat’ et expat’ dans la grande pomme. A travers un livre illustré,  Say bonjour to the lady, être parents à Paris ou à New York, les auteures comparent, à grand renfort de sarcasme et caricature, les modes d’éducation français et nord-américains. 

 

A Brooklyn, la fillette dîne sous la table d’un hamburger et d’un jus de fruit. « Tu veux un coussin peut-être ? » lui demande sa mère avec tendresse. A Montmartre, pas un coude qui traine et encore moins de sortie de table sans avoir fini son assiette. Ici, ça file droit, sur fond de consignes parentales tonitruantes : « Tiens-toi droite ! Ne parle pas la bouche pleine ! Mets ta serviette sur tes genoux ! ». Deux Françaises s’étant liées d’amitié en expatriation ont dessiné à gros traits ce qu’est grandir à New-York et à Paris. Et ça marche ! On rit autant qu’on questionne nos principes d’éducation transmis de génération en génération. 

 

Lepetitjournal.com : A la maison comme à l’école, les nord-américains semblent encourager la confiance en soi dès le plus jeune âge. Comment cela s’illustre-t-il dans la vie quotidienne ? 

 

Florence Mars : Quand il arrive chez toi, l’enfant américain dit « salut », enlève ses pompes et va chercher quelque chose dans ton frigo. Il n’est jamais dans l’angoisse d’être jugé sur l’éducation, alors que le petit Français respecte tout un tas de règles pour faire comme il faut.  Ma fille Blanche avait des difficultés d'apprentissage en CP et entendait à longueur de journée qu'elle était géniale et qu'elle faisait du très bon travail. En France, elle a droit à un « c’est super embêtant d'être dyspraxique  » et si elle présente une feuille double au lieu d’une feuille simple lors d'un contrôle, elle perd un point dans sa note. On a un peu l’impression que le postulat de base sur l’école française est qu’elle est ennuyante et liberticide. A l’école américaine en revanche, tu peux choisir n’importe quelle couleur et forme pour ton papier et ton stylo.  Tant que tu arrives à écrire et que tu t’amuses en apprenant, on s’en fiche complètement ! 

 

Pauline Lévêque : Aux Etats-Unis, on a tendance à donner aux enfants une liberté totale.  Il n’y a pas de système de note, on apprend en jouant, en s’amusant, les choses sont concrètes et quoi qu’ils fassent, les enfants seront gratifiés d’un « awesome », « amazing » ou encore « you’re doing great » !  A  huit ans et demi, mon fils est déjà allé 10 fois au MET et 8 fois au MOMA. Il doit étudier la culture amérindienne ? Il fait des danses et des chants. Je me souviens qu’une fois, il était malade, et ce qui le rendait le plus triste, c’est de ne pas pouvoir aller à l’école. Cela ne me serait pas venu à l’esprit une seule seconde quand j’étais petite. 

 

Pauline Lévêque Florence Mars éducation France Etats-Unis
Extraits de l'ouvrage de Pauline Lévêque et Florence Mars

 

 

Dans votre ouvrage, deux dessins illustrent un programme de week-end. L’agenda français est rempli de marchés, d’opéras et déjeuners chez mamie tandis que l’américain fait la part belle aux cours de sport et anniversaires des copains. Dans le noyau familial, le tropisme serait-il donc différent ? 

 

F. M : Aux Etats-Unis, les enfants sont en haut de la liste, et les parents vont littéralement se mettre à leur service. Si c’est plus pratique que chacun mange à des horaires différents, en fonction des activités, ils le feront. En France, c’est, certes, loin d’être plus pratique de dîner tous ensemble : les enfants ont faim, les parents doivent rentrer plus tôt du travail. Et pourtant, les parents ont décidé que ce devait être un moment où l’on se raconte nos journées. Un moment convivial  mais qui ne fait pas l’impasse sur certaines règles : on est assis à table et on n’a pas de téléphone portable.  

 

P.L : Dès l’âge de 12 ans, je passais mes étés aux Etats-Unis avec une famille américaine et j’ai découvert que je pouvais manger ce que je voulais, faire ce qui me chantait. C’était une prise de conscience incroyable, moi qui avais grandi auprès de parents plutôt stricts. Alors quand mon premier fils est né à New-York, j’en ai fait le centre de mon univers. Je l’ai sur-couvé car j’avais seulement envie d’être la mère la plus tendre et attentionnée qu’il soit. Beaucoup d’Américains considèrent que les enfants comprennent tout, si tant est qu’on prenne la peine de leur expliquer les choses et d’écouter leurs opinions. C’est une relation plus équilibrée, qui tend vers l’égal à égal. J’ai beaucoup pris de cette mentalité, même si je sais aussi éviter les extrêmes. Si je demande à mes enfants de mettre leur manteau parce qu’il fait froid, je ne vais pas non plus parlementer des heures. Mais je crois qu’il y a chez moi un côté « explication de texte » en permanence, qui est parfois difficile à comprendre pour les familles françaises traditionnelles. 

 

Pauline Lévêque Florence Mars Say bonjour to the lady
Pauline Lévêque (à gauche) et Florence Mars (à droite) lors d'une séance de dédicaces à Paris © Bonpoint

 

 

Quels principes de l’éducation américaine avez-vous donc adoptés ?

 

F.M : J’ai lâché l’affaire sur plein de choses, les vêtements par exemple. Au début, j’étais horrifiée de voir les enfants toujours s’habiller en joggings et leggings bariolés. Mais quand tu reviens en France, tu te mets à questionner tous ces « réglages par défaut » qu’on met en place sans jamais l’avoir vraiment décidé. Pourquoi les petites filles ne devraient pas mettre de vernis ? Qui l’a décidé ? Je n’en trouve pas ça moins horrible mais dans le fond, la question c’est surtout : est-ce que c’est important pour moi ? Donc maintenant ma fille peut aller au parc habillée en princesse et avec du vernis si ça lui fait plaisir. 

 

P.L : Je ne sais pas si je m’en suis inspirée ou si c’est le hasard qui a fait que l’éducation que j’ai donnée à mes enfants est, dans les grandes lignes, similaire à l’éducation américaine. Comme je disais, ici, il n’y a pas de « non c’est non », on explique aux enfants et on les laisse s’exprimer. Par ailleurs, mes enfants ont plein d’activités, depuis qu’ils sont bébés.  J’en suis même venue à jalouser leur vie sociale ! 

 

Comment expliquez-vous que des différences d’éducation si importantes puissent s’observer dans des cultures occidentales relativement proches ? 

 

F.M : Je suis arrivée à New York un peu à reculons, en ne m’y intéressant qu’à moitié. Je rêvais d’aller dans un pays complètement différent, pensant que quitte à s’expatrier, autant se prendre une grosse claque ! Et en fait j’ai découvert un univers complètement différent. C’est un pays relativement nouveau, les gens y sont arrivés avec le désir ardent de tout recommencer. Il n’y a pas le poids des traditions, des cultures ancestrales comme cela peut être le cas en France, et honnêtement ça se voit. Ils ont vachement envie de créer, quitte à laisser de côté les « bonnes » manières. Je me suis parfois retrouvée dans des diners de charité où tout était grandiloquent. Il y avait le décorum mais pas la subtilité : les gens mâchaient la bouche ouverte ! Je dirais que les enfants américains ont moins de doutes existentiels que les nôtres. Ils sont beaucoup plus à l’aise et créatifs, mais le penchant négatif, en caricaturant bien sûr, c’est que cela en fait des adultes avec moins de nuances.  

 

P.L : Je crois c’est parce que nos éducations sont si différentes que nos cultures sont en réalité bien plus distinctes qu’on veut bien le penser. Je suis d’accord avec Florence pour dire que les adultes américains sont beaucoup plus amicaux et accueillants que nous à première vue mais qu’ils sont plus insondables. Il y a un côté « tout est super » beaucoup plus stéréotypé et superficiel qu’en France.  Je grossis les traits mais les femmes de mon entourage par exemple, ont le même blond et parlent de la même manière.  

 

Finalement, la formule gagnante de l’éducation serait-elle un mix des deux ? 

 

F.M : Qu’on adopte l’éducation française, américaine, il faut admettre en tant que parents, qu’on va tous un peu se planter, et faire des enfants qui iront chez le psy plus tard ! Mais disons qu’avec un peu plus de l’enthousiasme américain et un chouia de nos règles, on pourrait commencer à avoir quelque chose de pas mal. 

 

P. L : Peut-être qu’un minimum de structure française et un peu de confiance en soi et de tendresse américaines est la solution. Mais finalement tout se recoupe toujours. J’ai tendance à penser que si vous voulez que votre enfant soit équilibré, il faut lui donner de l’amour et vous pouvez alors tout dire et tout faire, de façon gentille et en l'expliquant.  

 

 

Say bonjour to the lady, être parents à Paris ou à New York, de Florence Mars et Pauline Lévêque, Éditions Seghers, 18 euros.

 

Say bonjour to the lady Florence Mars Pauline Lévêque

 

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Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
3 Commentaire (s)Réagir
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ia mar 06/11/2018 - 17:29

bobos ignares ! et osent faire la leçon et osent écrire des idioties !

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ia lun 05/11/2018 - 10:17

caricatures de bobos !

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dominique ALHERITIERE mar 06/11/2018 - 07:29

Bien d'accord sur la caricature, mais les bobos eux savent que le béaba de l'éducation multilingue est précisément de ne pas mélanger les langues, ce que fait stupidement le titre du bouquin.

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