Traverser le monde à vélo : les témoignages de 4 fous de la pédale premium

Par Anne-Claire Voss | Publié le 16/06/2022 à 18:00 | Mis à jour le 17/06/2022 à 15:47
Témoignages de Charlotte Bacquaert (à gauche), Laurène Philippot (à droite) et Émilie et Davy Sanchis (au centre), tous passionnés de voyages à vélo.

Remplacer l’avion par le vélo ? C’est le pari, considéré souvent comme fou, que réalisent chaque année bon nombre de globe-trotters. Et dans tout cela, chacun ses motivations ! Pour Charlotte Bacquaert, le voyage apprend « l’importance de l’altruisme et la curiosité. » Et comme pour Laurène Philippot, addict aux chemins verts européens, ou Émilie et Davy Sanchis, partis jusqu’en Nouvelle-Calédonie pour défendre une cause, ce mode de voyage doit être démocratisé.

Certains rêvent de découvrir le monde à travers les hôtels 5 étoiles, d’autres préfèrent traverser les continents avec comme seule arme… un vélo. Une amoureuse de ce mode de voyage écolo, Charlotte Bacquaert prévient : « Le voyage n’est pas forcément la solution aux problèmes, mais c’est une école de la vie. »

 

Charlotte Bacquaert lors de sa traversée à vélo
Charlotte Bacquaert durant sa traversée à vélo

 

Charlotte Bacquaert : « Mon objectif est d’aller jusqu’en Asie »

Charlotte Bacquaert était une sportive de haut niveau en VTT et cyclisme, mais lorsqu’il a fallu se lancer dans la vie professionnelle, une autre idée s’est mise à lui trotter en tête. Après l’obtention de sa licence en STAPS, elle décide de partir à vélo… jusqu’en Asie ! Son objectif : découvrir de nouveaux horizons, offrir aux personnes croisées sur sa route le meilleur d’elle-même, prendre son temps, et s’enrichir de nouvelles idées pour ses projets futurs.

 

« Je suis partie pour mon premier voyage à vélo en début mai 2021, lorsque les frontières étaient encore fermées ou qu’il fallait payer un test PCR. J’ai commencé par la France, avec comme j’aime l’appeler un « tour des copains ». Je suis rentrée chez moi début juillet en ayant parcouru 2.000 km. Maintenant je suis en Turquie, et ce depuis un peu plus de six mois. Pour mon trajet, comme je connaissais déjà l’ex Yougoslavie et les pays des Balkans - soit la route privilégiée pour aller jusqu’à Istanbul - j’ai décidé de prendre un autre chemin. J’ai été tout droit jusqu’à Prague, en passant par la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne, puis je suis redescendue en passant par la République Tchèque, la Bulgarie, la Hongrie et me voilà en Turquie depuis début novembre.

 

Mon objectif est d’aller jusqu’en Asie, et particulièrement en Inde, mais je n’ai pas voulu passer l’hiver à vélo. J’ai donc fait du volontariat dans une ferme à côté d’Istanbul. Ma ligne droite est de ne pas avoir de plan. Je fais en fonction des envies, des rencontres, des conseils que j’aurai en chemin.

 

Portrait de Charlotte Bacquaert
Portrait de Charlotte Bacquaert

 

Pour ce voyage, j’ai créé un blog privé, où il faut avoir l’adresse complète pour se connecter. C’était d’abord pensé pour mon grand-père, pour qu’il puisse suivre mon aventure. Sur mon vélo, je m’enregistre pour ensuite noter mes pensées. Je ne me pose pas avec mon carnet en me disant « écrit ».

 

Je dirais à quelqu’un qui souhaite se lancer de ne pas écouter les avis extérieurs. On me demandait souvent si je n’avais pas peur, mais peur de quoi ? Il vaut mieux appréhender ses propres peurs et questionner ses motivations. Fais-tu cela pour découvrir le monde ? Ou pour fuir quelque chose en France ? Le voyage n’est pas forcément la solution aux problèmes, mais c’est une école de la vie. Cela m’a appris l’importance de l’altruisme et de la curiosité, que je n’aurai pas pu apprendre ailleurs. Je recommande le coaching mental avant de partir, ne serait-ce que pour partager le meilleur de soi-même avec les personnes rencontrées sur la route. »

Bonheur total au mont Ararat pour Émilie et Davy Sanchis, Turquie
Bonheur total au mont Ararat pour Émilie et Davy Sanchis, Turquie

 

Émilie et Davy Sanchis : “En fonction des pays, la perception est très différente”

18 pays et 18.000 km…à vélo. Émilie et Davy Sanchis sont deux passionnés de course à pied et de cyclisme, en plus d’être des adeptes des voyages roots. Avec leur projet Bike Up and Down, ce couple souhaite défendre, non pas en priorité l’écologie, mais l’inclusion par le sport pour les personnes porteuses de trisomie 21, en organisant des activités dans les pays traversés. De la métropole jusqu’à bientôt la Nouvelle-Calédonie, ils témoignent de ce long périple.

 

« Nous prenons appui sur les associations et la presse locale de chaque pays traversé pour faire passer le message de l’inclusion, et récolter des fonds, si possible, autour d’événements sportifs. Aussi, nous avons le label ‘Aventure du bout du monde’, un organisme qui délivre environ 5 labels par an sur dossier. Ils aident à préparer un dossier de presse et un spécialiste du vélo peut nous conseiller.

 

En fonction des pays, la perception est très différente. Par exemple, en Moldavie ou en Ukraine, c’est un gros poids pour la famille que d’avoir un enfant handicapé, on en a presque honte. En Turquie, il semblerait que les choses aient beaucoup changé ces 20 dernières années. Avant, on avait tendance à cacher les personnes handicapées. Aujourd’hui, si les structures existent, la famille est également très impliquée. Si l’enfant n’a pas ses parents, des proches s’occuperont de lui… »

 

Lors de la traversée, le couple a par exemple participé à une activité mise en place par la mairie d’Üsküdar (sur la rive asiatique d’Istanbul), où travaillent des personnes porteuses du syndrome de trisomie 21. Ils confient : « C’est pour nous une grande première, voir qu’une mairie prend ce type d’initiative est extrêmement positif, alors que jusqu’à présent, nous avions constaté que ce n’étaient que des initiatives privées. » Mustafa Yildiz, le responsable des projets sociaux à la mairie d’Üsküdar, espère, grâce à ce projet : “lier les peuples autour d’une cause globale”

 

Partis depuis 2021 et toujours sur la route, Émilie et Davy étaient encore jusqu’au 3 juin au Kazakstan. Ils confient dans leur blog : « Des moments marquants que nous ne sommes pas près d’oublier ! Nous changeons non seulement complètement de paysages mais également de peuples, les yeux s’étirent avec beauté, les cultures changent, un renouveau ! »

 

 

Portrait de Laurène Philippot dans la vallée de la Bruche (Alsace)
Portrait de Laurène Philippot dans la vallée de la Bruche (Alsace)

 

Laurène Philippot : "Le vélo est un mode de déplacement qui se développe"

Dans un tout autre registre, et puisqu’il y a autant de raisons de voyager que de personnes sur Terre, Laurène Philippot est une adepte des voyages à vélo en Europe. Armée de son blog Carnet d’escapades créé depuis 2011, cette amoureuse de la nature et de l’écriture, nous emmène découvrir les pistes cyclables européennes, parfois en dehors des sentiers battus…

 

« Je crois que mon premier voyage à vélo était en Norvège. Je lisais pas mal de blogs, et en tombant sur de beaux paysages j’ai osé me lancer. Mon blog existait bien avant que je voyage à vélo, soit depuis 2011. Je voulais garder des souvenirs d’un voyage en InterRail avec ma meilleure amie, et j’y ai pris goût.

 

Le vélo est un mode de déplacement qui se développe : nous avons de plus en plus le choix parmi les itinéraires. Avant, il fallait un peu plus créer. C’est désormais plus facile de se loger ou de se restaurer, et l’Europe bénéficie de nombreuses pistes cyclables.

 

Traversée à vélo de Laurène Philippot sur la Côte d'Opale (Pas-de-Calais)
Traversée à vélo de Laurène Philippot sur la Côte d'Opale (Pas-de-Calais)

 

Ce qui est génial avec le cyclotourisme, c’est qu’on peut complètement adapter son parcours à sa forme. Nous pouvons choisir un parcours plat, le faire avec un vélo normal ou électrique. Certains vont prévoir un itinéraire avec des étapes importantes pour le côté sportif, d’autres vont s’arrêter et vouloir visiter. C’est super adaptable. Si le voyage comprend des enfants, il est possible de choisir un parcours plus sécurisé, avec des pistes cyclables. Personnellement, j’aime vraiment le sentiment de liberté que procure l’itinérance à vélo. Tout se trouve dans notre sacoche.

 

Nous essayons de trouver des modes de déplacements plus écologiques, et le vélo est un exemple. Nous découvrons des endroits très dépaysants, sans avoir besoin de prendre l’avion. C’est l’une des raisons qui me pousse à favoriser ce mode touristique. Lorsque nous sommes à vélo, nous faisons aussi vivre les territoires. S’arrêter dans différentes villes est un aspect intéressant à mon sens. D’un côté, la lenteur permet de profiter des changements de paysages, et contrairement à la randonnée à pieds, nous pouvons découvrir plus de lieux.

 

Il faut se lancer sans se prendre trop la tête ou se brider avec des problèmes techniques. Je recommande un vélo, des sacoches et un itinéraire qui ne semble pas trop dur pour commencer ! »

Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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