Popularité des influenceurs voyage : clap de fin pour les guides traditionnels ? premium

Par Maël Narpon | Publié le 23/09/2022 à 18:00 | Mis à jour le 23/09/2022 à 18:03
Des personnes en train de préparer un voyage avec ordinateur, un guide de voyage et une carte

Besoin de conseils pour choisir votre prochain voyage ? Que la destination se trouve en France ou à l’étranger, la plupart d’entre nous effectuent leurs recherches sur le web, et s’inspirent notamment des recommandations de blogueurs voyage plutôt que de se tourner vers les guides de voyage traditionnels. Ces deux branches de l'industrie touristique sont-elles en concurrence ou bien sont-elles complémentaires ?

 

Routard, Petit Futé, Lonely Planet ou Michelin, tant de noms de guides de voyage qui sont familiers des nombreuses générations de Français qu’ils ont accompagnées. S’ils sont encore populaires aujourd’hui et loin de tomber en désuétude, l’émergence des blogueurs et influenceurs au cours de la dernière décennie soulève des questions quant à la place de chacun sur l’échiquier du monde du tourisme. Il est aujourd’hui tellement simple de rechercher sa prochaine destination pour ses vacances de nos rêves en se baladant sur internet et les réseaux sociaux, mais une fois sur place il reste bien pratique d’être muni d’un guide de voyage. Y a-t-il donc vraiment eu un impact de l’apparition des blogueurs voyage sur l’industrie des guides de voyage ?

 

Une femme en train de lire son guide voyage devant un monument

 

Guides touristiques et blogueurs voyage : qu’est-ce qui les différencie ?

Les éditeurs de guides de voyage et les blogueurs sont unanimes : ils sont fondamentalement différents. Les deux ne s’adressent pas au même public et produisent des contenus qui, même s’ils traitent du même thème, restent foncièrement éloignés. Pour Stéphan Szeremeta, directeur éditorial du Petit Futé, la différence entre blogueurs voyage et guides touristiques réside dans l’expertise de ces derniers : « Un influenceur vit souvent dans sa région et va se limiter à cet espace là, qu’il connait bien, ou alors il va découvrir une destination. En tant qu’éditeur de guides de voyage, ce qui nous intéresse est d’avoir systématiquement des auteurs locaux et d’avoir des standards de qualité par rapport à ça. […] L’influenceur ne peut pas être spécialiste de tout. Nos rubriques histoire, architecture ou gastronomie sont toutes faites par des experts de ces domaines respectifs. Notre contenu est expert parce qu’il est le fruit d’une oeuvre collective. »

 

Contacté par lepetitjournal.com, le blogueur Bruno Maltor met, quant à lui, l’accent sur cette vision particulière et plus personnelle des blogueurs et influenceurs voyage : « J’essaie d’apporter une vision différente à travers mes vidéos. J’essaie de mettre en avant des choses moins connues, ou en tout cas d’une façon différente. Ce que je ne retrouve pas forcément dans les guides. » Sans toutefois chercher à rentrer dans la critique des guides de voyage, il identifie certains inconvénients propres à ces derniers. « Selon moi, le problème avec les guides est leur liste d’adresses, notamment de restaurants. Ils sont souvent victimes de la popularité des guides de voyage et vont voir débarquer une masse de touristes français dans leur établissement. Même si mes vidéos vont récolter pas mal de vues, beaucoup de personnes ne vont pas se rendre directement à la destination. Dans mes vidéos, il est possible de trouver des adresses différentes et mieux « cachées » que dans les guides de voyage traditionnels. J’évite cependant de donner la localisation de certains endroits précis pour ne pas tomber dans l’effet néfaste d’Instagram notamment », nous explique-t-il.

 

Deux opinions partagées et synthétisées par les éditions Michelin : « Le guide de tourisme est écrit par des experts du tourisme et il propose sa sélection des endroits à voir, ses coups de cœur, ses adresses. L'influenceur est l'avis d'une seule personne mais qui peut être intéressante si on a les mêmes affinités qu'elle. » Chacun aborde ainsi la thématique du voyage avec un angle et une vision différents intimement liés au type de public visé.

 

Bruno Maltor : « une concurrence qui n’a pas lieu d’être »

Si d’un côté les guides de voyage disposent d’une version numérique, certains influenceurs et blogueurs s’essayent à la publication de guides pratiques des destinations qu’ils ont visitées. Mais cette tendance, d’un côté comme de l’autre, ne caractérise en rien une concurrence entre les deux. Pour Bruno Maltor, « cette concurrence n’a pas lieu d’être, dans le sens où on ne va pas consommer de la même façon. On va peut-être trouver des bons plans dans les guides que l’on ne trouvera pas dans les blogs, et vice versa. Pour moi, il n’y a pas de cannibalisation des deux marchés, ils se complètent. C’est comme cela que je vois les choses en tout cas ». C’est aussi l’avis de Lesly et Jérémy, couple connu sous le nom de Lylylifestyle sur la plateforme TikTok, qui ne considèrent pas non plus être en concurrence avec les guides de voyage, malgré leur statut de compte TikTok consacré au voyage le plus populaire de France.

 

 

Les deux modes de conseils coexistent et peuvent être complémentaires
Editions Michelin

Stéphan Szereneta, pour qui la « coexistence se fait naturellement » et les éditions Michelin abondent dans leur sens et ne pensent pas que les uns aient un impact sur l’activité des autres. « Les deux modes de conseils coexistent et peuvent être complémentaires. A part la période de Covid, le marché du guide touristique est assez stable depuis de nombreuses années et est en croissance sur les formats poche », ajoutent les éditions Michelin qui continuent à vendre 6 millions d’exemplaires chaque année. Si pour le directeur éditorial du Petit Futé la version papier des guides de voyage serait néanmoins en recul, il retient la capacité d’adaptation des éditeurs qui ont tous développé une version numérique qui perpétue la popularité des guides voyage et leur pertinence. Ces derniers ont donc encore de beaux jours devant eux. 

 

Un influenceur voyage en train de réaliser une vidéo

 

Entre collaborations occasionnelles et symbolique forte, deux industries au service des voyageurs

Loin de se mettre des bâtons dans les roues, il arrive aux blogueurs et éditeurs de guide de voyage de chercher à collaborer à certaines occasions. « Le directeur de Lonely Planet France m’avait contacté pour réaliser un livre », témoigne Bruno Maltor, malgré un projet finalement avorté. « J’ai préféré développer un jeu de société, ce qui est plus original selon moi. Mais je n’exclue pas non plus de m’orienter vers la réalisation de livres un jour. » Il rend finalement hommage aux guides voyage en soulignant la dimension symbolique de certains d’entre eux : « Beaucoup de mes amis achètent des guides pour leurs bibliothèques pour avoir ce souvenir de leur destination ».

 

Blogueurs ou représentants de guides de voyage connus tombent ainsi tous d’accord sur un point : aucun d’eux ne vient empiéter sur les plates bandes de l’autre. Ainsi, sans forcément travailler main dans la main à chaque instant, ils poursuivent toujours le même but : fournir des conseils complets et diversifiés à tout public féru d’aventures et de voyages.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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