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La communauté d'affaires espagnole exalte le moteur franco-allemand

Par Vincent GARNIER | Publié le 31/01/2020 à 16:00 | Mis à jour le 09/02/2020 à 09:44
Photo : Julia Robles
club financiero genova

Tandis que le tsunami du Brexit secoue les membres de l'Union, les européistes les plus fervents resserrent les liens autour d'un noyau dur de pays qui entendent donner un second souffle au projet européen, et dans lesquels on retrouve la France, l'Allemagne et l'Espagne. 


À Madrid, un certain nombre de cérémonies et d'engagements, allant du symbolisme au factuel, ont récemment illustré ce renforcement des liens unissant les trois pays. Pour preuve la célébration du centenaire de le fin de la Grande guerre, qui s'est déroulée en 2018 en Espagne sous le signe de la collaboration franco-allemande, ou plus récemment la célébration du 1er anniversaire du Traité d’Aix-la-Chapelle, à la Résidence de France à Madrid. Sur le terrain, un rapprochement et un échange entre les consuls honoraires des deux pays a par exemple été organisé dans la Péninsule, permettant de faciliter le travail de ces derniers au quotidien.

 

Nous avons besoin que des pays comme l'Espagne, l'Italie ou le Portugal s'associent à un groupe de pays qui acceptent d'assumer les responsabilités

 

Aiguillonant l'axe franco-allemand, la diplomatie française a longtemps œuvré pour consolider un axe franco-espagnol, ayant pour ambition de favoriser un projet européen notamment plus social. Rien n'empêche d'envisager désormais, avec la nouvelle donne européenne, un axe s'articulant de Berlin à Madrid, en passant par Paris. C'est en tous cas la sensation que transmettent les célébrations qui, comme celle ayant réuni la semaine dernière au Club finaciero Genova les ambassadeurs de France et d'Allemagne, donnent la parole aux représentants des deux pays à Madrid. Déclarés simultanément membres d'honneur du célèbre club d'affaires de la capitale espagnole, les deux ambassadeurs ont profité de l'occasion pour exprimer, devant un parterre de dirigeants, leur compromis respectif avec l'Espagne et commun avec l'UE. 

La fin du gouvernement "en fonctions" constitue en tous cas pour la diplomatie européenne en général, une bonne nouvelle. A l'échelle bilatérale, l'Ambassadeur de France en Espagne, Jean Michel Casa, a ainsi récemment annoncé la tenue avant l'été d'un sommet franco-espagnol. Pour Wolfgang Dold, l'Ambassadeur d'Allemagne dans le royaume, qui a évoqué l'histoire respective des deux pays, "l'Espagne et l'Allemagne sont conscientes de la valeur incalculable de modèle européen. Il s'agit désormais de travailler sans répit pour promouvoir ce projet". Dans un contexte d'incertitudes, illustrées par le Brexit et le refroidissement des relations transatlantiques, la relation franco-allemande, centrale dans le projet européen, "est plus importante que jamais", a rebondi Jean Michel Casa, "mais ce moteur ne ce suffit pas à lui seul et nous avons besoin que des pays comme l'Espagne, l'Italie ou le Portugal s'associent à un groupe de pays qui acceptent d'assumer les responsabilités".

 

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Jean Michel Casa, au Club financiero Genova / Julia Robles

 

On connaît les principaux dossiers de la relation franco-espagnole, qui inclut un gros dossier culturel et un chapitre linguistique essentiel, la question des interconnexions, notamment énergétiques, la lutte contre le terrorisme et enfin un volet économique particulièrement dense. La forte présence entrepreneuriale française dans le pays et l'interpénétration économique des deux nations, notamment à l'échelle des investissements, a notamment été rappelée par Jean Michel Casa, qui a fait valoir l'attractivité de la France, "premier pays européen devant l'Allemagne récepteur d'investissement industriel". L'ambassadeur n'a en outre pas manqué d'évoquer l'importance du levier touristique pour les deux nations, respectivement première et seconde destination mondiale. "La relation franco-espagnole est fondamentale dans le projet européen, nous partageons l'essentiel des points de vue concernant les grands défis européens", a déclaré l'ambassadeur, qui a insisté sur le fait que "la politique d'Emmanuel Macron ne peut se comprendre que dans le cadre de la réactivation du projet européen", avec en ligne de mire une souveraineté accrue en termes de sécurité, de défense ou de technologie digitale notamment.

 

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Jean Michel Casa et Wolfgang Dold lors de leur allocution respective / Julia Robles


L'allocution de Wolfgang Dold aura permis de connaître quelles sont pour Berlin, les priorités de sa diplomatie économique en Espagne, évoquant "trois domaines de coopération bilatérale". L'investissement conjoint en R&D et les collaborations entre institutions scientifiques ont ainsi été avancés. La lutte contre le changement climatique et la promotion des énergies renouvelables, "qui font désormais partie de la Marca España", juste après l'accueil de la COP25 et à un moment où les deux pays cherchent leur indépendance vis à vis du carbone et du nucléaire, et l'importance là-encore d'investissements croisés, a en outre été avancée. "Le gouvernement allemand a prévu pour le secteur ferroviaire un investissement de 86 milliard d'euros sur les 10 prochaines années", a annoncé l'ambassadeur, "nous espèrons à cette occasion pouvoir établir des contrats avec des entreprises espagnoles". Enfin, Wolfgang Dold a nommé le secteur automobile, et don rôle essentiel tant en Espagne qu'en Allemagne. 


Comme l'a déclaré Wolfgang Dold, mais comme aurait aussi bien pu le dire Jean Michel Casa, "il y a un grand potentiel pour un développement accrû de notre relation bilatérale, qui doit se réaliser au bénéfice de l'Europe". En choisissant de nommer les deux ambassadeurs membres d'honneur, Arturo de las Heras, Président du Club Financiero Génova, et Maria Luisa de Contes, Vice-présidente et en charge de la Commission des affaires institutionnelles et diplomatiques, ont de fait montré l'importance qu'accorde la communauté d'affaire espagnole au projet européen, à la solidité du couple franco-allemand, mais aussi à la capacité de l'Espagne à intégrer le noyau dur des pays faisant partie du "moteur de l'UE".

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