Cycle sur les écrivains français à Rome : Albert Camus

Par Roxane Garoscio | Publié le 08/03/2021 à 07:00 | Mis à jour le 08/03/2021 à 07:00
Albert Camus

Les œuvres d’Albert Camus sont internationalement connues et largement étudiées, notamment en Italie. Illustre homme de Lettres, dramaturge, romancier, essayiste et journaliste engagé,  il a marqué l’histoire et la littérature contemporaine. Issu d’une famille modeste, il s’est malgré tout dévoué dès son adolescence à l’écriture, une passion qui ne l’a jamais quittée.

 

Un quotidien bercé par les mots qu’il a retranscrits dans ses différents cahiers de notes qui, ont été rassemblés et publiés sous le nom de Carnets en trois volumes. Éditées à titre posthume, les prises de notes de l’auteur racontent entre autres ses différents voyages en Italie et révèlent son attachement à la Cité Éternelle.

Selon ses carnets, son premier voyage sur la péninsule italienne s’est déroulé dans les années 50, une expérience ayant bouleversé et ému l’auteur puisqu’il s’y est rendu à plusieurs reprises par la suite. Sa relation avec l’Italie est marquée par un lien culturel découlant en parti de ses origines méditerranéennes. On observe par exemple que la pensée ainsi que la philosophie méridienne sont amplement présents dans ses écrits, un aspect qui n’est pas forcément connu du large public. Un courant de pensée s’exprimant entre lumière, rayons de soleil et ombre, en somme une écriture marquée par les divers aspects de la lumière. La pensée méditerranéenne se manifeste aussi à travers la manière de poser le regard sur le monde, qu’il s’agisse d’une plage comme dans L’Étranger, ou bien des paysages urbains.  

À la lecture de ses Carnets, on observe que Camus traite des différences qu’il a notées entre le Nord et le Sud de l’Italie. Il a d’ailleurs conscience que dans l’imaginaire collectif le Nord est rapporté à l’ordre, au contrôle des passions, à la pudeur, au travail et au manque de lumière. Tandis que le Sud est davantage marqué par l’omniprésence de la lumière, comme par l’enivrement, le plaisir, les rêveries, l’ouverture maritime et l’errance. Ce sont ces différences qui intéressent l’écrivain et c’est notamment par le biais de son projet d’écriture qu’il tente de rassembler les deux aspects, l’esprit et la discipline d’une part, le corps et l’aventure d’autre part. Une pensée moderne qui trouve son influence de part les origines de l’auteur et reflétée dans ses œuvres.

 

« Rome pèse ainsi, mais d’un poids sensible et léger, on la porte sur le cœur comme un corps de fontaines, de jardins et de coupoles, on respire sous elle, un peu oppressé, mais étrangement heureux. Cette ville relativement petite mais dont les perspectives aériennes éclatent parfois au détour d’une rue, cet espace sensible et borné respire ensemble avec le voyageur et vit avec lui. »

 

Selon Camus, la ville éternelle est synonyme de gaieté et baignée par la lumière où les immenses jardins s’unissent de manière harmonieuse avec les ruelles et les ruines. Une ville gorgée d’histoires dont la beauté touche l’auteur. Dans ses notes, il compare la capitale française à celle italienne, Paris y est défini comme une ville sombre, constamment habitée par le brouillard en contraste avec Rome, définie comme éblouissante et délicate. L’écrivain est fasciné par son architecture singulière et sa capacité à faire coexister des espaces ouverts et des jardins avec des places et rues concentrées et nombreuses. Il voit Rome comme une ville vivante, c’est-à-dire composée d’artères, respirant et évoluant sans cesse. Par ailleurs, lorsqu’il regarde les édifices du passé il n’y voit pas seulement des ruines, il remarque aussi la rosée du matin, la présence de la nature. Dès lors, ces lieux représentant les vestiges d’une ville morte deviennent des lieux de renaissance, puissants et vivants.

 

« La lumière de Rome est ronde (...), luisante et souple. Elle fait penser à des corps, à l’opulence des chairs heureuses, à la vie réussie. »

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Roxane Garoscio

Secrétaire de rédaction du Petit Journal, Roxane est passionnée par la littérature et l'écriture. Curieuse, investie et attentive, elle s'intéresse principalement aux sujets de société, à l'actualité et la culture.
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