Vous devez absolument savoir, lorsque vous achetez un billet dans un train grandes lignes en Pologne, que vous ne voyagerez pas nécessairement assis. Sur certains trains de PKP Intercity, lorsque toutes les places réservables ont été attribuées, des billets restent en vente malgré tout, sans garantie de siège. Enfants, femmes enceintes, voyageurs à mobilité réduite : quelles règles s’appliquent lorsque le train affiche complet ? Une particularité expliquée en dix points.


1. Un billet peut être vendu sans place assise.
C’est la première chose à comprendre. Le règlement de vente en ligne de PKP Intercity prévoit explicitement deux produits : le billet avec réservation d’une place assise et le billet “bez gwarancji miejsca do siedzenia”, sans garantie de place assise. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une erreur de réservation lorsqu’un voyageur muni d’un billet valide passe une partie du trajet debout, dans un couloir. Le système permet, dans les trains concernés, de continuer à assurer le transport des voyageurs lorsque les sièges disponibles sont déjà attribués.
💡Sans siège réservé : debout, empilé façon sardines, strapontin ou chaise musicale ?
Avec un billet « sans garantie de place assise », aucun fauteuil numéroté ne vous est attribué, mais si vous êtes un peu débrouillard, cela ne signifie pas forcément que vous allez rester debout pendant tout le voyage.
- Si une place est libre, vous pouvez toutefois l’occuper provisoirement ; il faudra la céder si son titulaire se présente plus tard, par exemple après une gare intermédiaire. Vérifiez au-dessus du siège, le petit bandeau où est noté le trajet réservé, “wolne” (libre) / “zajęte” (occupé). Mais cela dépend du matériel et du système d'information embarqué.
- À défaut, le voyage peut effectivement se poursuivre debout, dans les espaces où la circulation reste possible.
- Certaines rames disposent aussi de sièges rabattables, les fameux strapontins que l’on trouve parfois dans les couloirs ou les espaces de passage, mais leur présence dépend du matériel et ils ne constituent pas une place réservée garantie par le billet. Bonjour les courants d’air, les coups de valise et le ballet incessant vers les toilettes. Mais, consolation linguistique : après avoir entendu plus de deux cents fois “przepraszam”, « pardon, pardon…», vous serez incollable sur la prononciation de l’improbable « prz » .
- Bref, sans “miejscówka”, on peut parfois s’asseoir, mais on ne peut revendiquer aucun fauteuil précis.
2. Cela s’apparenterait donc à du surbooking ?
Ce mécanisme ressemble au surbooking, sans être tout à fait comparable à celui d’une compagnie aérienne. Dans l’aérien, le transporteur peut vendre davantage de réservations que de sièges en anticipant les passagers qui ne se présenteront pas ; si tout le monde vient, certains restent au sol.
Dans le cas polonais, le voyage sans siège est au contraire un cas prévu : le voyageur peut acheter un titre de transport tout en sachant qu’aucune place assise ne lui est garantie. Un message apparaît d'ailleurs sur le site de réservation, lorsque vous souhaitez choisir votre siège. Ce phénomène ne date pas d’hier. En 2015, une interpellation parlementaire numérotée 34250, déposée le député Przemysław Czarnecki, “w sprawie braku miejsc siedzących w pociągach” (« sur l’absence de places assises dans les trains ») relevait déjà que le client était informé de cette situation lors de l'achat de son billet.
3. Si cela vous arrive, inutile de râler ou de perdre votre temps à rédiger un réquisitoire de 2.000 signes sur Facebook…
Pas la peine de vous en prendre au contrôleur, à l’agent au guichet, d’appeler votre consulat ou de poster un réquisitoire comptant des milliers de signes sur les réseaux sociaux, façon « J’accuse » d’Emile Zola.... Les Polonais et autres résidents en Pologne eux-mêmes se plaignent régulièrement du système : ce n’est donc ni une discrimination contre les étrangers ni une petite arnaque qui fonctionnerait bien avec les touristes. Oui, nous le précisons car une méconnaissance de la Pologne assaisonnée à une poignée de clichés peut faire tirer des conclusions rapides et erronées.
C’est plus prosaïque : sur certains trains, les règles permettent de vendre davantage de billets que le nombre de places assises disponibles et donc de transporter certains voyageurs sans siège garanti. Ce choix devient particulièrement visible lorsque la demande dépasse la capacité disponible, ce que les responsables du ministère et de PKP Intercity ont eux-mêmes reconnu devant le Parlement.
La situation devrait progressivement évoluer avec la remise en service et l’achat de matériel : PKP Intercity indiquait à l’été 2026 disposer de quelque 1.671 voitures, environ 300 de plus en circulation qu’au début de 2024, tandis que de nouvelles commandes doivent encore être livrées. Mais pour l’heure, lors des grandes migrations estivales ou des longs week-ends, avoir un billet PKP Intercity ne suffit pas toujours : il faut aussi vérifier que l’on a bien une place.
💡À méditer : en Pologne, même sans place assise, on finit toujours par se faire une place au soleil…
Il y a là quelque chose de profondément polonais : cet art de composer avec ce qui manque, de transformer l’inconfort en système D et de continuer d’avancer sans attendre que les circonstances deviennent idéales. Une forme de résilience sans grands discours, forgée par une histoire qui en a rarement laissé le loisir.
Dans le train comme ailleurs, on s’adapte, on se serre un peu et on arrive à destination.
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4. Ce système fonctionne-t-il aussi dans les Pendolino - trains à grande vitesse en Pologne ?
Non, tous les trains ne fonctionnent pas ainsi. Le Rzecznik Praw Pasażera Kolei, le médiateur officiel des voyageurs ferroviaires, rappelle que certains trains sont soumis à une réservation obligatoire et ne permettent pas la vente de billets sans garantie de siège. C’est notamment le cas des EIP exploités en Pendolino et de certains IC PesaDART assurés avec du matériel pour lequel le transport de passagers debout n’est pas prévu. Ces trains sont signalés par le symbole [R], pour "rezerwacja obowiązkowa". Lorsque plus aucun siège ne peut être attribué, on ne peut donc pas simplement monter et voyager debout.
5. Depuis 2024, davantage de trains peuvent accueillir des voyageurs debout
Le 9 juin 2024, la réservation obligatoire a été supprimée sur les FLIRT, ED74 et autorails ; le Sejm a explicitement indiqué que leur remplissage pouvait dès lors dépasser 100 % des places assises. C’est ainsi que depuis juin 2024, PKP Intercity a supprimé la réservation obligatoire sur plusieurs types de rames, notamment les FLIRT ED160 et ED74. Conséquence : une fois les sièges attribués, des billets sans place garantie peuvent de nouveau être vendus sur ces trains, qui peuvent ainsi transporter davantage de voyageurs que leur nombre de places assises. Devant une commission du Parlement polonais, cette évolution a été notamment mise en relation avec la capacité insuffisante du parc de PKP Intercity.
La réforme répondait aussi à un autre problème : les titulaires de billets périodiques devaient auparavant réserver un siège, parfois sans finalement l’occuper, ce qui pouvait bloquer artificiellement des places.
6. Le manque de matériel roulant n’est pas une simple impression…
En juillet 2024, Piotr Malepszak, secrétaire d’État au ministère des Infrastructures, déclarait devant le Sejm que PKP Intercity dépassait alors les 7 millions de voyageurs par mois sur les grandes lignes et pouvait atteindre environ 300.000 voyageurs lors des pointes quotidiennes, notamment le dimanche Il reconnaissait simultanément que le parc disponible n’était pas suffisant : l’entreprise manquait aussi bien de voitures classiques que de rames automotrices électriques. Une partie de la réponse consistait alors à remettre plus rapidement en circulation le matériel immobilisé.
7. Pourtant, les chiffres récents permettent de mesurer le décalage entre demande et capacité
En 2026, Piotr Malepszak, secrétaire d’État au ministère des Infrastructures, a indiqué que ses trains offraient environ 270.000 à 280.000 places par jour, compte tenu notamment de leur rotation, alors que la fréquentation quotidienne moyenne de l’été précédent avait atteint environ 305.000 voyageurs.
Lors des week-ends estivaux les plus chargés, elle pouvait dépasser 350.000 voyageurs. Le président de l’entreprise en tirait une conclusion sans ambiguïté : pendant ces périodes, PKP Intercity transporte quotidiennement des passagers debout et il faudrait de l’ordre de 200 voitures supplémentaires, voire davantage, pour pouvoir asseoir tout le monde.
8. La situation trouve aussi son origine dans l’état du parc hérité des années précédentes…
La direction de PKP Intercity a indiqué qu’au moment de sa prise de fonctions, au printemps 2024, 40,6 % des voitures étaient immobilisées ; la proportion atteignait 50 % parmi les voitures aptes à 200 km/h. L’entreprise a depuis remis davantage de matériel en circulation et renforcé des milliers de trains en ajoutant des voitures. Elle souligne néanmoins qu’une augmentation rapide du parc est contrainte par les délais de révision, de modernisation et de construction du matériel ferroviaire.
9. Un train annoncé « complet » peut pourtant comporter des sièges vides…
Nous l’avons constaté sur un Sopot–Varsovie, à bord d’un train poursuivant ensuite jusqu’à Łódź. Au moment de l’achat, impossible d’obtenir une place assise jusqu’à Varsovie : le système n’en proposait plus. Une fois à bord, pourtant, certains sièges sont restés vides, sur une partie du trajet. Cela peut arriver parce qu’un train est réservé par tronçons : un même siège peut être occupé sur une partie du parcours et libre sur une autre.
En revanche, faute d’explication technique publiée par PKP Intercity sur l’allocation précise des sièges et les réponses contradictoires des contrôleurs, impossible d’affirmer que les places réservées seulement entre Varsovie et Łódź auraient dû-pu être proposées pour Sopot–Varsovie…
10. Que dois-je bien vérifier pour être certain de ne pas voyager debout ?
Notre conseil : avant de payer, vérifiez surtout qu’une place vous a bien été attribuée. L’option “Wybierz miejsce ze schematu” (« choisir sa place sur le plan »), lorsqu’elle est proposée, permet de sélectionner son siège.
Sur PKP Intercity, il faut regarder si le titre de transport comporte un numéro de voiture et de siège ou s’il indique au contraire l’absence de garantie de place.
Sur les trains soumis à réservation obligatoire, les règles sont plus strictes : l’Urząd Transportu Kolejowego, l’autorité polonaise des transports ferroviaires, rappelle notamment qu’un voyageur ne doit pas monter en supposant qu’il pourra acheter ensuite une place auprès du contrôleur.
Sur les EIP Pendolino, la vente à bord est en principe exclue.

💡Les bébés et les enfants de moins de 6 ans, ils voyagent où, dans le porte-bagages ?
Dans les trains PKP Intercity composés de voitures classiques à compartiments, un compartiment est généralement destiné aux accompagnateurs d’enfants de moins de 6 ans.
Des compartiments spécifiques existent également en seconde classe des Pendolino. Lors de l’achat, il faut demander ou sélectionner cette préférence.
💡Les enfants de plus de 6 ans, des passagers qui peuvent voyager debout, comme des grands
Concentrez-vous bien et lisez attentivement : un tarif enfant ne constitue pas, en lui-même, une garantie de siège. Sur les trains où les billets sans place garantie sont autorisés, un enfant peut donc lui aussi voyager sans siège attribué ; les trains à réservation obligatoire restent soumis à la règle inverse.
PKP Intercity prévoit explicitement que, dans les TLK et IC sans réservation obligatoire ainsi que dans les EIC, un billet pour enfant peut être délivré sans garantie de siège lorsqu’aucune place ne peut être attribuée.
L’enfant peut donc, comme un adulte, se retrouver sans siège réservé. En revanche, dans les trains à réservation obligatoire, notamment les EIP, le billet n’est délivré qu’avec une place assise.
💡Le cas des femmes enceintes : à vot’ bon cœur pour un siège, messieurs-dames
Certains trains comportent des sièges prioritaires destinés notamment aux femmes enceintes et aux personnes à mobilité réduite. Il ne faut toutefois pas confondre siège prioritaire et réservation garantie : la présence du pictogramme ne crée pas à elle seule une place supplémentaire lorsque le train est complet. Espérons qu’il existe encore des personnes civilisées - au sens étymologique du mot, pour leur offrir leur siège…

💡Quid des personnes handicapées ou à mobilité réduite, notamment en raison de l’âge
Elles ont droit à une assistance gratuite, notamment pour monter et descendre du train. L’UTK précise que la mobilité réduite peut résulter d’un handicap, mais aussi de l’âge. Il est recommandé de signaler le besoin d’assistance au moins 24 heures avant le départ. Ces droits à l’accessibilité et à l’assistance ne constituent cependant pas, à eux seuls, une garantie générale de siège.
💡Ce que vous devez retenir
Sur les trains à réservation obligatoire [R], notamment les EIP Pendolino et les IC PesaDART cités par le médiateur ferroviaire, PKP Intercity ne vend pas de billets sans siège garanti : ces matériels ne sont pas prévus pour transporter des voyageurs debout.
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