Avec l’artiste Julian Cavaillé, alias Cavart, les « souliers », comme il aime les nommer, ne touchent presque jamais terre. Ses crampons se plient, se tendent, prennent leur élan, comme saisis une fraction de seconde avant l’extension dans la fameuse « Position Cavart ». Il se destinait au sport, mais il a dû emprunter un autre chemin, sans école d’art ni formation académique, apprenant la sculpture en autodidacte. Aujourd’hui, ses souliers changent d’échelle et croisent les trajectoires de grands noms du sport. Pour le Match des Légendes à Łódź, il s’est attaqué à celle de Zbigniew Boniek, transformée en un monumental trophée, dont le prix s’est envolé lors de la vente aux enchères durant le Gala Grand Opening 2026 du match des Légendes… pour la bonne cause ! Dans le conte de Cendrillon, le soulier révèle une identité ; chez Cavart, il révèle une personnalité !


Bénédicte Mezeix-Rytwinski pour Lepetitjournal.com Varsovie : On a pu découvrir cette chaussure monumentale l’an dernier, lors de la première édition du Match des Légendes - Mecz Gwiazd, au moment de la remise des trophées. Comment élaborez-vous vos créations, quelles sont les différentes étapes ?
Julian Cavaillé : En gros, au début, on murit une idée. Pour cette occasion, je voulais rendre hommage à la carrière de Zbigniew Boniek [NDLR Ancien international polonais, Zbigniew Boniek, milieu de terrain, a été vainqueur de la Ligue des champions 1985 avec la Juventus Turin]. Je me suis inspiré de tous les surnoms qu’il a eus, de ses couleurs favorites… [NDLR Les couleurs fétiches des maillots du club de Turin sont le noir et le blanc].
Comme vous avez pu le voir, le socle est en acier, poncé, peint et verni, reprenant le drapeau polonais blanc et rouge. J’ai choisi ce modèle de chaussure iconique parce qu’il l’a porté durant sa carrière, quand il était à la Juventus de Turin, et aussi lors de matchs qu’il a pu jouer en Pologne. Enfin j'ai placé ce crampon d'époque dans une position dynamique de propulsion.
« Mon processus de fabrication est toujours le même : je pars d’une idée, je la désigne grâce à une tablette graphique, je la tire, je la met en forme et, ensuite, je vais utiliser des imprimantes 3D, de la pâte époxy, de la glaise, de l’argile pour faire ma sculpture. Pour une dernière finition plus précise, j’enduis tout de résine, je ponce une dernière fois avant d'attaquer la peinture et de terminer l’ensemble. » Julian Cavaillé
Il y a aussi cette position très particulière que vous donnez à vos chaussures. Pourquoi ce choix du mouvement ?
Oui, on retrouve dans mon travail ce que j’ai appelé la « position Cavart » . En général, les chaussures sont présentées à plat, jamais pliées, et je me suis dit, quitte à faire de la chaussure une œuvre - un soulier, comme j’appelle mes œuvres - autant lui donner une position spéciale, où l’on va vers l’avant, on est prêt à bondir, prêt à faire un sprint. C’est une extension, quelque chose qui avance, en mouvement.
Vous utilisez le mot soulier, moi, ça me fait penser à ces embauchoirs en bois qu’on voit chez le cordonnier ou qu’on enfile dans les chaussures pour conserver leur forme…
Oui, chez mes grands-parents, il y en avait, à chaque fois, ils appelaient ça le soulier… Pourquoi j’utilise le nom « soulier » ? Il faut savoir que j’ai commencé par travailler avec des snickers, cette basket iconique très à la mode. J’ai préféré utiliser « souliers » pour mes œuvres, pour ne pas que mon art soit uniquement limité à la reproduction de baskets.
« Là, par exemple, je collabore beaucoup avec des footballeurs - donc je fais surtout des crampons - mais, si, demain, je veux travailler sur un patin à glace, sur la botte d'Iron Man, le pied de Hulk ou encore le crampon de Ronaldinho... ça reste un soulier et donc une œuvre potentielle. » Julian Cavaillé
Récemment, j’ai travaillé avec des stars du foot comme Kylian Mbappé, Ronaldinho, Sébastien Frey, Djibril Cissé, Boniek, Michel Platini - qui était un ami de Zbigniew Boniek avec qui il a joué à la Juventus - Zinedine Zidane, Olivier Giroud… Mais aussi notamment Lamine Yamal [NDLR Jeune prodige, footballeur international espagnol du FC Barcelone] avec lequel j’ai fait une première collaboration qui continuera prochainement.
En dehors des footballeurs, j’ai réalisé des œuvres pour Eva Longoria, le Prince Albert II de Monaco et la princesse Charlène de Monaco, les rugbymen professionnels internationaux français, comme Antoine Dupont et Thomas Ramos… et enfin, pour mon dernier projet, j’ai réalisé une sculpture de deux mètres cinquante, pour la ville de Montpellier, en reprenant ses monuments connus principaux.
Entre Eva Longoria et Ronaldinho, les univers sont très différents. Quel est le fil conducteur de votre travail ?
Quelle que soit la personnalité avec qui je collabore, le dénominateur commun, sur lequel je vais travailler, c’est le soulier. On a tous une chaussure.
Par exemple, j’ai eu l’idée avec Eva Longoria de travailler sur une des chaussures favorites de son fils, de la marque Gucci. C’est tout bête, mais son fils étant un fan de la marque, je lui ai donc fait un soulier géant Gucci.
Voilà, en général, je traite régulièrement des commandes, je suis l’artiste des souliers.
« L’artiste des souliers »… Il y a un petit côté Cendrillon chez Cavart, finalement ?
(Rires) C’est ça ! On ne me l’avait encore jamais faite… On peut le présenter comme ça, si vous voulez.
Après tout, dans le conte Cendrillon, le soulier révèle une identité ; chez Cavart, il révèle une personnalité ! Chacun doit trouver chaussure à son pied… Comment créez-vous une forme propre à chaque personnalité ?
Je travaille en design pur, jamais avec des moules : c’est-à-dire que chaque chaussure a son design, chaque chaussure a ses plis… Je ne suis jamais capable de refaire chaque fois la même. Même si demain j’essaie de refaire cinq fois une œuvre, les cinq auront quand même quelque chose de différent.
Quand vous travaillez pour un joueur, vous partez donc de l’une de ses propres chaussures ?
Les trois quarts du temps je pars d’une chaussure de foot qu’un joueur me donne. Par exemple, Lamine Yamal et Kylian Mbappé m’ont remis les leurs que j’ai dû revisiter, revoir pour y ajouter mon style artistique ainsi que pour leur donner cette position emblématique, la « Position Cavart », cette position de « prêt à jumper » et à partir en sprint.
Avez-vous suivi une formation artistique ?
Aucune. Zéro. J’étais préparateur physique et je faisais du sport. J’ai arrêté à cause du Covid et je me suis retrouvé sur Youtube, à regarder comment on faisait des sculptures : c’est là que j’ai appris et partagé avec des personnes qui avaient un peu plus d’expérience dans le métier. Ma première sculpture a fait le buzz sur les réseaux sociaux et notamment sur Tiktok et Instagram où j’ai cumulé 3,4 millions de vues. Ce sont les réseaux qui m’ont aidé à me lancer et qui m’ont poussé à continuer. Aujourd’hui, ça fait 3 ans que je suis artiste, mais j’apprends toujours et je m’améliore continuellement.
Je ne suis pas quelqu'un de manuel à la base. C’est pour ça que, quand j’ai annoncé à mon entourage mes projets, ils étaient surpris.
Quels sont tes projets pour les prochains mois ? Avez-vous des commandes, des expositions de prévues ?
J’ai un projet de collaboration prévu avec DJ Snake [NDLR DJ, compositeur et producteur français sur la scène électro], Cristiano Ronaldo, mais aussi avec des entreprises…
Par exemple, j’ai réalisé le trophée d’un événement de basketball à Paris, sponsorisé par Michael Jordan [NDLR Il s’agissait du trophée de finale de la compétition de streetball soutenu par le célèbre basketteur en 2026, Quai 54].
J’ai également des commandes venant de New York, car la Coupe du Monde qui s’y est déroulée m’a permis de nouer des contacts, des relations… J’attaque donc mes premières expositions à New York, ainsi que dans des hôtels à Paris en solo. Aujourd’hui, mon voyage en Pologne m’a donné envie de me voir exposé dans de beaux lieux prestigieux.
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Vous avez été repéré par des stars. Est-ce que les grandes marques commencent, elles aussi, à venir vers vous ?
Je suis ambassadeur de certaines marques, comme Foot Locker, Nike - avec qui j’ai travaillé concernant les événements de Michael Jordan et sa marque Jumpman… J’ai fait également quelques apparitions chez Adidas pour des collaborations, notamment dans le monde du basketball. Pour l'instant, je travaille beaucoup avec des stars directement, moins avec les marques. On verra, peut-être que, par la suite, ça changera.
C’est votre deuxième participation au Match des Légendes. Qu’est-ce que cet événement représente pour vous, et quel message avez-vous envie de transmettre aux jeunes qui rêvent de football ?
Moi, par exemple, aujourd’hui, je suis un joueur amateur. J’ai toujours aimé le foot, malheureusement je n’ai jamais réussi à aller à un niveau professionnel, celui-ci était trop élevé. Aujourd’hui, je participe à plusieurs matchs caritatifs, ce qui me permet d’avoir une sensation que jamais je n’aurais pu connaître : rentrer dans un stade rempli, signer des autographes, être dans les vestiaires de joueurs de légende, participer au match…
Il y a des matchs caritatifs où j’ai marqué un but, fait des passes, des dribbles, c’est exceptionnel.
« Donc si, en tant que jeune, vous faites du foot aujourd’hui et que vous n’êtes pas professionnel demain, ce n'est pas grave. Ça reste une passion, vous bougez, vous faites du sport et au fond, ça suffit. » Julian Cavaillé
💡Cavart, l’artiste des souliers
De son vrai nom, Julian Cavaillé, alias Cavart est artiste sculpteur contemporain depuis 2023.
Passionné par le sport et notamment par le football, cet ancien préparateur sportif s’est illustré en collaborant notamment avec les plus grands sportifs comme Zinedine Zidane ou encore Kylian Mbappé en 2025.
Il a également réalisé les trophées des deux éditions de Mecz Gwiazd ainsi que celui de l'événement parisien de basketball Quai 54 en 2026.
Intagram : https://www.instagram.com/cavart_artiste/
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