Dans le cadre de ma mobilité ERASMUS, je devais rejoindre la ville portuaire de Gdańsk depuis la France. La première étape a été de choisir le mode de transport qui convenait le mieux à ce long trajet. Plusieurs options s’offraient à moi, mais j’ai finalement choisi le train. C'est, non seulement, une manière efficace de contribuer à l'écologie, il serait aussi intégralement remboursé par le programme ERASMUS en plus de m’assurer une somme plus conséquente pour ma bourse. Malheureusement, ce périple est devenu un réel parcours du combattant. Voici mon journal de bord entre trains annulés, nuits blanches, fausses joies et surcoût.


💡 Cet article n’a pas vocation à opposer le voyage en avion au voyage en train. Il vise avant tout à partager des informations et des conseils pratiques à destination des voyageurs ayant fait le choix d’un mode de transport plus durable et susceptible d’être confrontés à des difficultés similaires.
La planification du trajet : BlablaCar, Deutsche Bahn, FlixBus, PKP Intercity
Plusieurs semaines avant le départ, j’ai réservé le trajet auprès de la Deutsche Bahn - équivalent de la SNCF en Allemagne, qui reliait la gare de Bruxelles-Nord à Gdańsk. Par souci d’économie pour mon budget étudiant, j’ai décidé de faire le trajet entre Reims, mon lieu de travail, et Lille, ma ville d’études, en covoiturage. Ensuite, pour le trajet de Lille à Bruxelles FlixBus était ma meilleure option, bien moins chère que le train et souvent l’option la plus économique sur les trajets intra-européens.
Ce trajet était composé de plusieurs correspondances, notamment en Allemagne, et il aurait dû ressembler à ça (sur le papier) :
- Covoiturage Reims – Lille
- Bus Lille – Bruxelles
- Train Bruxelles – Aix-la-Chapelle
- Train Aix-la-Chapelle – Berlin
- Train Berlin – Poznań
- Train Poznań – Gdańsk
Les lignes que j’ai utilisées ne sont qu’une fraction de celles qui sont disponibles entre l’Allemagne et la Pologne et le réseau évolue continuellement. Les plus grandes villes polonaises sont directement accessibles depuis Berlin ou Leipzig.
💡 Si le voyage s’était parfaitement déroulé comme prévu, le trajet aurait duré un peu moins de vingt et une heures et m’aurait coûté environ 238 euros, ce qui inclut également un hôtel réservé à Gdańsk par manque d’hébergement pour la première nuit.
Économie, climat, fiabilité : le train, la fausse bonne idée ?
Le choix du train s’est imposé pour moi comme le meilleur choix écologique et économique. En effet, les transports sont une des principales sources de pollution dans le monde - entre 15 et 16% chaque année.
En utilisant le site de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), j’ai pu calculer le coût total de CO₂ émis par mon trajet en train, et le comparer à celui d’un trajet « fictif » dans lequel j’aurais pris l’avion pour l’entièreté du voyage.
En prenant le train et le bus sur certaines portions de mon trajet, j’ai en tout émis 28,99 kg de CO₂. Sur la même distance, si j’avais décidé de prendre l’avion, le trajet aurait été responsable de l’émission de 200 kg de CO₂. En prenant l’option écologique, j’ai donc économisé pas loin de 171 kg de CO₂, ce qui équivaut à l'émission mensuelle moyenne d’un ménage français (166 kg de CO₂). À une époque où le changement climatique se manifeste de plus en plus partout dans le monde à l’image des récentes canicules européennes, il était important pour moi de pouvoir limiter mes propres émissions.
💡 Cette option s’était aussi révélée être la plus économique. En effet, dans le cadre du programme ERASMUS, une enveloppe de mobilité plus grande est accordée aux étudiants qui décident d’emprunter une mobilité verte, telle que le train ou le bus, pour se rendre à leur lieu de stage ou à leur université d’accueil.
D’un point de vue plus personnel, voyager de cette manière me procure une grande joie. Je traverse des pays entiers et des paysages magnifiques s’offrent à moi depuis le confort de mon siège. C’est également une mise au défi de moi-même, quelque chose que je voulais prouver que j’étais capable de faire avant de commencer mon stage à la rédaction.
Cependant, le train est aussi beaucoup plus imprévisible que l’avion et cela peut mener à des mésaventures comme celles que j’ai vécues il y a un mois.

FlixBus annulé, Deutsche Bahn retardée : place aux solutions de secours
J’ai effectué le covoiturage en compagnie d’autres étudiants lillois, et nous avons discuté d’actualité et de passions communes durant l’entièreté du voyage.
Mais c’est la veille du grand départ, lors de mon arrivée à Lille, que les ennuis ont réellement commencé… Je m’aperçois que mon bus jusqu'à Bruxelles a été annulé. Je suis donc sans solution pour me rendre en Belgique afin de pouvoir prendre mon train jusqu’à Aix-la-Chapelle. Par manque d’options, je suis contraint de prendre un bus deux heures plus tôt, arrivant à la gare vers 4h20. Face à moi, deux longues heures d’attente sur le quai.
Pendant que je patiente, je reçois un message de la Deutsche Bahn : nouveau coup dur, mon train vers Aix-la-Chapelle est annulé. Je suis alors obligé de trouver une connexion en urgence pour ne pas manquer ma correspondance pour Berlin et surtout pour ne pas rester bloqué à Bruxelles. Je me rabats sur le réseau ferroviaire belge. En passant par une correspondance à Verviers, je rejoins enfin la capitale de l’Empire de Charlemagne.
Malheureusement, cette solution d’urgence représente des frais supplémentaires sur mon voyage desquels je me serais volontiers passé.
💡 Ce qui m’a beaucoup aidé pour ne pas paniquer, c’est l’application de la Deutsche Bahn. Celle-ci propose immédiatement des alternatives à votre trajet en cas d’annulation ou de retard important, je vous la conseille vivement si vous voyagez en Allemagne !

Berlin : l’objectif inatteignable
En arrivant sur le quai de la gare d’Aix-la-Chapelle, je me rends compte que mon annulation de train n’est pas un cas isolé. Le tableau des départs est saturé d’annulations ou de retards très importants. Il s’avère que toute la région de l’Allemagne de l’Ouest est paralysée samedi 30 mai au matin. La raison ? Un orage dévastateur dans la nuit du 29 au 30 mai qui a causé des chutes d’arbres sur les voies, et des problèmes techniques sur la ligne entre Aix-la-Chapelle et Berlin.
Cette fois-ci, l'application ne me propose plus d’alternatives, je dois dû trouver une solution par moi-même, en usant d’internet et du tableau des départs sur place. Mon seul but à ce moment-là est de rejoindre un hub majeur comme Düsseldorf ou Francfort afin de pouvoir arriver à Berlin plus facilement.
Avant de trouver le bon train pour quitter la gare, je réserve et paie deux billets pour des trains qui ne sont jamais arrivés à quai. Je suis resté à la gare d’Aix-la-Chapelle pendant trois heures avant de finalement partir pour Düsseldorf, où un train m’attendait pour rejoindre Berlin, une étape cruciale de mon voyage. À cause des retards et des trains annulés, comme il m'était impossible de rejoindre Gdańsk le jour même, j’ai donc décidé de réserver en avance, un hôtel à Poznań, pour une arrivée prévue vers minuit. A ce moment, je suis toujours en gare de Düsseldorf, vous suivez ?
Je pensais alors réellement être sorti d’affaire en montant dans le train jusqu’à Berlin, soulagé d’avoir trouvé une solution et persuadé que, d’ici quelques heures, je serais dans mon lit d’hôtel, en Pologne, à profiter d’un repos bien mérité. Mais c’était sans compter sur la Deutsche Bahn qui a décidé de me réserver quelques surprises supplémentaires.
L'incendie qui met le feu aux poudres dans ma presque parfaite organisation
Suite à un incendie sur les voies et à un problème technique qui nous a ralentis tout au long du voyage, mon arrivée à Berlin n'a eu lieu qu'à 21h et non pas à 17h50 comme cela était prévu. Encore quatre heures de retard qui, à ce stade-là, ont presque fini de m’achever !
C'est à ce moment précis que la situation est devenue la plus difficile mentalement. Debout depuis 2 heures du matin, l'accumulation de la fatigue n'a clairement pas aidé face à l'enchaînement des annulations et des retards. Je suis donc arrivé trop tard pour mon train, direction Poznań, et aucune solution ne s’offrait à moi pour quitter la capitale allemande avant le lendemain matin. J’ai donc été obligé de passer la nuit à Berlin dans un hôtel à plus de 100 euros, et d'attendre le petit matin pour pouvoir poursuivre ce voyage interminable.
💡 Si cela avait le malheur de vous arriver, privilégiez Google Maps pour trouver un hôtel rapidement. Il répertorie très efficacement les hôtels aux environs et compile les différents prix avec les disponibilités de chacun d’entre eux. Ensuite, la réservation via Booking.com ou directement sur le site de l'hôtel est la solution la plus simple.
En plus de mes problèmes de train, un autre imprévu a également compromis mes plans : mon appartement à Gdańsk.
En effet, j’avais un appartement réservé pour toute la durée de mon séjour via une plateforme sécurisée, mais les premiers échanges avec le propriétaire se sont avérés particulièrement compliqués et ma réservation a été annulée. Heureusement, j’avais une solution de secours, chez mes grands-parents habitant à Bielsko-Biała, où j’ai pu me rendre...

La dernière ligne droite : Berlin - Bielsko-Biała
Le lendemain, j’ai réservé un autre train que je n’avais pas prévu de prendre, cette fois-ci auprès de la PKP (Polskie Koleje Państwowe, équivalent de la SNCF en Pologne) Intercity, qui, elle aussi, a un site internet très intuitif. Cependant, il arrive que des billets soient encore en vente alors qu’il n’y a plus de places assises dans le train. C’est quelque chose que je ne savais pas, donc si vous voulez éviter de passer votre trajet debout dans le couloir comme moi, assurez-vous de réserver une place assise au moment de votre réservation !
Je suis enfin arrivé à destination à Bielsko-Biała le dimanche 31 mai à minuit, après un voyage très éprouvant aussi bien physiquement que mentalement.
💡En tout, j’ai passé 31 h dans les transports au lieu de 20h, et j’ai dépensé 730 euros au lieu des 238 euros prévus.
Heureusement, la Deutsche Bahn prévoit des remboursements pour les imprévus, y compris pour les hôtels, comme celui à Berlin pour mon cas, par exemple.
À l’heure où j’écris, les démarches avancent, mais lentement. Seuls deux des quatre remboursements demandés ont reçu une réponse pour le moment. Par ailleurs, toutes les demandes de compensation peuvent être effectuées directement depuis l’application Deutsche Bahn.
Le programme Erasmus me permettra également de ne pas payer une majorité de ce trajet.
Malgré les problèmes que ce voyage m’a causés, j’en retiens quand même beaucoup de positif. J’ai fait des rencontres, j’ai visité trois pays en à peine deux jours et je suis tout de même arrivé à destination. C’était une expérience extrêmement enrichissante, et je suis heureux d’avoir pris le train au lieu de l’avion, pour contribuer à réduire mon propre impact sur le réchauffement climatique.
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