Jeudi 13 mai 2021

Les adolescents français face à la zone rouge

Par Nina Malleret | Publié le 26/03/2021 à 19:21 | Mis à jour le 26/03/2021 à 20:05
adolescents français à Rome

Face à la pandémie du Covid-19, la détresse croissante des étudiants ne cesse d'alarmer depuis un an aux quatre coins du globe. Et l'Italie ne déroge pas à la règle. Du côté de Rome, c'est vers les jeunes adolescents français et francophones que nous sommes allés recueillir des informations quant à leur ressenti sur la situation actuelle. Ce sont donc ici Emma, Olimpia, Romain et autres adolescents anonymes, tous scolarisés en lycée français et âgés de 15 à 18 ans, qui racontent leur quotidien en cette période particulière de zone rouge.

 

Un manque de contact social compliqué à gérer

Si la situation n'apparaît pas de prime abord comme synonyme de joie, quelques adjectifs positifs ressortent pourtant du sondage effectué. Parmi eux, on retrouve une favorisation du temps passé en famille, une augmentation des heures de sommeil, et davantage de moments disponibles pour se consacrer à soi-même et à des activités créatives ou ludiques. Cependant, et si les termes évoqués font d'abord sourire, c'est une détresse alarmante des jeunes qui prime, ainsi que des conditions de vie et de travail difficiles, immanquables aux travers de leurs propos. Parmi les points négatifs, le manque de contact social et de moments d'évasion entre amis ou auprès de la famille est l'un des plus marquants. En effet, contraints de rester à l'intérieur de leur domicile durant la zone rouge et avec le lycée fermé, les adolescents rêvent à nouveau de discussions amicales qui ne passeraient pas par un écran de téléphone. Les sentiments de démoralisation ainsi que d'enfermement pèsent sur les jeunes, qui en voient leur créativité limitée et la fatigue quotidienne accablante. Certains emploient hélas des termes plus intenses, comme ceux de la tristesse ou de la dépression, ainsi que de l'addiction. Olimpia, Romain, Emma et leurs camarades de lycée relatent au travers du sondage les sensations d'oppression et de solitude grandissantes, qui ne leur permettent pas un épanouissement complet, que ce soit sur les plans sociaux, scolaires ou personnels, en cette période particulière.

 

Une difficulté à poursuivre la scolarité en ligne

Bien entendu, et puisque les cours à distance sont désormais synonymes de la pandémie, les jeunes relatent également des difficultés à suivre les enseignements en ligne, ainsi qu'une baisse majeure de motivation. Et comme l'on peut s'en douter, difficile de rester concentré lors d'une journée de 10 heures de cours sur ordinateur. Quelques adolescents relèvent la reconnaissance qu'ils ont envers certains de leurs professeurs, qui les encouragent et leur font savoir qu'ils sont disponibles en cas de besoin. Les élèves le disent eux-mêmes : ce sont ces "petits détails qui aident à garder la motivation et à ne pas baisser les bras". La concentration dépend également des cours proposés, plus ou moins d'intérêt selon chacun, mais l'un des adolescents parle d'une motivation générale qui "a tendance à beaucoup diminuer depuis les différents confinements". D'autres racontent leur mal-être face à des cours qu'ils ne maitrisent pas, leur obligeant alors à doubler voire tripler les heures de travail le soir venu. De manière générale, on remarque heureusement au travers des propos, un cadre de travail plutôt adapté au distanciel pour la plupart des adolescents, ce qui favorise l'apprentissage et permet de limiter le décrochage complet. Une entraide entre jeunes est également relevée au travers du sondage, sous la forme de révisions groupées à distance, ou encore d'appels entre les cours.

 

Un environnement familial parfois pesant

Autre facteur anxiogène, qui perdure désormais depuis une année complète : celui de l'environnement familial. Et bien entendu, l'ambiance au sein de l'habitat n'est pas toujours favorable à un tel enfermement. Alors que certains ont organisé leur foyer de manière à ce que tous les membres puissent travailler agréablement, d'autres n'ont pas cette chance. L'un des adolescents raconte par ailleurs, que le confinement en mars 2020 a permis à lui-même et sa famille de "prendre en compte les nécessités de chacun, et de savoir comment bénéficier d'un espace et de moments individuels". Mais face à une vie collective en huit-clos omniprésent au fil des semaines, certains conflits demeurent inévitables. Si certains foyers sont très unis et ont les ressources nécessaires à la vie en communauté (espaces, organisation), d'autres trouvent la cohabitation plus difficile. Certains lycéens se trouvent donc en grande détresse face à un enfermement qui rassemble conflictualité, anxiété et mal-être au sein de leur propre domicile.

 

La baisse de moral et les activités pour y remédier

C'est donc une santé mentale de la jeunesse particulièrement affectée et fragilisée que nous décrivons ici, qui varie entre les adolescents et selon les cadres de vie. Dans son ensemble et face à la situation, leur moral s'en voit affecté de manière flagrante. Les lycéens tentent de rester la tête hors de l'eau, grâce à des moyens propres à chacun : sortir se défouler lors d'un jogging, établir une nette séparation entre temps de travail et activités de loisirs, respecter une routine pour ne pas se livrer à l'ennui. On remarque une autodiscipline que les jeunes mettent en place, afin de garder un certain contrôle sur leur quotidien et leur train de vie. Parmi les "activités qui font du bien" les plus mentionnées, on retrouve la lecture, la cuisine, les appels entre amis, et le sport. Ce dernier détient une place importante chez les adolescents, qui le perçoivent comme un moment d'échappatoire. Les interrogés parlent aussi des conséquences physiques engendrées par les cours en ligne, et notamment des maux de crâne et/ou de dos, et des yeux fatigués après une journée sur l'ordinateur. Le sport, pour la plupart, constitue donc une activité nécessaire et bénéfique, autant pour étirer les muscles que pour apaiser l'esprit.

De manière générale, et si certains essayent tant bien que mal de "rester optimiste et positif", les cadres de vie, d'apprentissage et d'épanouissement ne sont pas les mêmes pour chaque lycéen. Chacun se voit limité d'une manière ou d'une autre, ainsi que coupé du monde, provoquant des sensations de lassitude et de démotivation générale. La détresse des adolescents français et italiens à Rome est donc plus qu'évidente, et c'est là le récit d'une situation alarmante, qui les pousse à espérer une rapide réouverture des lycées à Rome.

 

Un grand merci à Romain, Emma, Olimpia et leurs camarades anonymes, pour leurs réponses et leur honnêteté.

Nina Malleret

Nina Malleret

Étudiante en Master 1 Culture à Angers, Nina effectue un stage de 4 mois au sein du Petit Journal de Rome. Curieuse, investie et forte d’ambition, elle est une passionnée d’arts visuels ainsi que de littérature, et aspire au journalisme culturel Européen.
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