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VATICAN – "Le Pape François sera moins moraliste", J.L. de la Vaissière

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 mai 2013

 

Correspondant de l'AFP à Rome, Jean-Louis de la Vaissière a été surpris par l'élection du Pape François. Moins de trois mois avant les Journées mondiales de la Jeunesse à Rio, cet observateur privilégié du Vatican a accepté de revenir pour lePetitJournal.com de Rome sur les nouveaux défis de l'Eglise catholique.

Lepetitjournal.com ? Selon vous, pourquoi le cardinal Jorge Mario Bergoglio a-t-il été élu en conclave le 13 mars dernier ?

Jean-Louis de la Vaissière - Après les récents scandales au Vatican, les cardinaux étaient assez furieux que l'Eglise n'arrive plus à communiquer sa parole. Benoît XVI n'avait pas la force, notamment à cause de son âge, de réformer la Curie. Les gens qui le connaissent disent également qu'il est d'un naturel trop confiant et doux envers ceux qui l'entourent.

Les cardinaux ont alors cherché un pape pasteur, capable de porter le message évangélique et de gouverner collégialement. Bergoglio avait déjà récolté beaucoup de voix en 2005 mais avait indiqué que Ratzinger était plus en mesure que lui de devenir le chef de l'Eglise catholique.

Parmi les réformes institutionnelles, le Pape François pourrait fermer l'Institut pour les ?uvres de religion, communément appelé la "banque du Vatican". Est-ce un projet envisageable pour lutter contre son opacité financière ?

Pendant son pontificat, Benoît XVI avait déjà créé une autorité de supervision et accepté que le Conseil de l'Europe vienne enquêter. L'époque des scandales des années 1980, avec l'argent de la mafia ou du terrorisme est finie. Le problème de l'IOR est que tous les prêtres peuvent y avoir un compte et de l'argent sale peut y être placé par leur intermédiaire. Mais cette structure est nécessaire pour faire transiter les dons. La réformer oui, mais j'imagine mal qu'elle ferme.

Pour moderniser le fonctionnement de l'Eglise, certains catholiques réclament aussi la possibilité pour les prêtres de se marier ou les femmes d'occuper une charge religieuse...

Il y a déjà des prêtres mariés dans l'Eglise maronite [une des Eglises catholiques orientales, particulièrement influente au Liban, ndlr]. La règle du célibat n'est d'ailleurs pas gravée dans le marbre [l'interdiction des prêtres de se marier a été décidée au Moyen-Age, pour éviter la dilapidation des biens de l'Eglise en cas de succession]. C'est une possibilité.

Quant à l'ordination des femmes, je pense que c'est bien moins probable car les théologiens catholiques affirment que Jésus a donné des missions différentes aux apôtres et aux femmes. Ceci dit, les anglicans et les protestants l'ont fait.

Au-delà des réformes propres à la vie vaticane, quelles sont les grandes orientations du Pape François? Pour les plus progressistes, l'Eglise est en décalage par rapport aux enjeux du XXIème siècle, notamment quant au préservatif ou à l'homosexualité...

Pour le préservatif, Benoît XVI a eu raison d'être pragmatique [en reconnaissant que des cas exceptionnels, comme celui de la prostitution, en imposaient l'usage]. Je pense qu'il peut encore y avoir une évolution, qui existe déjà sur le terrain. En Afrique, le préservatif est souvent recommandé dans beaucoup de dispensaires tenus par des religieuses. Pour les homosexuels, il pourrait y avoir une meilleure reconnaissance de leurs droits sans pour autant que le mariage gay ne soit reconnu.

François n'a pour l'instant que peu abordé ces sujets qui divisent. Même si on le dit très conservateur, je pense qu'il aura une approche moins moraliste. Il dit vouloir aller vers les gens quel que soit leur diversité.

Le fait que François soit latino-américain marque-t-il un renouveau de la fonction papale ?

C'est un changement d'époque symbolique. Ceci dit, il ne vient pas du Malawi ou du Bangladesh mais d'Argentine, un pays en développement. C'est un pape de la majorité pauvre du monde, qui connaît les bidonvilles de Buenos Aires.

Les Italiens attendent aussi qu'il y ait moins de connivence entre le Vatican et la politique péninsulaire si François réduit le nombre important de cardinaux italiens à la Curie. Aussi, jusqu'à aujourd'hui, le pape [qui est l'évêque de Rome] avait le dernier mot sur l'élection du Président de la conférence épiscopale italienne. Cette année, il aurait décidé de laisser les évêques libres de leur choix.

L'hypothèse de la collaboration du cardinal Bergoglio avec la junte militaire argentine est-elle une entrave à sa crédibilité, à l'instar de l'enrôlement de Joseph Ratzinger au sein des Jeunesses hitlériennes ?

La polémique sur les Jeunesses hitlériennes n'était pas sérieuse. Le père de Benoît XVI était même gendarme et avait eu des ennuis avec le parti nazi. François, lui, appartenait au courant majoritaire de l'Eglise qui s'opposait aux prêtres prônant les armes dans la révolution marxiste, mais ne les dénonçait pas pour autant.

Vous qui avez longtemps été correspondant pour l'AFP en Allemagne, comment la religion y est-elle vécue par rapport à la France et l'Italie ?

Dans les trois pays, la déchristianisation est en marche. En Italie, la foi est pourtant restée un acte culturel et social. Même chez les jeunes, qui ne suivent pas forcément ses préceptes en matière sexuelle et autres, l'Eglise reste importante. En France, elle est plus minoritaire mais les gens qui la suivent sont très croyants. Il y a aussi quelques tendances identitaires chez certains groupes.

En Allemagne, l'Eglise est un employeur très important par l'intermédiaire de ses services sociaux et caritatifs. Lors d'une visite dans son pays d'origine, Benoît XVI avait toutefois critiqué cette Eglise trop institutionnelle, affirmant qu'elle était très bien administrée mais n'avait plus d'âme.

Enfin, comment qualifieriez-vous les premières semaines du pontificat de François en quelques mots ?

"Aller vers les autres", "miséricorde" et "Eglise du Sud".

Martin CANGELOSI (www.lepetitjournal.com/rome) - Lundi 6 mai 2013

Crédits photos : Avec l'aimable autorisation de Jean-Louis de la Vaissière / Pape François, casarosada.gov.ar

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Publié le 5 mai 2013, mis à jour le 6 mai 2013
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