

Faut-il changer une loi électorale qui ne permet pas de choisir ses propres représentants ? Le succès de la campagne demandant un référendum pour modifier la loi électorale en vigueur, rebaptisée Porcellum, montre que les Italiens veulent exercer un contrôle direct sur les candidats. Le débat sur le système à adopter en Italie -bipolaire ou proportionnel- est encore une fois ouvert
Affiche de la campagne en faveur du référendum. La campagne a été soutenue principalement par les partis politiques de centre-gauche
Pour demander le référendum abrogatif de la loi électorale actuellement en vigueur en Italie, cinq cent mille signatures auraient suffi. En un mois seulement, elles ont fini par dépasser le nombre d'un million deux cent mille : au moment de les déposer au greffe de la Cour de Cassation ? deux cents boîtes tassées dans deux camions-, ses promoteurs n'ont pas caché leur satisfaction. "Autant de signatures recueillies en un délai si court, c'est un miracle de la démocratie. Les citoyens ont posé une question, le Parlement et la politique doivent donner une réponse" a déclaré Arturo Parisi. Et l'effet détonant de ce signal lancé haut et fort par les citoyens n'a pas tardé à se faire sentir dans l'univers quelque peu asphyxiant des coulisses du pouvoir. S'il est évident que le malaise qui monte depuis des mois dans le pays ne peut plus être ignoré, quelles solutions proposent les différents partis politiques pour répondre concrètement aux exigences de leur électorat ? Le débat est ouvert et il sera au centre de l'agenda politique des mois à venir.
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Les points principaux : |
Le Porcellum, un système qui a permis de multiples dérives
Au c?ur du problème, la loi électorale introduite en 2005 par le premier gouvernement Berlusconi. Une loi que même son auteur, Roberto Calderoli de la Ligue du Nord, à l'époque ministre des Réformes institutionnelles et aujourd'hui ministre de la Simplification, n'a pas hésité à qualifier de "porcata", de "cochonnerie" (terme à prendre au sens de "chose mal faite"). Ce qui explique d'ailleurs pourquoi la presse et ses détracteurs l'ont rapidement rebaptisée, non sans ironie, le Porcellum? La présentation de listes bloquées aux élections est sans aucun doute le point le plus controversé de cette loi : ce sont les candidats indiqués au préalable par les partis politiques qui sont élus et non pas ceux qui ont reçu le plus de voix. Les dérives que l'application de cette procédure autorise sont aujourd'hui connues de tous, les cas de favoritisme et de clientélisme sont malheureusement nombreux. En pleine crise économique, un nouvel élément vient donc s'ajouter à un contexte politique déjà très complexe. Il s'agit toutefois d'un vent de renouvellement salutaire qui permet de recentrer l'attention du pays sur un thème de première importance comme la représentation électorale.
Système bipolaire ou proportionnel ?
Deux scénarios sont donc possibles dans les mois à venir. Soit le Parlement réussit à surmonter les tensions profondes qui règnent aujourd'hui entre le gouvernement et l'opposition et modifie rapidement la loi électorale. Soit les Italiens sont appelés à se prononcer sur le sujet au printemps prochain, s'il n'y a pas eu entre temps d'élections anticipées : le résultat du référendum ?qui semblerait gagné d'avance- marquerait le retour à la loi électorale précédente, le Mattarellum, qui comportait également quelques points faibles. Quelle solution serait préférable pour l'Italie ? S'il faut absolument rétablir le droit de choisir directement ses représentants politiques, d'autres questions restent ouvertes, et ce sont des questions de taille. Citons en premier lieu le sort du bipolarisme italien naissant, dans un pays où l'individualisme et l'esprit de clocher demeurent très forts. Se trouvant dos au mur, les partis politiques et les électeurs vont donner fort probablement des réponses myopes, focalisées sur la victoire de leur propre coalition. Il serait important, au contraire, de se projeter dans une perspective à long terme, puisque la loi électorale est en mesure de contribuer à dessiner l'avenir ?politique, mais pas seulement- de l'Italie.
Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) Vendredi 7 octobre 2011



































