

Un rapide coup d'?il aux images de Naples croulant sous ses propres déchets laisse incrédule, et on s'imagine mal comment une telle situation peut être récurrente dans un pays développé. Pourtant, mafia oblige, le phénomène a de profondes racines, qu'il semble à ce jour difficile de tailler
Naples sous les déchets (Photo AFP)
Romano Prodi, les membres du gouvernement et les responsables politiques de la Campanie, l'Eglise même : tous ont exhorté les Napolitains à faire en sorte que la situation se normalise au plus vite. Cette énième crise des poubelles prend des proportions considérables, et Naples risque la catastrophe écologique et sanitaire.
Bruxelles menace même l'Italie de sanctions si les infractions aux règles environnementales de l'UE continuent. Ce sont plus de 110.000 tonnes de déchets qui se sont entassés dans les rues de la ville et de sa région, et cela fait maintenant 14 ans que ce problème revient régulièrement sur le devant de la scène. Comment en est-on arrivé à une situation aussi "tragique", telle que l'a définie Giorgio Napolitano, président de la République italienne ? La gestion des déchets est gérée en grande partie par la Camorra (mafia), qui encaissant subventions et redevances, n'investit pas dans les structures adéquates. Sans ensevelissement des déchets, sans recyclage, sans incinération, un beau jour, forcément, les décharges saturent.
"Les ordures, c'est de l'or"
L'état d'urgence a été déclaré et l'armée dépêchée sur les lieux pour dégager les rues des amoncellements d'immondices. Certes, des solutions radicales doivent être mises en place pour résoudre dans l'immédiat la question actuelle d'une ville où la vie est devenue presque impossible et dangereuse. Mais les habitants souhaitent surtout des réponses sur le long terme, qui dénoueraient une fois pour toutes cette crise où les responsabilités sont "diffuses", partagées entre les politiques et la mafia.
Plusieurs décharges ont ainsi été fermées faute de mise aux normes et pour couper court à l'infiltration mafieuse dans les dernières années, provoquant l'accumulation des ordures. Le magistrat Franco Roberti, responsable de la cellule anti-Camorra, interviewé par la Repubblica, a rapporté les paroles d'un boss : "Les ordures, c'est de l'or". Après l'urgence, l'enjeu sera donc de définir les manquements des personnes au pouvoir, accusées de ne pas avoir mis en place le tri sélectif.
Selon la principale association environnementale italienne, Legambiente, les entreprises de traitement de déchets ayant remporté les appels d'offre sans tenir leurs engagements sont aussi responsables. Pour l'heure, tous se rejettent mutuellement la faute, ce qui ne laisse présager aucun règlement rapide d'un phénomène qui risque d'entacher la réputation touristique de la si romantique Italie du Sud.
Marie MALZAC. (www.lepetitjournal.com - Milan - Rome) vendredi 11 janvier 2008

































