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Les courts-métrages s'invitent avec brio à Rome : Rétrospective du GiroGiroCorto 2023

Lumière sur la 7e édition du GiroGiroCorto Festival dans la capitale romaine, qui fait vivre le cinéma et diffuse la culture du court-métrage. Retour sur de beaux moments de découverte et de partage.

public et organisateurs du festival Giro giro Corto dans la salle du ciné troisi à Romepublic et organisateurs du festival Giro giro Corto dans la salle du ciné troisi à Rome
Écrit par Lana Blanc
Publié le 8 janvier 2024, mis à jour le 14 janvier 2024

Depuis sept années, le GiroGiroCorto Festival s’invite dans la Città Eterna à la recherche de courts-métrages à faire découvrir au public, et par amour du cinéma.

« C’était un réel plaisir de venir à Rome, la Città Eterna renvoie à un imaginaire fort du cinéma, la ‘Dolce vita’ et tant d’autres films iconiques. C’est l’une des plus belles villes au monde, riche artistiquement et culturellement, de facto une belle motivation pour réaliser le festival et venir à Rome », fait remarquer le scénariste Jean-Marie Villeneuve.

Un événement qui lie rencontres, découvertes cinématographiques, jeunes réalisateurs, films expérimentaux, dans une ambiance romaine qui ne laisse personne indifférent.

« J’ai adoré ce festival, il représente plein de cinémas différents, avec des réalisateurs et réalisatrices d’âges différents, de genre cinématographiques variés. Autant à l’Institut français qui est une très belle salle, que le Cinéma Troisi, c’est vraiment une belle expérience, c’est très bien organisé et c’est très agréable de se retrouver avec des personnes qui ont cette même passion pour le cinéma et l’envie commune de montrer un film, de faire connaître un univers », exprime la réalisatrice française Clara Ziegler.
Une réussite qui pousse les organisateurs du festival à le renouveler chaque année.
 

Le Film Festival franco-italien Girogirocorto de retour à Rome

Les courts-métrages récompensés de l’édition 2023

-    OFFICIAL SELECTION : La Reproduction de Jean-Marie Villeneuve (France - 24’)
Le court-métrage préféré du public de la 7ème édition du Girogirocorto est "La reproduction" de Jean-Marie Villeneuve.

-    BEST DIRECTOR : Fauve de Clara Ziegler (France - 2023 - 10’)     
Clara Ziegler a reçu le prix du meilleur réalisateur pour son court-métrage ‘'Fauve'’, en présence de l’acteur Jérémie Scheffler.
Une récompense qui souligne une grande connaissance du langage cinématographique, en hommage au cinéma, où le plan séquence central est d’une forte puissance narrative et suit les deux protagonistes qui se perdent et se retrouvent jusqu'à l'intense épilogue final.
Une justesse qui laisse le public sans haleine.

-    BEST SHORT MOVIE : When you wish upon a star de Domenico Modafferri (Italia - 7’)

Le court-métrage qui a remporté le premier prix est "When you wish upon a star" de Domenico Modafferri. Ce conte de fées tragique est capable de transformer une croyance populaire en un conte individuel tragique. Dans « Pinocchio » de Disney, Jiminy Cricket chante la célèbre : « Lorsque vous faites un vœu à une étoile, peu importe qui vous êtes. Tout ce que votre cœur désire viendra à vous. » On nous apprend souvent que nous sommes libres de rêver d’imaginer nos futures possibilités mais Jiminy Cricket s’est trompé.
Comme le dit Matteo Zoppis, réalisateur de cinéma, “même la petite souris a besoin de son moment de gloire pour exister, mais elle a du mal à imaginer que les légendes, lorsqu'elles sont réelles, nous font peur."

-    HONORABLE MENTION : Sira de Mariame N'Diaye (France - 24')

La mention d’honneur du jury a été attribuée à "Sira - Langue Maternelle" de Mariame N'Diaye, avec le producteur Léonard Heliot de Golgota Productions.
« ‘Sira’ explore le conflit psychologique et émotionnel d'une femme, d'une mère, déchirée entre la loyauté envers ses racines et la nécessité de s'adapter à un nouvel environnement, offrant une réflexion sur l'importance de l'identité culturelle et de l'intégration dans la société contemporaine. Le film nous apprend trois choses importantes : il souligne l'importance de l'ouverture d'esprit et de la compréhension mutuelle dans les relations familiales et dans la société. Il nous montre la complexité du processus d'adaptation culturelle et linguistique face aux défis de l'immigration et du vivre ensemble dans une réalité multiculturelle. Enfin, il nous parle de la résilience et de la force intérieure d'une personne qui surmonte sa résistance pour le bien de sa famille et de son avenir », explique Anna Ammirati.

-    SPECIAL MENTION : Sciaraballa de Mino Capuano (Italie - 20')

La mention spéciale du jury a été attribuée à "Sciaraballa" de Mino Capuano.
"Sciaraballa a le mérite de créer une tension entre les personnages grâce à une mise en scène habile, simple et soignée. Le personnage du père reste gravé dans l'esprit et l'âme du spectateur de la première à la dernière minute", affirme Fulvio Risuleo. Un récit touchant, d’une jeunesse en questionnement et d’un père et un fils qui tentent de renouer.
Deux autres favoris, Subtitles de David Barbieri (Italie - 14’) et Castells de Blanca Camell Galí (France - 22'), deux réussites tant par l'originalité, le montage que le jeu des acteurs.

Cap sur 3 courts-métrages et leur réalisateur

La Reproduction de Jean-Marie Villeneuve (France - 2023 - 24’)                       

Synopsis : Marc-Antoine, trentenaire solitaire à l'apparence désuète, voit un jour arriver un nouveau voisin dans l'immeuble d'en face, de l'autre côté de la cour. Il découvre qu'Amélie, un amour de lycée inavoué, est sa petite amie. Ressembler à ce voisin devient alors une véritable obsession : il va se lancer dans une quête vers la reproduction totale.

« C’est l’idée que lorsque l’on commence à perdre son identité, face à une idée charismatique, face à un idéal féminin ou masculin, c’est en réalité une perte d’identité personnelle, on tend vers la mort de soi, de notre essence. Dans le court-métrage, Marc-Antoine se met à copier avec acharnement son voisin, à la fin les deux forment comme un être unique, tellement ils se sont confondus l’un dans l’autre. Le film tend vers le surréalisme, c’est une boucle temporel étrange, une sorte de nouvelle littérature », explique le réalisateur Jean-Marie Villeneuve. La question qui se pose est : jusqu'où va t-on pour copier quelqu'un ? C’est une métaphore d’un monde sous influence, à force de vouloir être une autre personne, d’aspirer à certaines caractéristiques, on se perd soi-même jusqu'à l'aliénation et la perte de repères. Marc-Antoine vit dans le fantasme d’être quelqu'un d’autre mais in fine c’est impossible, « quelqu’un va donc mourir, soit la personne rêvée, idéalisée, qu’on peine à atteindre ou soi-même, avec un sentiment de défaite et d'insatisfaction ».

Un élément intéressant du court-métrage est le lien étroit, la corrélation entre le tableau La reproduction interdite de René Magritte et l’histoire du personnage principal. Tout du long, l'œuvre, symbole du surréalisme, est accrochée au mur de Marc-Antoine, il ajoute un degré d'intérêt au film. En effet, « le tableau reliait beaucoup les thématiques du film, les fenêtres dans l'œuvre sont comme un miroir, comme les fenêtres dans le court-métrage, je regarde l’autre mais en réalité je regarde moi-même. » affirme le réalisateur. C’est le mystère qui se cache dans la réalité visible, ordinaire, de tous les jours, qui est mis en avant.

Le protagoniste est interprété par l’acteur français charismatique, Franc Bruneau. L’artiste a joué dans de nombreuses comédies absurdes, plutôt surréalistes, il a connu un vif succès dans le milieu du court-métrage : « Franc Bruneau collait parfaitement avec l’idée du court-métrage, particulièrement le côté désuet de l’acteur. Il ne suit pas la mode d'aujourd'hui, sa moustache ajoute un style au personnage et il est très expressif et captivant, ce qui était un atout essentiel pour un court-métrage muet. Le personnage de Marc-Antoine est à la fois triste à mourir et comique », explique Jean-Marie Villeneuve.
Rare sont les courts-métrages, les films sans aucun dialogue, les acteurs dans ce cas se doivent d’être très expressifs, dans La Reproduction on est portés par l’émotion du personnage, ses sentiments, ses réactions, ses joies, ses peines, ses questionnements…
On comprend tout, même les subtilités à travers les gestes et les expressions.
Franc Bruneau est à l’image de Chaplin, l'incarnation d’un ‘‘clown triste’’.

Le court-métrage La Reproduction sera à retrouver bientôt sur UniversCiné.

Fauve de Clara Ziegler  (France - 2023 - 10’)                       

Synopsis : Une femme. Un homme. Un appartement en construction. Une affaire. Le jeu commence. Plongé dans le subconscient, hors du cadre, en dehors du normal.

« Un peu comme dans la vie, il y a des hors-champs, des moments où l’on ne comprend pas tout, des choses qui ne sont pas évidentes de prime abord se manifestent, mais c’est bien, c’est important de ne pas tout savoir, dans la vie nous ne sommes pas tous toujours sur le même plan. Le film est quelque chose d’organique, on est dans le subconscient de la femme », explique Clara Ziegler. Le court-métrage est né de l’envie de faire une adaptation du “Le Monte-plats’’ de Harold Pinter, qui parle de deux hommes qui attendent dans un appartement mais on ne sait pas vraiment ce qu’ils attendent. Comme dans Fauve, c’est l’attente plutôt mystérieuse de deux personnes. Bien que le plan séquence rend la scène très mobile.

« Gaspar Noé a été une source d'inspiration du court-métrage, notamment dans les couleurs du film, l’idée du plan séquence. Moi j’ai une réelle passion pour Kubrick et Cassavetes qui font des films très vivants. Aussi, le peintre américain Jackson Pollock, dont je me suis inspirée pour le décor. »  « L’acteur choisi correspondait parfaitement à cette image de l’homme un peu fragile que se fait la femme dans le film, pour elle les hommes sont des êtres un peu fragiles, qui veulent se montrer très fort mais se révèlent être lâches et faibles. L’homme apparaît frêle en comparaison de la femme qui se montre forte et confiante », exprime Clara Ziegler.

La réalisatrice et comédienne française Clara Ziegler est une nouvelle icône en devenir, un jeune talent, tant en tant qu’actrice que réalisatrice.
“La représentation des femmes est nécessaire dans le cinéma, comme dans la vie en général. C’est très important.” (...) “Un conseil pour faire mon métier? Faire. Il ne faut pas avoir peur, il faut tenter. Ce sont des expériences de vie.”

Subtitles de David Barbieri (Italia - 14’)

Synopsis : Après avoir découvert qu'ils sont les protagonistes involontaires d'un film, deux garçons effrontés luttent contre les plans d'une équipe de tournage pour changer leur vie.
Un petit voyage de folie.

Trois jeunes acteurs, nouvellement stars italiennes à l’écran font partie du casting : Teodoro Giambanco, Alessandro Bernardini (qui a joué dans Suburra) et Antonio Bannò, acteur italien en vogue et en pleine ascension dans le monde du cinéma, entre autres, acteur dans :  Suburra - la série, Vita da Carlo, La guerra del Tiburtino III, Il principe di Roma…

« C'était l'occasion d'expérimenter, de pousser un peu plus loin. Mais pour un projet comme celui-là, il fallait des acteurs tout aussi fous et bizarres, capables d'incarner des personnages aussi étranges », affirme David Barbieri.
Le court-métrage est un scénario fou, brouillon, hors des sentiers battus qui fait fantasmer.

« J'aime toujours considérer mes projets comme des enfants, alors dans ce cas, la fierté paternelle peut atteindre des sommets », exprime David Barbieri.

 

Lana BLANC 2
Publié le 8 janvier 2024, mis à jour le 14 janvier 2024
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