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CIGARETTE ELECTRONIQUE – De "Crapoteur" à "Vapoteur", une histoire d’argent

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 juin 2013

 

Alors que la France s'inquiète de la toxicité des cigarettes électroniques, les entrepreneurs italiens voient en elle un marché d'avenir. Forts d'une demande en pleine expansion les vendeurs d'e-cig envahissent la Botte, laissant dans les caisses des buralistes et de l'État un trou considérable.

La ruée vers l'e-cigarette

Quel est le point commun entre Vasco Rossi, Emanuele Filiberto de Savoie et Leonardo DiCaprio ? Tous ont adopté les cigarettes électroniques. Mais la ?e-cig? n'est pas seulement une mode ou un moyen d'arrêter de fumer, c'est avant tout un business. Smoke 4 you, eBreeze, Smooke? à Rome les enseignes consacrées à ce produit en vogue fleurissent à chaque coin de rue. En Italie les premiers points de vente sont apparus il y a près de trois ans. Ils sont désormais 1500 et devraient être 4000 d'ici fin 2013, d'après les projections de l'Istituto superiore di sanità.

Enzo travaille dans une de ces boutiques qui a ouvert ses portes il y a un mois, dans le très bobo rione di Monti, à deux pas du Colisée. ?Aujourd'hui il est difficile de lancer un magasin, mais la cigarette électronique est l'un des produits les plus recherchés en ce moment?, explique l'employé de Vip Smoke Point. Selon l'E-Cigarette Consumer Association, malgré la crise, la demande augmente en effet de 50% tous les ans et devrait continuer à ce rythme jusqu'en 2014. 

Quand fumer ne fait plus mal (au porte-monnaie)

Comme en France, pas moins de 500.000 Italiens ont été séduits par le packaging moderne et le prix attractif de ces tubes à nicotine aromatisés*. Dans l'échoppe design d'Enzo par exemple, les e-cigarettes coûtent entre 40 et 90 euros. ?Une fois cette dépense faîte, le client n'a plus qu'à recharger sa batterie une fois par semaine pour cinq euros et non plus à acheter un paquet au même prix chaque jour?, avance-t-il. Ainsi dans la péninsule, cette addiction coûte à un fumeur traditionnel environ 150 euros par mois, contre 25-30 euros pour un e-fumeur.

Bien sûr les vapoteurs ? surnom des fumeurs de cigarettes électroniques - ne sont pas les seuls à faire plaisir à leur porte-monnaie. En Chine, pays d'origine et de confection des e-cigs, un grossiste paie une cigarette 25 euros. Celle-ci est ensuite revendue 35 euros au détaillant, qui sur le territoire italien la commercialisera environ 65 euros. L'année dernière,  à elle seule, l'entreprise italienne Ovale - précurseur du commerce d'e-cigarettes désormais présente chez ses voisins européens - a réalisé un chiffre d'affaire de 20 millions d'euros. Sur l'ensemble de la Botte ce marché rapportait alors 100 millions d'euros. Un revenu qui selon l'Associazione nazionale fumo elettronico (Anafe), s'élèvera à 350 millions d'euros d'ici fin 2013 Une projection certes optimiste, mais loin d'être irréalisable.

La vieille blonde perd son charme

Les buralistes ne partagent pas cet enthousiasme. ?Nous devrions être les seuls habilités à vendre ces produits?, s'agace Edoardo au milieu de paquets de 20 et des jeux à gratter.  Ses collègues et lui sont les premiers à pâtir financièrement du succès de leurs alter-égo moderne. Près d'un demi-million de nouveaux svapatori, sont autant de clients qui se détournent de leur commerce. Entre décembre 2012 et février 2013 ils ont encaissé une perte de 200 millions d'euros. C'est aussi l'État qui par conséquent voit ses recettes partir en fumée. D'après les données du Monopoli di Stato, en 2013 ces dernières baisseront de 700 millions à cause du concurrent électronique et de la contrebande.

Pour pallier ce manque  à gagner, le sous-secrétaire à l'Economie, Pier Paolo Baretta, n'exclue pas l'introduction d'une taxe sur cet accessoire à la mode.  Alors que le tabac est imposé à 76%, la nouvelle coqueluche des fumeurs ne souffre d'aucune redevance.Cependant avec cette mesure fiscale, l'État ne dégagerait au maximum que 50 million d'euros, un écran de fumée pour le gouvernement Letta qui cherche à réaliser de grands projets. Enzo qui doute de l'application d'une telle option, n'est quant à lui, absolument pas inquiet : ? quoi qu'il arrive les consommateurs ne subiront pas une forte hausse des prix, peut-être que nous gagnerons un peu moins, c'est tout?.

?Même si ça augmente, pour rien au monde je ne repasserai aux cigarettes classiques?, assure Sabina, vapoteuse depuis 7 mois. La blonde vivrait-elle ses derniers jours dans la péninsule ? Rien de sûr, mais au rythme où sa cousine électronique se développe, les buralistes 2.0 pourront bientôt s'offrir de gros cigares.

Hélène PILLON (www.lepetitjournal.com/rome) ? Mardi 4 juin 2013

* D'après le rapport de l'Office français de prévention du tabagisme remis mardi 28 mai à la ministre de la santé Marisol Touraine, les e-cigarettes contiennent une dose de nicotine variable ainsi que des composés de propylène glycol ou de glycérol et de divers arômes.                                                                                   

Crédits : 2lavapeur.com / Vip Smoke Point (Hélène Pillon)

lepetitjournal.com rome
Publié le 3 juin 2013, mis à jour le 4 juin 2013
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