Retour sur la rencontre avec Katinka Bock à la Villa Médicis

Par Le Petit Journal de Rome | Publié le 17/02/2022 à 19:00 | Mis à jour le 17/02/2022 à 19:00
Photo : L'artiste allemande Katinka Bock. © Manuel Braun, 2019
Katinka Bock

L'artiste contemporaine est revenue dans la Villa romaine, neuf ans après en avoir été pensionnaire, pour exposer deux sculptures dans la Loggia Balthus. Elle était présente jeudi 3 février pour en parler avec les visiteurs, dans le cadre de la 33ème édition des rencontres Art club.

 

Deux œuvres en dialogue dans la Loggia Balthus

A première vue, les deux sculptures de Katinka Bock ne semblent avoir de commun que leur matériau, le bronze. Mais plus le visiteur s'y intéresse, plus les parallèles se dessinent, explicités par l'artiste présente. La première œuvre est Insomnie, figurant deux jambes squelettiques qui semblent marcher. La deuxième, Amnésie, est un outil, une cuillère suspendue dans la niche centrale de la Loggia.

Le bronze et son aspect oxydé, rappelle - en particulier à Rome, d'autant plus que les sculptures prennent place dans des niches vides - les vestiges antiques, des statues divines aux simples outils. Mais dans les deux sculptures, l'artiste a ajouté des plaques d'aluminium pliées, avec des clous visibles, dont l'aspect industriel contraste fortement avec le bronze vert, permettant de faire coexister de force deux mondes opposés.

 

Sculpture de Katinka Bock

 

Ses deux œuvres jouent avec les formes, les volumes, et les équilibres. Le pied d'Insomnie est recouvert par son socle, formant une chaussure creuse, et la sculpture garde son fragile équilibre. Les deux sculptures illustrent l'idée de contenant, la cuillère pour Amnésie, et le bassin squelettique pour Insomnie, même si ce qu'il doit soutenir est absent. La cuillère, inoffensive dans l'imaginaire collectif, est ici menaçante par sa position - suspendue au dessus des visiteurs telle l'épée de Damoclès – et par son bord dentelé évoquant un couteau.

 

L'inspiration équestre des sculptures

Katinka Bock cite parmi ses inspirations les statues équestres, souvent de bronze, qui ornent les places, et le sculpteur italien Marino Marini, qui a revisité dans ses oeuvres les codes de cet art, notamment avec des chevaux perdant l'équilibre. Mais l'aspect impressionnant des statues de cavaliers glorieux est ici ramené à taille humaine - le visiteur surplombe même Insomnie.

L'artiste traduit les codes de la statue équestre sous deux formes, l'une allongée suspendue, évoquant la ligne de la silhouette d'un cheval, et l'autre debout, dont les jambes pourraient être celles d'un cheval.

D'ailleurs, le titre Amnésie fait référence à la thématique de la mémoire, les statues équestres étant habituellement érigées pour glorifier un personnage historique, des personnages absents des œuvres de Katinka Bock.

 

Une sculpture de Katinka Bock

 

 

Retour à la villa Médicis - l'importance du cadre d'exposition

Comme le souligne le commissaire d'exposition Pier Paolo Pancotto, le lieu où sont installées les deux sculptures a son importance. Elles ont été conçues pour leur lieu d'exposition, remplissant le vide des niches de la Loggia, qui porte le nom de Balthus, artiste et ancien directeur de la villa Médicis dans les années 60 et 70.  De plus, le positionnement des sculptures permet un éclairage à la lumière naturelle, qui modifie leur aspect en fonction de l'heure de la journée. Quand la nuit tombe, la lumière artificielle donne un aspect dramatique aux deux œuvres.

L'artiste a puisé dans son expérience en tant que pensionnaire, comme elle l'explique aux visiteurs. Sa sculpture Insomnie est inspirée de ses propres nuits blanches. L'insomnie à la villa Médicis, c'est déambuler mi éveillé mi absent sur la terrasse, à l'image de la sculpture, qui n'est là qu'à moitié. Les œuvres de Katinka Bock seront exposées dans la loggia Balthus jusqu'au 27 février 2022, et sont visibles lors des visites guidées de la Villa Médicis.

Eléné Pluvinage

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Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Rome.

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