Édition internationale

CHRONIQUE – Une soirée de trentenaires à Milan

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 mars 2014

Parisien d'origine et milanais d'adoption, je me suis formé un groupe d'amis dans ma nouvelle ville. Nous avons tous la trentaine. Et même si nous aimons faire la fête, nous ne courons plus les bars et les soirées en boite comme c'était le cas, du moins pour moi tous les week-ends. Un aperitivo qui s'attarde, un bon repas chez l'un, chez l'autre ou un dopo cena font partie de mes nouvelles habitudes. Chronique d'une soirée entre amis à l'italienne.

S'il y a bien une chose qui m'a marqué lors de mes premières soirées avec mes amis milanais -d'origine ou d'adoption- c'est la soif d'organisation qui les caractérise. Moi, au sortir de la vingtaine, je suis plutôt pour ne pas prévoir. C'est en général dans l'un de nos bars favoris que l'on se retrouvait avec mes amis parisiens sans ne jamais trop savoir comment allait défilé la soirée. Les "je ne rentre pas trop tard ce soir, je suis crevé" se terminaient souvent au petit matin !

Mais en arrivant à Milan, je me suis vite rendu compte que je risquais de me retrouver seul au bar si aucun plan de soirée n'était décidé avant. Une bizarrerie quasi-exotique à laquelle j'ai dû m'adapter. A l'heure des smartphones, il y a une application que tout Milanais se doit d'avoir : le fameux Whatsapp, récemment racheté 19 milliards de dollars par Facebook. Pourquoi ? Pour créer un groupe de destinataires pour communiquer aux potes conviés et ainsi prévoir la soirée du lendemain ou du soir même. Même si rien d'exceptionnel n'est en train de se tramer. Ces messages qui n'en finissent pas sont l'occasion de débattre du bar ou du genre de soirée que l'on s'apprête à passer. Et c'est souvent celui qui crée le message groupé qui donne le "la". L'intitulé est important. Il en dit long sur la soirée à venir. Un "stasera" (ce soir) appelle à la bonne volonté de tous. Ca veut dire que l'instigateur veut sortir mais n'a pas de plan clair en tête. Mais un "Mag Café" ou un "cena da noi" (dîner chez nous) en dit davantage sur ses intentions.

Attention...en Italie, celui qui reçoit est en général celui qui cuisine et qui prévoit tout de A à Z. Outre l'aspect économique, c'est une manière de faire qui peut dérouter. A Paris, celui qui reçoit est souvent celui qui a le plus grand appartement (40 m2, c'est déjà énorme !) ou celui qui est le plus central. Chacun ramène ce qu'il veut et l'épicier du coin servira pour palier aux manques. En Italie : que nenni ! Au détour d'une conversation, j'ai demandé à une amie, naïvement : "Tu veux pas demander à tout le monde de ramener un petit truc ? Ca t'évitera de te prendre la tête et on divise les frais". Son regard en disait long et sa réponse ne s'est pas faite attendre : "Non mais ça ne se fait pas. On peut pas demander aux gens de ramener leur bouffe".

Autre nouveauté pour moi, habitué du métro et des taxis parisiens ; avoir 30 ans à Milan signifie souvent avoir une voiture et s'en servir même en ville. Il est vrai que tout le monde n'habite pas dans le centre-ville et que le réseau de transport n'égale pas celui de Paris mais c'est assez frappant. Commence alors un étrange ballet dans lequel on s'arrange pour se rejoindre avec le moins de véhicule possible. Un "Je laisse ma voiture chez toi et on y va ensemble" est à comprendre par "Je vais boire alors tu devras me ramener". Encore une fois, pragmatique, j'ai émis la possibilité de prendre un taxi. C'est plus simple et pas forcément beaucoup plus coûteux si on doit compter l'essence et le parking. Je suis souvent passé pour un extra-terrestre ! Alors je me suis plié à la règle.

Si vous avez décidé de passer la soirée à l'extérieur, faites attention, le bar, concept simple se duplique à l'infini à Milan. Il y a le "locale" pour prendre l'aperitivo et le "locale" pour le "dopo cena". Même si bon nombre d'établissements proposent les deux scenarii, ils sont souvent catalogués dans l'une ou l'autre des catégories. Si vous décidez de passer une partie de la nuit dehors, sachez que trouver un bar ouvert après 2 heures du matin relève de la mission quasi-impossible. Après 2 heures, on rentre chez soi ou on va en boite, la vraie avec entrée payante et la musique à fond.

Je ne sais pas si c'est le fait d'arriver sur la trentaine, avec des amis qui l'ont parfois dépassée ou si c'est Milan et l'Italie en général mais mes habitudes de sorties ont largement changé. Mais au final, je me suis adapté. Ce que je pouvais prendre comme un manque de spontanéité m'est finalement très commode. Je sais au moins que je n'ai qu'à glisser les pieds sous la table lorsque je suis invité ! A contrario, je fais le maximum pour que mes amis passent une bonne soirée lorsque je les reçois. Et si j'ose comparer telle ou telle manière de faire avec mes habitudes, on ne se gêne pas pour me dire "Ca y est, le Parisien n'est pas content". Même s'ils ont raison, je me dois de coller à ma réputation et je grogne en disant que rien ne vaut Paris, même si je n'y crois pas moi-même !

Aurélien Bureau (Lepetitjournal.com de Milan) ? mercredi 5 mars 2014

Crédits photos : capture d'écran youtube

Retrouvez nos articles de la rubrique "Communauté"

lepetitjournal.com Milan
Publié le 4 mars 2014, mis à jour le 5 mars 2014
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos