Édition internationale

Du «pizzaiuolo» au «jeans» et «tramezzino» : les dix mots italiens les plus répandus dans le monde

De nombreux mots italiens ont fait le tour du monde, franchissant les époques jusqu'à s'installer durablement dans le vocabulaire d'autres langues. Gastronomie, musique, art ou inventions du quotidien : ils témoignent de l'influence culturelle de la péninsule bien au-delà de ses frontières. Du « pizzaiuolo » à l'« espresso », de la « moka » au « jeans », dix italianismes figurent dans le classement présenté par Treccani, qui réserve aussi quelques surprises.

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Photo de Jakub Kapusnak sur Unsplash
Écrit par Marie-Astrid Roy
Publié le 22 octobre 2026

Nombre de mots italiens se sont installés dans notre vocabulaire au quotidien, sans que l’on ne s’en rende compte. L’histoire des italianismes est au cœur du projet « Onde – Parole italiane in viaggio », porté par la Fondation Treccani Cultura en collaboration avec le ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, à l'occasion de la Semaine de la langue italienne dans le monde, organisée du 19 au 25 octobre 2026. Consacrée cette année au thème « Une langue géniale : imaginer, concevoir, créer avec l'italien », l'initiative met ses contenus gratuitement à la disposition des Instituts italiens de culture du monde entier.

La suprématie de la cuisine italienne

En tête de liste, on trouve le « pizzaiuolo », dans sa forme traditionnelle napolitaine. Ce terme désigne l’artisan qui prépare la pizza selon des gestes, des techniques et un savoir-faire transmis de génération en génération. Une renommée internationale qui a d’ailleurs été consacrée par la reconnaissance de l’UNESCO de « l’art du pizzaiuolo napolitain » sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2017.

Les deuxième et troisième places sont occupées par deux symboles du café italien : l’« espresso » et la « moka ». L’espresso n’est pas un simple café serré. Le terme, déjà utilisé à Naples en 1912, désigne le café préparé à la minute en faisant passer de l’eau chaude sous pression à travers le café moulu. La moka, quant à elle, est la célèbre cafetière à la forme octogonale caractéristique, imaginée par Alfonso Bialetti en 1933. Son nom a des origines lointaines, bien en dehors de l'Italie : il dérive en effet de Mokha, le port du Yémen d'où partaient les cargaisons de café destinées aux marchés internationaux.

En quatrième position figure le « tramezzino », un sandwich né en 1925 au Caffè Mulassano de Turin. Angela Demichelis y aurait revisité le sandwich en lui donnant une touche italienne. Préparé avec du pain de mie sans croûte et garni de multiples façons, il doit son nom, selon la tradition, à Gabriele d'Annunzio. Le poète aurait choisi un dérivé de « tramezzo », qui désigne ce qui se trouve entre deux éléments : une référence à la garniture glissée entre les tranches de pain, mais aussi à cette collation dégustée entre deux repas.

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Photo de Ricardo Gomez Angelsur Unsplash


La surprise des jeans : un nom qui vient de Gênes

À la cinquième place figure un mot dont l'origine italienne est moins évidente : « jeans ». Son nom remonterait à Genova, dont le nom français, « Gênes », aurait servi à désigner un tissu de coton résistant exporté depuis le port ligure. Cette étoffe aurait notamment été utilisée pour confectionner des vêtements de travail.

Le lien avec l'histoire italienne ne s'arrête pas là : des pantalons portés par Giuseppe Garibaldi et les Mille sont aujourd'hui conservés au Musée central du Risorgimento. Quant à l'expression « blue jeans », elle serait liée à l'appellation française « bleu de Gênes », associant la couleur du tissu à son origine géographique.

Du carpaccio au cursif : Venise exporte sa cuisine et son innovation

La sixième place revient au carpaccio, ce plat à base de viande crue coupée en tranches très fines. Son invention remonte au début des années 60 et est attribuée à Giuseppe Cipriani, fondateur du Harry's Bar de Venise.

Selon le récit rapporté par Treccani, Cipriani l’aurait préparé pour la comtesse Amalia Nani Mocenigo, à qui les médecins avaient interdit de manger de la viande cuite. Le nom du plat rend hommage au peintre vénitien Vittore Carpaccio, en raison de la ressemblance entre le rouge intense de la viande et celui présent dans ses œuvres.

C'est également à Venise que remonte le septième italianisme du classement : « italic », le terme anglais désignant les caractères italiques.

L'histoire commence en 1501, lorsque l'éditeur et humaniste Aldo Manuzio fait appel au graveur Francesco Griffo pour créer une police de caractères plus étroite et inclinée. L'objectif est alors de réduire le format des livres et de rendre les textes plus compacts. Cette innovation contribue à transformer les pratiques de l'imprimerie et la diffusion du savoir. Plusieurs siècles plus tard, le mot « italic » continue de témoigner de cet héritage vénitien.

Le stuc et les artisans italiens

À la huitième place figure le « stuc », un matériau à base de plâtre et de poudre de marbre utilisé pour décorer les murs, réaliser des moulures ou créer des ornements.

Si le mot possède des origines germaniques, il s'est diffusé en Europe grâce notamment aux artisans italiens. À partir du XVIe siècle, des maîtres originaires de la région des lacs lombards et du Tessin se sont installés à Vienne, Prague ou Londres, emportant avec eux leurs techniques et leur savoir-faire. Avec leurs créations, ils ont aussi contribué à faire voyager le vocabulaire de l'art et de l'architecture.

Soprano et falsetto : l'opéra italien fait entendre sa voix dans le monde

Aux neuvième et dixième places du classement figurent deux termes musicaux : « soprano » et « falsetto », dont la diffusion internationale doit beaucoup au rayonnement de l'opéra italien.

Issu du latin superanus, le mot « soprano » désigne la voix la plus aiguë. Il s'emploie également pour caractériser le registre aigu de certains instruments de musique.
Le « falsetto », quant à lui, désigne une technique vocale qui permet à une voix masculine d'atteindre des notes plus aiguës que celles de son registre habituel.

Cette technique était notamment utilisée dans la musique sacrée dès le XVIe siècle, à une époque où les femmes étaient exclues de certaines institutions musicales religieuses. Les parties les plus aiguës pouvaient alors être confiées à des voix masculines.

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