

Député de la Démocratie Chrétienne pendant plus de 45 ans puis président de la République de 1992 à 1999, Oscar Luigi Scalfaro fut l'une des figures les plus importantes de l'histoire politique italienne. Décédé hier à l'âge de 93 ans dans sa maison de Rome, le sénateur à vie laisse derrière lui une Italie en deuil
photo portrait.Oscar Luigi Scalfaro.wikimedia
Une longévité parlementaire exceptionnelle
Né le 9 septembre 1918 à Novare d'un père napolitain et d'une mère piémontaise, Oscar Luigi Scalfaro est un enfant de l'unification italienne. Diplômé en droit à la prestigieuse Université catholique du Sacré C?ur de Milan, il se lance dans une carrière de magistrat en 1943, date à laquelle il épouse Maria Anna Inzitari. Après le décès de cette dernière l'année suivante en mettant au monde une fille, Scalfaro restera veuf jusqu'à la fin de sa vie, élevant seul Marianna.
Cette tragique histoire de vie n'aura de cesse de le pousser à s'engager toujours plus pour son pays. Elu à l'Assemblée constituante en 1946, il ne sortira plus jamais de l'échiquier politique, occupant à de nombreuses reprises des fonctions à hautes responsabilités publiques, notamment celle de ministre de l'Intérieur de 1983 à 1987 sous les deux gouvernements Craxi. Le 24 avril 1992, il succède à Léonilde Lotti à la présidence de la chambre des députés, poste qu'il délaissera seulement un mois plus tard pour devenir le 25 mai 1992 l'hôte du Quirinal.
Mani Pulite
L'ascension à la Présidence de la République d'Oscar Luigi Scalfaro se déroule dans un contexte politique très tendu. Deux jours avant la tenue du scrutin, le juge anti-mafia Giovanni Falcone, sa femme et trois agents de protection sont assassinés lors d'un attentat en Sicile sur l'autoroute de Capaci. Dans le même temps, le procureur adjoint de Milan, Antonio Di Pietro est en train de démanteler un vaste réseau de financements illicites de partis politiques surnommé Tangentopoli (tangente, "pot-de-vin" et poli, "ville" en grec). Dès lors, Scalfaro refuse la moindre concession vis-à-vis des hommes politiques mis en cause. Il s'oppose notamment à la nomination à la présidence du conseil de Bettino Craxi, lui préférant Giuliano Amato.
"Io non ci sto"
C'est dans ce contexte de "chasse à l'homme politique" que le président de la République se retrouve en 1993 au c?ur d'une affaire de corruption. Riccardo Malpica, l'ancien directeur des services secrets, l'accuse d'avoir détourné 100 millions de lires chaque mois des caisses de la Sisde (service pour l'information et la sécurité démocratique) lorsqu'il occupait le poste de ministre de l'intérieur. Le soir du 3 novembre 1993, Scalfaro interrompt un match de coupe UEFA entre Naples et Trabzonspor pour adresser un message extraordinaire à la nation. Ce fut le discours du "Non ci sto", dans lequel il se défend des accusations qui lui sont reprochées, voyant dans celles-ci une tentative de vengeance de l'ancienne classe politique qui lui reproche d'avoir épousé la cause des juges de l'Opération Mains Propres (Mani Pulite). Scalfaro fut d'ailleurs totalement blanchi un an plus tard par la justice. « Il a été?un exemple de cohérence dans les idéaux et d'intégrité morale », a confirmé dimanche matin l'actuel chef d'Etat Giorgio Napolitano.
Du Quirinal au Palazzo Madama
En 1994, Scalfaro se retrouve une nouvelle fois au c?ur du débat politique lorsqu'il refuse de dissoudre la chambre des députés alors que le premier gouvernement Berlusconi est contraint à la démission par la ligue du Nord. Au lieu de renvoyer les électeurs aux urnes, il ?uvre à la composition d'une nouvelle majorité et parvient finalement à former un gouvernement de substitution. 4 ans plus tard, il récidive en proposant Massimo D'Alema à la présidence du conseil alors que le Romano Prodi vient de perdre la majorité au parlement. Le divorce entre le centre droit et Scalfaro est alors définitivement consommé.
Son septennat terminé, il rejoint le Palazzo Madama où les anciens présidents siègent de droit en tant que sénateur à vie. En 2001, il accède provisoirement à la présidence du Senat et entre ainsi dans l'histoire italienne aux côté de Sandro Pertini et Enrico De Nicola en devenant le troisième homme politique à avoir exercé les trois principales responsabilités publiques de l'Etat. Devenu membre du Parti Démocrate, il travaille jusqu'à la fin de sa vie pour la protection des institutions étatiques. On le retrouve ainsi en 2006 à la tête du comité du "Non" au référendum sur la réforme constitutionnelle portée par les partis de droite. 61,3% des Italiens suivront l'avis du sage. Ils étaient également nombreux hier après midi devant l'Eglise Santa Maria de Rome où se déroulerait une cérémonie privée pour l'enterrement.
Laurent Maurel (www.lepetitjournal.com/milan) mardi 31 janvier 2012
Vidéo : TG1 extraordinaire RAI.it du 29 janvier 2012















































