

Alors que le Sommet des 28 chefs d'Etat et de gouvernement d'Europe devait se consacrer à l'immigration et à l'arrivée massive de migrants sur les côtes de l'Italie, c'est le scandale sur l'espionnage de la NSA, qui concerne aussi l'Italie qui était au centre des attentions. Enrico Letta semblait pourtant satisfait. Il a même fait un arrêt par Paris pour parler de l'Europe à la Sorbonne. Pendant ce temps là, Berlusconi tentait de rejouer 1994 en relaçant son vieux parti Forza Italia et Matteo Renzi proposait un pacte pour l'Italie lors d'un meeting dans le cadre de la campagne interne du Parti démocrate.
Sommet européen : l'immigration passe au second plan
Il avait obtenu que le sommet européen des 24 et 25 octobre se penche sur les questions d'immigration après le drame du 3 octobre qui a couté la vie à 366 migrants au large de Lampedusa. Enrico Letta, le chef du gouvernement italien en appelait à l'Europe pour renforcer la surveillance des frontières et comptait bien que le thème domine la réunion des chefs d'Etat européens. Mais la catastrophe de la petite île italienne n'a pas provoqué l'électrochoc politique escompté au sein de l'Union européenne. Le sommet aura été dominé par la controverse autour des écoutes de la NSA, l'agence de sécurité américaine.
Les 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'union européenne, rassemblés à Bruxelles à l'occasion d'un Conseil européen consacré au numérique ont donc préféré reporter la remise à plat de la politique en matière d'asile et d'immigration à juin 2014, soit après les élections européennes. C'est ce que confirme le rapport sur les conclusions du Sommet.
Pourtant, la Grèce, Malte et surtout l'Italie réclamaient des mesures immédiates et concrètes pour faire face à l'afflux des migrants clandestins. Et la réalité de la situation n'a rien changé. Dans la nuit de jeudi à vendredi, ce sont 700 migrants qui ont encore été secourus dans le canal de Sicile par des garde-côtes italiens dépassés. Giusi Nicolini, la maire de Lampedusa avait même lancé un "ne nous décevez pas" la veille du Sommet européen.
Malgré un sujet relégué au second plan, Enrico Letta semblait satisfait. "Heureusement que le conseil européen ne s'est pas contenté de deux lignes bureaucratiques. Nous avons pris des décisions" assure-t-il. Les Européens se sont engagés à renforcer les moyens de Frontex, l'agence chargée de gérer la coopération aux frontières extérieures de l'UE. Aucune décision concrète n'a donc été prise mais des principes ont été mis sur la table comme la lutte contre les filières d'immigration clandestine et le soutien aux pays d'origine et aux pays de transit comme la Libye.
Enrico Letta de passage à Paris
Après deux jours à Bruxelles pour le Sommet européen, Enrico Letta s'est arrêté à Paris avant de regagner Rome. Samedi 26 octobre, il a fait une apparition remarquée au Campus des Cordeliers, près de l'Odéon, à l'occasion d'une conférence sur l'Europe organisée par le think tank EuropaNova. Le président du conseil italien a ouvert deux jours de discussion sur le thème "Imaginons le futur, rendons-le possible" aux côtés du ministre de l'Economie français, Pierre Moscovici.
C'est devant une assistance de plus de 200 personnes qu'Enrico Letta s'est exprimé. Pour célébrer le dixième anniversaire de l'association EuropaNova, le chef du gouvernement italien n'a pas vraiment eu à faire d'efforts. Il était un peu chez lui puisqu'il avait participé en 2003 à la création d'EuropaNova, association visant à favoriser un renouvèlement de la réflexion sur l'Europe. Il a profité se son passage dans la capitale française pour rencontrer son homologue Jean-Marc Ayrault. "Je peux vous dire que les difficultés ne viennent pas des pays de l'Europe de l'Est. Elles viennent de nous, les vieux Européens" a martelé Letta.
Européen convaincu, le président du Conseil italien n'a eu de cesse de rappeler que c'est l'Europe qui sauvera l'Italie et tous les pays de la crise. "On a pris l'Europe comme bouc émissaire de la crise. Or, c'est le manque d'Europe, la cause de la crise" a-t-il scandé à la foule parisienne venue l'écouter. Il a appelé tous partisans de l'Europe à un sursaut pour faire face aux populismes grandissant en Europe. "C'est impossible de livrer une grande bataille politique et culturelle européenne en étant timides" continuait-il, faisant allusion à la campagne pour les élections européennes de mai 2014.
C'est officiel ; vendredi 25 octobre, Silvio Berlusconi a relancé son ancien parti, Forza Italia tout en confirmant qu'il continuerait à soutenir le gouvernement de coalition gauche-droite d'Enrico Letta. C'est au cours d'une conférence de presse solennelle que l'ancien président du conseil italien a annoncé le retour du parti avec lequel il a accédé au pouvoir pour la première fois.
"Voté à l'unanimité", le retour dans le paysage politique de Forza Italia voit tout de même une ombre au tableau. Aucun des cinq ministres du PdL n'était présent. Les commentateurs italiens annoncent une rupture entre le Cavaliere et son poulain, Angelino Alfano, actuellement vice-premier ministre. Chef de file des "colombes", l'aile modérée du PdL, Alfano n'avait pas suivi l'appel à la démission de Berlusconi , fin septembre et contre toute attente, alors que le gouvernement était prêt à tomber, le PdL avait fini par voter la confiance au gouvernement Letta.
Forza Italia, c'est le parti fondé par Silvio Berlusconi en 1994 lors de son entré remarquée en politique. Les premiers à le suivre dans cette aventure étaient des cadres de sa holding Fininvest, qui détenait déjà trois chaînes de télévisions, des journaux, une maison d'édition ainsi que le club de football Milan AC.
Faisant allusion aux divisions au sein de son propre parti, le PdL, entre les "colombes" pro-gouvernement et les "faucons" pro-Berlusconiens, le Cavaliere a affiché sa volonté de continuer le combat politique. "Il existe des contrastes et des incompréhensions personnelles mais nous continuons à mettre l'accent sur notre volonté d'unité" a t-il scandé. Une manière, selon certain d'éviter l'application des décisions de justice le concernant. Il pourrait très prochainement perdre son immunité parlementaire si les sénateurs votent contre lui.
En attendant, le Cavaliere doit affronter la justice. Il a été entendu, mercredi 23 octobre par un magistrat de Naples dans le cadre d'une affaire de corruption. Il est accusé d'avoir versé 3 millions d'euros à l'ancien sénateur Sergio De Gregorio entre 2006 et 2008 pour le faire adhérer à son parti et ainsi faire chuter le gouvernement de gauche de Romano Prodi qui avait une majorité au Parlement qui ne tenait qu'à un fil. L'ancien sénateur a reconnu devant les magistrats l'existence de ces versements.
Matteo Renzi lance un pacte pour l'Italie
"Ici nous parlons du futur, c'est pour cette raison que nous n'avons pas parlé de Berlusconi". C'est ainsi que Matteo Renzi, candidat au poste de premier secrétaire du Parti démocrate (centre-gauche) a clôturé la kermesse Leopolda dimanche 27 octobre. Il a ainsi lancé un pacte en quatre points : collectivités locales, justice, travail et Europe. Une intervention fleuve du jeune maire de Florence qui a également abordé le thème des réformes institutionnelles et de la loi électorale. Il s'est aussi adressé aux membres de son parti en leur lançant un message clair. "Le Pd n'est pas crédible s'il est un ensemble de courants" a clamé le candidat aux primaires du parti, ajoutant que ce n'est pas "comme ça que l'on gagne".
Matteo Renzi s'est ainsi prononcé en faveur de la suppression du Sénat et donc de la réduction du nombre de parlementaires. Il a aussi prôné l'abolition des provinces qui selon lui coutent trop cher. Mais il a exhorté le gouvernement à trancher sur la loi électorale. Loi qui amène le pays à changer de gouvernement très fréquemment. "Le modèle est celui de la loi électorale municipale" a t-il dit. "Celui qui gagne doit pouvoir gouverner et celui qui gouverne pendant 5 ans doit être responsable". Et d'ajouter "Plus jamais de petits jeux politiciens qui ne font que peser sur les Italiens".
Le maire de Florence a abordé différents thèmes comme la réforme de la justice ou l'immigration. Il s'en est pris directement à l'Union européenne à qui il reproche son immobilisme face à l'afflux de migrants clandestins. Il a rappelé qu'il était favorable à l'abrogation de la loi Bossi-Fini (loi qui fait de l'immigration clandestine un délit pénal, ndlr) mais que l'Europe ne pouvait pas continuer à la fustiger sans donner les moyens à l'Italie d'agir face à "l'urgence sociale".
C'est une information révélée par l'hebdomadaire L'Espresso. Après la France et l'Allemagne, l'Italie aurait été la cible de l'espionnage de la NSA. Jusque là, pas de grandes nouvelles. Mais le journal affirme que les services de sécurité britanniques seraient aussi à l'origine d'espionnage. Au cours des prochaines semaines, l'hebdomadaire compte publier des documents obtenus par l'ancien consultant de l'agence nationale de sécurité américaine, Edward Snowden. Lors du Sommet Européen, Enrico Letta a jugé "inacceptables des actes d'espionnage de ce type".
D'après L'Espresso, les services de sécurité britanniques auraient intercepté des données téléphoniques et électroniques transitant par des câbles sous-marins à fibre optique en Sicile. Les renseignements britanniques auraient des informations en Italie pour protéger leurs intérêts économiques et "identifier les intentions politiques des gouvernements étrangers".
Selon le journal italien, les services de renseignement italiens avaient connaissance des informations recueillies par les Britanniques selon un accord de partage d'informations. Pourtant, le secrétaire d'Etat chargé des questions de sécurité affirmait que les communications entre Italiens n'ont pas été surveillées.
Aurélien Bureau (Lepetitjournal.com de Milan) ? lundi 28 octobre 2013
Crédits photos :
- Les 28 chef d'Etat et de gouvernement à Bruxelles (Commission européenne)
- Enrico Letta à Paris samedi dernier (capture d'écran Euronews, Youtube)
- Silvio Berlusconi lors de la conférence de presse (capture d'écran TG3, Youtube)
- Matteo Renzi lors de la Kermesse Leopolda (capture d'écran Youtube)
- Le système d'espionnage de la NSA (Capture d'écran Youtube)
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