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JOURNEE DE LA FEMME – La politique italienne leur laisse-t-elle assez de place ?

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 mars 2015

L'exercice d'un mandat politique est-il encore une affaire d'hommes ? Souvent sous-représentées, et parfois réduites à leur apparence, les femmes politiques italiennes ont encore du pain sur la planche pour se frayer un chemin vers le pouvoir. Pourtant, peu à peu, malgré les mauvaises statistiques,  quelques figures s'emparent de postes clés.

Effacées, peu représentées, les femmes italiennes sont loin d'avoir totalement trouvé leur place au sein de l'appareil politique du pays. La vision générale de la gente féminine ne les aide en rien. Si Licia Ronzulli pouvait allaiter, lors des séances de vote au Parlement européen de Strasbourg, aucun service n'est proposé au parlement national pour garder les enfants en bas âge, contrairement à l'Elysée ou à l'Assemblée nationale en France. Entre mère et représentante politique, il faut donc choisir.

Malheureusement, les femmes politiques semblent aussi être réduites à leur apparence. Il suffit de taper "donne politiche italiane" dans un moteur de recherche pour tomber sur de nombreux articles, établissant des classements. Les critères de base n'ont rien à voir avec les compétences, la carrière ou le poste occupé. La beauté est le seul mot d'ordre. Etonnamment, leurs homologues masculins ne sont, eux pas soumis au même traitement.

Dans un pays où la compétence est mise à rude épreuve, l'apparence peut-être vecteur de réussite. Parmi les exemples connus des Italiens, Mara Carfagna, ministre de l'Egalité des chances sous le gouvernement de Silvio Berlusconi, est un ancien mannequin. Nicole Minetti, l'ex-hygiéniste dentaire de Silvio Berlusconi, qui participait aux soirées bunga-bunga, est ainsi devenue conseillère régionale en Lombardie de 2010 jusqu'à 2012. Mais, l'exemple le plus symbolique est Ilona Staller, surnommée la Cicciolina. Elle a été la première actrice de films pornographiques a être démocratiquement élue députée du parti radical en 1987.

Peu de place pour elles

Dans une enquête menée en mars 2014, La Repubblica s'intéresse à la répartition homme-femme dans l'univers politique. Les statistiques sont frappantes. Sur les 106 maires des chefs-lieux de province, seulement 3 sont des femmes. Le pays compte 80 % de représentants politiques masculins. Pas toujours facile de s'imposer donc. Nommé à la tête du conseil des ministres il y a un an, Matteo Renzi avait choisi un gouvernement paritaire. La moitié des ministres étaient des femmes. Pour en arriver là, la route a été longue. Les Italiennes ont obtenu le droit de vote en 1946. Elles ont cependant du attendre 1976 pour que Tina Anselmi devienne la première femme ministre, au Ministère du Travail et de la Sécurité sociale. Les Françaises, elles, étaient déjà représentées dans le gouvernement du Front populaire, sous la IIIe République, même si elles n'avaient pas encore le droit de vote. Paradoxe français dira-t-on.

Le sujet intéresse au delà des frontières. L'union interparlementaire établit un classement chaque année. Au 1er janvier 2015, le Rwanda détient le plus haut pourcentage de femmes au sein de son parlement. Elles sont 63,5 % à siéger à la Chambre des députés, donc plus nombreuses que les hommes. L'Italie n'arrive qu'à la 31e place avec 31 % de femmes à la Chambre des députés et 28,3 % au Sénat. Quant à la France, elle n'est qu'au 47e rang.

En Europe, la situation des femmes représentantes politiques est disparate. Elles sont 36 % à siéger au parlement de l'Union européenne, d'après l'Observatoire des inégalités en octobre 2014. Six femmes se trouvent à la tête d'un gouvernement ou d'un état européen en ce moment. La plus connue est probablement Angela Merkel, chancelière fédérale d'Allemagne, depuis 2005. A ses côtés, on peut trouver Helle Thorning-Schmidt, Premier ministre du Danemark depuis 2011, Marie-Louise Coleiro Preca, présidente de Malte depuis 2014, Dalia Grybauskaite, présidente de la Lituanie depuis 2009, Ewa Kopacz, Premier ministre de la Pologne depuis 2014 et Laimdota Straujuma, Premier ministre de la Lettonie depuis 2014.

Elles sortent du lot

Le tableau peut sembler bien noir. Pourtant, les avancées sont nombreuses. Peu à peu les Italiennes s'emparent de postes clés. Laura Boldini en fait partie. Diplômée de droit, et journaliste, elle a travaillé dans des institutions aussi prestigieuses que les Nations Unis, la Food and Agriculture Organization (FAO) et le World Food programme. Elle a aussi été porte-parole du Haut-commissariat des Nations Unis pour les réfugiés, en s'occupant principalement des flux migratoires en Méditerranée.

En février 2013, elle est élue pour la première fois à la Chambre des députés avec le parti Sinistra Ecologia Libertà (SEL, gauche). Le mois suivant, elle devient à la surprise générale présidente de la Chambre. Avant elle, Nilde Lotti et Irene Pivetti avaient déjà rempli cette fonction. En France, aucune femme n'a jamais occupé ce poste. Mais pour Laura Boldrini, le combat des femmes en politique devrait être porté beaucoup plus loin. "Le pays est prêt à avoir une femme présidente de la République. En Italie, il y a des femmes méritantes, qui ont des histoires significatives et il est juste qu'elles puissent être considérées", déclarait-elle, dans Il Corriere della Sera, le 10 novembre 2014. A cette époque, bien avant l'élection de Sergio Mattarella, elle faisait allusion à Anna Finocchiro ou Roberta Pinotti.

Cette dernière est d'ailleurs une figure emblématique du gouvernement Renzi. La ministre de Défense, élue du Partito democratico, était auparavant présidente de la commission de la Défense de la Chambre : la première femme à avoir atteint ce poste dans l'histoire de la République italienne. Les compétences de cette ancienne prof de Lettres sont souvent reconnues et saluées. Mario Arpino, ancien chef de l'Etat major de la Défense n'a d'ailleurs pas hésité à le souligner. "Comme chef de la commission Défense de la Chambre, elle a démontré un grand intérêt et aussi des compétences pour les problèmes des Forces armées."

Dans le paysage politique, Maria Elena Boschi ne passe pas inaperçue. La ministre des Réformes constitutionnelles et des Rapport avec le Parlement vient, elle aussi du Partito democratico. Cette juriste de formation a également du subir les remarques sur son apparences physique. "Elle est trop belle pour être communiste", avait d'ailleurs déclaré Silvio Berlusconi.

Autre femme de poids, Federica Mogherini est devenue Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, le 1er novembre 2014. A 41 ans, la ministre des Affaires étrangères du gouvernement Renzi est déjà la plus jeune à travailler au Palazzo della Farnesina. Diplômée en Sciences politiques, son parcours est plutôt classique, du militantisme avec le Fgci (les jeunes communistes) de Ponte Milvio, aux rapports avec les mouvements politiques jusqu'à devenir fonctionnaire du parti. Elle connait bien certains dossier comme l'Irak, l'Afghanistan et le processus de paix au Moyen-Orient. Son avenir, comme celui de nombreuses politiques, semble prometteur.

Toinon Debenne (Lepetitjournal.com de Milan) - lundi 9 mars 2015

Crédits photo : Wikimedia Commons

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Publié le 8 mars 2015, mis à jour le 8 mars 2015
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