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GOUVERNEMENT – Matteo Renzi mise sur la parité hommes-femmes et la jeunesse

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 25 février 2014

Chargé officiellement par le président de la République de former un gouvernement il y a une semaine, Matteo Renzi se présente aujourd'hui devant le Parlement avec son gouvernement pour le vote de confiance, ultime épreuve avant sa prise de fonction réelle. Il annonçait la composition de son gouvernement vendredi avant de prêter serment samedi. Le nouveau président du Conseil a fait le choix d'un gouvernement moins anticonformiste qu'annoncé découvrant au passage les compromis. Son équipe, composée de huit hommes et huit femmes est jeune mais sans grande expérience.

Un gouvernement paritaire et rajeuni

Fidèle à sa réputation, il avait promis d'aller vite. Matteo Renzi, chargé lundi 17 février par le président de la République de former un gouvernement assurait que ce serait chose faite avant la fin de la semaine. Vendredi 21 février, après trois heures d'entretien avec Giorgio Napolitano, il dévoilait enfin la composition de son équipe gouvernementale. "Je veux redonner de l'espoir" scandait le jeune président du Conseil, qui n'a d'ailleurs pas pu s'empêcher de tweeter un "J'arrive, j'arrive" alors qu'il se trouvait encore dans le bureau du président. Pas sûr que ce dernier, de presque 50 ans son ainé ait apprécié !

A la sortie de l'entretien, décontracté, sûr de lui, Matteo Renzi s'est présenté à la presse pour annoncer le nom de ses ministres. Parité parfaite puisque l'équipe gouvernementale est composée de huit femmes et huit hommes. Même si, pour certains il s'agit d'un coup de communication, c'est "la première fois dans l'histoire de l'Italie" s'est enorgueilli Renzi. Autre changement significatif ; la cure de jouvence que le nouveau Premier ministre, lui-même âgé de 39 ans a donné au Conseil des ministres dont l'âge moyen est de 48 ans. En accédant au pouvoir, il est d'ailleurs devenu le plus jeune chef de gouvernement d'Europe. 

Mais malgré ces aspects d'âge et de sexe, la composition du gouvernement reste décevante à en croire la presse italienne. Même s'il annonce qu'il veut tout faire pour "mériter la confiance du Président, des députés et des sénateurs et surtout des millions d'Italiens qui attendent des réponses concrètes", Matteo Renzi n'a pas dévoilé l'équipe tant attendue, celle qui bougerait les codes ou qui placerait des spécialistes à des postes clés. C'est un gouvernement "light" formé d'inconnus qui prendra place au Palazzo Chigi si le Parlement lui apporte sa confiance.

Un gouvernement pas si anticonformiste

S'il y a bien un ministère sur lequel tous les yeux était tournés, c'est celui de l'Economie et des Finances alors que l'Italie sort tout juste de plus de deux ans de récession et qu'elle reste fortement endettée (plus de 130 % du PIB). C'est finalement Pier Carlo Padoan qui a été choisi même si la presse ainsi qu'un proche de l'économiste affirment que c'est le président Giorgio Napolitano qui l'aurait imposé à Matteo Renzi. Personne ne saura jamais mais une chose est sûre, c'est que cet économiste de l'OCDE est reconnu et respecté à l'international et plus particulièrement en Europe. Un gage de stabilité pour Bruxelles, probablement.

Au Ministère de l'Intérieur, c'est sans grande surprise qu'Angelino Alfano a été reconduit. Le chef du Nuovo Centrodestra bénéficie de la même majorité gauche-droite au Parlement, restée inchangée faute de nouvelles élections. Les sénateurs de son parti restent essentiels à la survie du gouvernement. Malgré le vent de changement prôné par Matteo Renzi, la grande coalition gauche-droite qui avait permis à Enrico Letta de former un gouvernement en avril 2013 reste d'actualité.

Mais Matteo Renzi a tout de même réussi à imposer Federica Mogherini au ministère des Affaires étrangères, qui devient à 40 ans la plus jeune titulaire de ce prestigieux ministère. C'est une forte promotion pour celle qui était jusque là responsable des affaires européennes au Partito democratico. Le choix de cette nomination a sans doute été l'un des sujets épineux lors de l'entretien avec le président de la République qui aurait voulu la reconduite d'Emma Bonino, ex-commissaire européenne qui jouit d'une expérience notable. 

Au ministère de la Justice, c'est l'ancien ministre de l'Environnement Andrea Orlando qui s'installera. Considéré comme une personnalité passive, il ne devrait pas aller chercher de poux à Silvio Berlusconi dans ses nombreuses affaires. Il s'agit d'une surprise alors que le symbole de la lutte anti-mafia, Nicola Gratteri, procureur adjoint de Reggio Calabria était pressenti pour le poste. La presse italienne sous-entend que Matteo Renzi se serait écrasé devant Giorgio Napolitano qui ne voulait pas d'un magistrat à la tête du ministère de la Justice.

Letta évincé, Renzi au travail

Malgré les concessions qu'il a du faire, Matteo Renzi s'est présenté samedi avec sa nouvelle équipe au Quirinale, le Palais présidentiel afin de prêter serment comme le prévoit la Constitution italienne. Il était accompagné de sa femme Agnese et de leurs trois enfants habillés aux couleurs du drapeau italien. Décontracté, comme à son habitude, le nouveau Premier ministre ne cachait pas sa joie. C'est un sourire d'enfant, narquois diront certains qu'il a arboré tout au long de la cérémonie.

Puis, il s'est rendu au Palazzo Chigi, le siège du gouvernement pour un passage de témoin solennel avec son prédécesseur, comme le veut la tradition. Pas un regard ne s'est échangé entre Enrico Letta et Matteo Renzi lors de la passation qui aura duré une trentaine de secondes sous les flashs des photographes. Le président du Conseil sortant, évincé par son propre camp arborait une froideur qu'on ne lui connaissait pas. Une fois la formalité remplie, Matteo Renzi s'est mis au travail en présidant son tout premier conseil des ministres, consacré aux nominations indispensables pour le fonctionnement du gouvernement.

A raison d'une réforme par mois, le jeune président du Conseil doit aller vite. Mais il doit maintenant faire avec les us de la chancellerie et de la bureaucratie. Sa priorité est de faire voter la nouvelle loi électorale qu'il a lui-même baptisée Italicum. Puis, il veut s'attaquer à l'emploi. Cette volonté affichée cache une envie ; celle de durer dans le temps. La législature en cours a encore quatre ans devant elle et il en est conscient. "Nous ne risquons pas seulement notre carrière mais aussi nos têtes" a-t-il lancé. Seul aux commandes d'un gouvernement sans réelle envergure et avec un Parlement sans réelle majorité, il le sait mieux que quiconque ; il peut chuter à n'importe quel moment. N'est-ce pas lui, le jeune Brutus du Partito democratico qui a fait tomber César, alias Enrico Letta ?

Aurélien Bureau (Lepetitjournal.com de Milan) ? lundi 24 février 2014

Crédits photo : captures d'écran Youtube

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Publié le 23 février 2014, mis à jour le 25 février 2014
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