Édition internationale

FÊTE DU TRAVAIL – Panorama syndical en Italie

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 mai 2013

En ce 1er mai, l'Italie comme la France célèbre la Festa del lavoro (Fête du travail). Jour chômé et payé, c'est l'occasion de rendre hommage aux combats des travailleurs. Les syndicats organisent d'importantes manifestations et font le point sur les nouveaux combats à mener. Supprimée pendant la période fasciste, la Fête du travail a repris ses droits dès 1945. Aujourd'hui, comme de coutume, toutes les villes auront leur manifestation et Milan n'échappe pas à la règle. Focus sur l'organisation des syndicats en Italie.

Milan défile

La traditionnelle manifestation des syndicats se déroulera dans la capitale lombarde dans la matinée. Le rassemblement est prévu à 9 heures à la Porta Venezia. Le cortège rejoindra la Piazza della Scala. Les secrétaires généraux des trois grands syndicats seront présents.

Dans l'après-midi, deux cortèges traverseront Milan en ce jour de la Fête du travail. Les syndicats continueront leurs manifestations et un second cortège défilera en soutien aux travailleurs précaires et aux chômeurs. Appelé MayDay 2013, ce rassemblement partira de la Piazza XXIV Maggio et se rendra jusqu'à la via Gioia devant le Palazzo Lombardia, le siège de la Région Lombardie flambant neuf. Un peu plus tôt à Sesto San Giovanni, commune limitrophe au Nord de Milan, se tiendra un déjeuner solidaire.

Cette édition 2013 de la Festa dei lavoratori sera marquée par une manifestation spéciale contre une construction excessive en ville. En référence à l'Expo 2015, ce sera l'occasion de se battre contre le peu de ressources mises en place pour les précaires et appeler à un "reddito per tutti" (un revenu pour tous). La création d'un revenu minimum a été abordée mardi par le tout nouveau président du Conseil, Enrico Letta. Reste à le financer, ce qui ne sera pas une mince affaire compte tenu des finances du pays.

L'Italie : l'eldorado syndical ?

L'Italie est le pays de l'Union Européenne qui compte le plus de syndiqués. Le taux de syndicalisation, de l'ordre de 50 % ne traduit cependant pas la réalité de la présence syndicale parmi les actifs. En effet, pour les trois principales confédérations, le nombre d'adhérents retraités (environ 5,9 millions) est supérieur au nombre d'adhérents actifs (5,6 millions). Cette spécificité italienne d'une syndicalisation composée pour près de 50 % de retraités s'explique par la désindustrialisation qui a frappé les bastions traditionnels du syndicalisme et par le vieillissement de la population italienne. Le taux de syndicalisation des travailleurs s'élèverait donc à environ 35 %. En comparaison, en France, il avoisine à peine les 8 %.

Trois grandes confédérations syndicales existent en Italie. La plus importante est la CGIL, la Confederazione Generale Italiana del Lavoro (Confédération générale italienne du travail) qui fédère un peu moins de 6 millions d'adhérents, dont seulement 2,8 millions de travailleurs. La deuxième est la CISL, la Confederazione Italiana Sindicati Lavoratori (Confédération italienne des syndicats des travailleurs) avec 4,6 millions d'affiliés dont 2,3 millions de travailleurs actifs. Vient ensuite l'UIL, l'Unione Italiana del Lavoro (Union italienne du travail) qui regroupe 2,3 millions de membres dont 1,3 millions de travailleurs.

L'importance de ce nombre d'adhérents, concentrés dans ces trois grandes confédérations, combinée à une présence forte de celles-ci dans la société italienne conditionne la puissance des syndicats dans un système de négociation collective à dominante nationale. Jean-Christophe Bertrand, qui travaille pour une filiale italienne d'un laboratoire pharmaceutique français le résume ainsi : "Le plus difficile, pour un patron français expatrié en Italie, est de constater la défiance absolue des syndicats à son égard ; comme si, a priori, tout patron - même français - était un présumé voyou dont l'objectif premier est de 'rouler' ses collaborateurs. Ceci génère des relations tendues lors des rencontres qui sont plus des confrontations  que de véritables négociations."

Puissance et fragmentation syndicales

Dans le passé, ces confédérations affichaient des orientations politiques assez marquées. La CGIL était apparentée au parti communiste, la CISL a été créée par des syndicalistes catholiques qui militaient également au sein du Parti démocrate-chrétien et l'UIL était plus proche du parti socialiste. Mais l'évolution du paysage politique (aucun de ces partis n'existe plus sous sa forme antérieure) et les changements internes opérés dans les confédérations font que cette classification n'est plus pertinente.

Il n'en reste pas moins que la CGIL se montre plus combative face aux différents gouvernements de droite et plus particulièrement celui de Silvio Berlusconi et aux employeurs que ses deux homologues. Au cours de la période récente, c'est apparu clairement dans l'approche que les trois confédérations ont adoptée vis-à-vis de l'évolution du système de négociation collective. Alors que la CISL et l'UIL ont convenu d'un nouveau cadre national de négociation avec le gouvernement et les employeurs en janvier 2009, la CGIL a refusé de signer l'accord. Depuis, malgré leurs points d'accord, les relations entre la CGIL et les deux autres confédérations sont difficiles. Les trois confédérations reposent sur une organisation sectorielle. La CGIL est majoritaire dans l'industrie manufacturière, tandis que les bastions de la CISL et de l'UIL sont les services publics, bien que dans ce secteur, la CGIL ait une implantation comparable à celle de la CISL.

De manière générale, la représentation syndicale en Italie est devenue de plus en plus fragmentée au cours des 20 dernières années, notamment dans le secteur public et les transports. De plus, selon certains commentateurs, tous les syndicats autonomes ont une caractéristique commune : ils s'apparentent à des groupes d'intérêt spécialisés représentant de petits groupes de travailleurs qui s'unissent pour défendre leurs intérêts particuliers sans tenir compte des autres problématiques. Beppe Grillo est l'un de ceux qui pensent qu'il faut les dissoudre pour recréer des confédérations qui défendraient les intérêts généraux.

Aurélien Bureau (LePetitJournal.com de Milan) ? mercredi 1er mai 2013

photos: captures d'écran

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Publié le 30 avril 2013, mis à jour le 1 mai 2013
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