

Alors qu'avaient lieu hier dimanche 13 janvier, sur l'île du Giglio, les cérémonies d'hommage aux victimes du Concordia, une centaine de rescapés français sont venus y assister. Une initiative contraire aux plans déterminés par Costa Croisière. La délégation a cependant dû regagner le continent avant le lâcher des 32 lanternes volantes à 20h45, heure du drame il y a un an. Présidente du Collectif des naufragés français du Concordia, Anne Decré, était à bord. Un an après, elle témoigne à votre rédaction et se souvient, pleine de colère, de l'enfer qu'elle a vécu.
(Photo : Rvongher/Creative Commons)
Du calme méditerranéen au chaos
Cette nuit du 13 janvier 2012, les quelque 3.200 vacanciers à bord du Concordia ne sont pas prêts de l'oublier. Pour 32 d'entre eux, elle a été leur dernière nuit. 32 personnes qui ont laissé leur vie dans le naufrage le plus absurde de l'histoire maritime. 462 passagers français avaient embarqué. 6 y ont laissé leur vie.
En compagnie de ses parents et de ses s?urs, Anne Décré voit dans cette croisière le moyen de réunir la famille dans un contexte de vacances après le décès de son frère. La vie s'écoule calmement sur le paquebot qui vogue d'escale en escale sur la Méditerranée.
Puis un choc ébranle le navire : sa coque heurte un rocher et se déchire. Le bateau prend l'eau, s'échoue puis finit par faire naufrage. L'alerte, donnée trop tard, l'équipage dépassé, le capitaine qui quitte le navire et les passagers qui se retrouvent livrés à eux même : un scénario catastrophe digne d'un mauvais film. Dès lors, le chaos prend place et le calme lissé de la croisière n'est plus qu'un souvenir. "C'est idiot mais c'est l'instinct de survie qui nous anime dès les premières secondes", confie-t-elle. L'idée de se jeter à l'eau et de rejoindre la côte à la nage lui passe par la tête mais elle refuse de laisser ses parents, plus âgés, derrière elle. D'autres sauteront.
(Photo : www.costaconcordia.fr)
Fin du cauchemar
C'est finalement deux heures après que le paquebot a heurté le rocher que la famille monte à bord de la dernière chaloupe pour regagner l'île du Giglio, laissant derrière eux des centaines de passagers. Arrivée au port, c'est la confusion la plus totale. "Le responsable français de la Costa paniqué, ne prend aucune initiative". Anne Decré se met à crier pour rassembler les Français. Les pompiers qui étaient présents sur le bateau sont introuvables. L'équipage se cache. "On a vu des officiers retirer les galons de leur chemise pour ne pas être reconnus". Les autorités italiennes font comme elles peuvent pour gérer cette population qui afflue sur l'île en pleine nuit.
Après six heures d'attente, d'incompréhension et de fatigue, une annonce est faite. Des ferrys doivent reconduire les rescapés sur le continent. Mais pour certains, impossible de remettre un pied sur un bateau. "Quand on nous a demandé de monter sur le ferry, j'ai entendu des gens pleurer. Les gens avaient peur que ça recommence", raconte Anne Decré. Pour sa part, c'est une certaine agoraphobie qui l'a envahie. "Nous étions des centaines dans un port minuscule".
Consciente d'avoir vécu un drame, l'hypersensibilité prend le dessus. Une odeur, un son, la vue d'un bateau lui rappellent la nuit du naufrage. "C'est un peu une madeleine de Proust négative, au goût amer". Et d'ajouter : "Nous ne serons plus jamais les mêmes".
De minces indemnisations
Anne Decré, qui a créé le Collectif des naufragés français du Concordia, fédère depuis un an les victimes françaises. Sur les 462 passagers, 6 sont morts et 170 ont accepté l'indemnisation de 11.000 ?. Pour les autres, la pilule est difficile à avaler. "Si on retire l'indemnisation pour nos affaires personnelles, notre vie et notre silence valent à peine quelques milliers d'euros". Ils auraient voulu servir d'exemple, pour qu'un tel drame ne se reproduise plus.
Costa Croisière, que notre rédaction a contacté se refuse de communiquer quant à l'amélioration de la sécurité et la formation de l'équipage. "Le monde de la croisière n'est pas prêt à ce genre de catastrophe", se désole Anne Decré.
Après avoir négocié avec les autorités locales, elle a obtenu que le dernier ferry reliant l'île au continent soit repoussé hier à 22 heures pour permettre aux rescapés qui ont fait le voyage de vivre ce moment ensemble. Mais Costa Croisière avait fait savoir qu'elle ne souhaitait que la présence des familles endeuillées sur l'île, "pour des raisons de logistique et de sécurité". Les rescapés étaient invités à se rendre à une messe à Paris, à l'église de la Madeleine. La délégation n'a donc pas pu assister à la procession aux flambeaux et observer la minute de silence près de l'épave, à 20 h 45, heure où il y a un an, le Concordia heurtait le rocher.
Aurélien Bureau (www.lepetitjournal.com/milan) - lundi 14 janvier 2013













































