Édition internationale

Avoir 25 ans en Italie : « la montagne russe de la vie »

Comment la jeunesse italienne envisage-t-elle l’avenir ? Entre fin d’études et premiers pas sur le marché du travail, rencontre avec des jeunes du pays.

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Photo de Devin Avery sur Unsplash.
Écrit par Maé Brault
Publié le 26 janvier 2026, mis à jour le 27 janvier 2026

« Tout s’arrange au fil du temps/ J’attends encore, je ne comprends pas ce chemin juste/ Aussi dur soit-il, ne reste plus à la dérive », rappe Clementino. Dans son texte Ragazzi fuori, le rappeur italien évoque les difficultés auxquelles se heurtent les jeunes adultes dans le pays. Un pays qui vieillit – la part des plus de 65 ans y est la plus élevée dans l’Union européenne – et qui n’investit pas suffisamment dans sa jeunesse, d’après les témoignages recueillis auprès d’Italiens âgés de 24 et 25 ans. 

 

Partir ou rester en Italie ?

Face à un taux de chômage particulièrement élevé en Italie chez les jeunes – 18,8 % contre une moyenne nationale à 5,7 % d’après les données de novembre 2025 – beaucoup réfléchissent à partir. D’après les données du rapport 2025 de l’Istat, l’expatriation parmi les diplômés âgés de 25 à 34 ans a atteint un record historique : ils étaient 21.000 en 2023 à sortir du pays. Et les retours sont peu nombreux, entraînant une perte nette de capital humain qualifié, estimé à 97.000 jeunes sur dix ans.

« En vérité je ne veux pas rester en Italie, mais malheureusement, [petit rire] enfin heureusement, j’ai eu une proposition de stage ici à Rome et je l’ai évidemment saisie », raconte Giacomo. À quelques jours de sa soutenance et de la fin de son cursus scolaire, l’étudiant en finance envisage de quitter l’Italie s’il n’a pas d’opportunités professionnelles après son stage. « Ne pas savoir ce que je ferai dans dix ans me stresse, mais je suis impatient de voir cette ‘montagne russe’ de la vie », confie-t-il.

Laura et Benedetta, âgées de 25 ans, préféreraient rester en Italie. La première, titulaire d’un master de psychologie, espère s’installer en profession libérale dans les prochaines années. Pour le moment, elle occupe deux postes d’éducatrice auprès d’enfants à Florence. « J’ai vu qu’il fallait faire des compromis, livre la jeune diplômée. Je vais passer mes premières années à ne pas travailler exactement ce dans quoi j’avais étudié, avec la promesse d’une meilleure situation dans quelques années. » Benedetta est quant à elle à la recherche d’un stage dans le marketing. « Je suis prête à quitter Rome. Pourquoi pas Milan ? » Originaire de Calabre, elle n’envisage pas de retourner dans sa région natale à la fin de son diplôme : « C’est trop difficile, il y a trop peu d’opportunités professionnelles dans le sud ».

 

Le phénomène des « bamboccioni »

« C’est un privilège d’habiter seule », m’assure Laura, qui habite chez ses parents à Florence. Dans les grandes villes notamment, les loyers sont élevés et sont inaccessibles pour la plupart des jeunes. Un problème récurrent, à tel point que le terme de bamboccioni est entré dans le débat public en 2007, quand Romano Prodi, alors président du conseil, l’a utilisé pour désigner les jeunes adultes italiens qui vivent longtemps chez leurs parents. D’après le rapport de l’Istat, en moyenne deux tiers des 18-34 ans vivent encore dans leur famille contre 49,6% pour la moyenne européenne. Les raisons sont multiples : instabilité professionnelle, obstacles liés au logement, incertitude économique. La difficulté à atteindre l’indépendance économique freine l’autonomie et retarde toutes les étapes vers l’âge adulte, souligne le rapport.

Un autre point : l’absence d’aides sociales. Silvia habite seule avec son frère depuis son arrivée à Rome, il y a cinq ans, pour ses études de statistiques. « J’ai quitté la maison à 20 ans et c’est un privilège car c’est très cher. Et sans soutien de ta famille, c’est très difficile de travailler et d’étudier en même temps. Pourquoi ? Parce que l’Etat ne t’aide pas. » Dans son cas, elle a fait une année sabbatique pour mettre de l’argent de côté, continue de travailler en temps partiel en parallèle de son master et bénéficie du soutien financier de ses parents. « J’étudie la nuit, je ne vois pas autant que je l’aimerais mes amis et ma famille : c’est très difficile de trouver un équilibre », confie-t-elle.

 

Toujours plus d’expérience 

Une situation qui n’est pas choisie par les principaux concernés. « J’ai toujours vécu avec mes parents, malheureusement, avoue Giacomo. Notre génération est numérique, créative, avec assez d’outils, mais ce qui nous manque, c’est un peu de temps pour montrer notre valeur. »

Le marché du travail italien peut offrir des perspectives mais exige souvent un vécu professionnel : « C’est un cercle sans fin : il n’y a déjà pas beaucoup de travail, ils demandent de l’expérience, mais on n’en a pas car on vient de finir nos études, explique Silvia. Les formations sont très académiques et peu pratiques, ça me stresse beaucoup ».

 

Notre génération est numérique, créative, avec assez d’outils, mais ce qui nous manque, c’est un peu de temps pour montrer notre valeur. 

 

Entre désengagement et attentes politiques

Dans une interview, l’acteur Pietro Castellitto analyse : « Les jeunes d’aujourd’hui voient leur avenir comme un livre dont les pages sont déjà écrites, alors qu’à l’époque, les jeunes avaient devant eux uniquement des pages blanches. Nous sommes tous résignés ». Pour les dernières élections présidentielles de 2022, le taux d’abstention chez les 18-34 ans s’est élevé à 43%. « Les jeunes ne sont pas très engagés et moi je ne suis pas trop intéressée par la politique », confirme Benedetta.

Pourtant, parmi les jeunes interrogés, d’autres affirment vouloir changer les choses. « Voter reste une façon de protester, expose Silvia. Pour moi, les jeunes veulent faire des choses nouvelles, nous voulons travailler et nous sommes fatigués d’accepter les conditions actuelles : nous nous en contentons plus. » Laura reconnaît : « Je n’aime pas la vision très négative de beaucoup de jeunes de dire que voter ne change rien. L’Italie est un pays avec beaucoup de potentiel mais qui se laisse aller ». La solution : écouter davantage les jeunes, plaident-ils, unanimes.

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