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RUBENS - L’artiste flamand au coeur italien

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 22 décembre 2015

Un Noël, une oeuvre artistique symbolique de cette période de l'année. C'est le pari de la ville de Milan, qui chaque année en décembre expose, en partenariat avec Intesa Sao Paolo et Civita, une oeuvre susceptible de rassembler. L'adorazione dei pastori de Rubens est à l'honneur, au Palazzo Marino jusqu'au 10 janvier 2016, tous les jours de 9h30 à 20h. Entrée libre. L'oeuvre montre la venue des pasteurs à la naissance du Christ. L'occasion de découvrir l'histoire intime de l'artiste avec l'Italie.



 « Rubens et l'Italie, c'est un amour qui ne finit jamais ». Anna Lo Bianco, la commissaire de l'exposition, exprime ainsi une vérité qui éclairera toute la carrière de l'artiste flamand. Si Rubens est fasciné par l'Italie, le pays le lui rend bien. Pour les Italiens, Rubens, de son vrai nom Peter Paul, devient Pietro Paolo, son nom d'adoption.
L'adorazione dei pastori est une ?uvre fondamentale. L'ultime peinture de Rubens avant qu'il ne quitte l'Italie. « Elle condense (ou concentre ou synthétise) toutes ses pensées, tout ce qu'il a vu, connu durant son séjour italien de 1600 à 1608 » explique Anna Lo bianco. Jeune, Rubens a étudié la culture antique, les philosophes Tacite et Ovide. Son expérience italienne a rendu réelles, visuelles ses connaissances qui n'étaient que théoriques. En Italie, Rubens rencontre le travail de Michel-Ange, du Titien, de Raphaël et de Caravage. Une cohabitation artistique avec les plus grands qui fera la force et la signature de Rubens : sa capacité à utiliser le monde classique de façon moderne.

 
Le Christ Soleil

 « Rubens était un homme de paix, un catholique pratiquant », souligne Anna Lo Bianco. C'est donc naturellement, instinctivement, que la religion anime sa créativité et régit son oeuvre. L'adorazione dei pastori, conservée à la pinacothèque civique de Fermo, est fondée sur le second chapitre de l'évangile de Saint Luc, qui raconte le rassemblement des pasteurs afin d'assister à la naissance du Christ. Le tableau de Rubens est fortement influencé par le récit de Saint Luc. Ce dernier est considéré comme le premier iconographe. Ses écrits sont très descriptifs et ont une puissance visuelle et esthétique.



L'oeuvre, datant de 1608, est construite en cercles, comme des ondes qui se propagent. La force centrifuge et centripète du tableau est le Christ lui même. Illuminé de la grâce de Dieu. Une lumière spirituelle et métaphorique qui émane de son corps en rayon. Un Christ solaire, donc, autour duquel tournent et prennent vie les autres personnages. Au plus proche de Christ soleil, se tient la vierge Marie. La seule à se nourrir pleinement de l'énergie lumineuse du Christ. La bouche de Marie est entrouverte et symbolise ainsi le souffle de la vie transmise. Se dessine ensuite un deuxième cercle, qui comporte le pasteur vêtu de rouge, qui semble vouloir partager son étonnement avec le pasteur à ses côtés, et une vieille dame. On remarque aussi une jeune femme et Saint Joseph derrière Marie. Enfin, le dernier cercle intègre le public, par le biais du pasteur de gauche, dont le corps est coupé, comme s'il continuait à l'extérieur du tableau. Celui-ci se couvre les yeux, ébloui, comme nous, par l'éclat du Christ. « Une oeuvre splendide », « merveilleuse », les éloges du public ne manquent pas. Les visiteurs non plus. Ils sont en moyenne 2500 par jour.

 « Aucune oeuvre, peu importe sa grandeur, le nombre et la diversité des choses qu'elle contient, n'a encore surpassé mon talent ».

 « Les couleurs sont vénitiennes, la lumière caravagesque et les corps classiques », explique Valentina, guide au Palazzo Marino. Pour l'élaboration de son oeuvre, Rubens s'est imprégné de l'art classique avant de s'en emparer. Sa Marie est inspirée d'une Nuebe, statue grecque, trouvée à Rome en 1583. Une Marie antique, qu'il a revêtue de vêtements contemporains. Même procedé pour le pasteur paré d'une tunique rouge. Directement puisé d'une sculpture nommée « pasteur assis », retrouvée dans la collection des Médicis, et datant du 1er siècle après J.C. L'adorazione dei pastori toute entière, ressemble fortement à La Notte de Correggio. Rubens l'a transformée, l'a rendue plus baroque dans la lumière et dans le mouvement. Disposer des oeuvres classiques et oser les changer traduit une grande liberté, propre à Rubens. L'artiste avait la confiance absolue de ses commanditaires. A cette époque, les artistes étaient par exemple rémunérés au nombre de personnages qu'ils peignaient. Pas Rubens. Pour L'adorazione dei pastori, les autorités religieuses de Fermo lui ont donné carte blanche. Rubens réalisera son oeuvre en seulement 3 mois. Un exploit. Rubens écrira d'ailleurs dans une correspondance à William Trumbull, diplomate anglais : « Aucune oeuvre, peut importe sa grandeur, le nombre et la diversité des choses qu'elle contient, n'a encore surpassé mon talent ».

L'histoire cachée du tableau

« L'oeuvre dégage une lumière, une tendresse, une douceur, indispensables par les temps qui courent », dit, émue, Graziella, 51 ans. Si l'esthétique est sacrée chez Rubens, c'est parce qu'elle est au service de Dieu. Dans son oeuvre, l'artiste ne cesse de transmettre des messages pieux. Tout d'abord à travers les pasteurs. L'adorazione dei pastori est à mettre en miroir avec L'adorazione dei magi. Les mages, apportent au Christ des cadeaux précieux : or, encens et mirre.  Les pasteurs : leur seule foi. Encore plus précieuse.


L'histoire cachée du tableau, est détenue par les deux femmes qui entourent Marie. Elles symbolisent le Protévangile de Jacques, texte qui traite des faits précédant la naissance de Jésus. Celui-ci raconte que lorsque Marie était sur le point d'accoucher, Saint Joseph s'est mis à la recherche d'une obstétricienne, incarnée par la vieille dame. Celle-ci, après avoir assisté au miracle de la naissance du Christ, rencontre sur son chemin une jeune femme à qui elle dit avoir vu une femme vierge donner la vie. La jeune femme n'y croit pas et veut vérifier, elle pose alors ses mains sur le vagin de Marie. La punition divine est immédiate : ses mains brûlent. Mais le pardon divin est instantané. La jeune femme saisit l'enfant et ses souffrances sont guéries.
La figure féminine et sa représentation sont fondamentaux dans toute l'oeuvre de Rubens. « Le tableau transmet un sentiment de sérénité, mais je préfère les nus de Rubens ! », s'exclame Louisa, 60 ans. Un thème moins catholique, mais tout aussi sublime.
« Ce qui m'émeut le plus, c'est la capacité avec laquelle l'oeuvre résiste au temps », souligne Federico, 41 ans. Plus de 300 ans après sa mort (en 1640), Rubens existe encore. Comme disait Malraux, « l'Art est un anti-destin ».
Sanaa Nabi (www.lepetitjournal.com de Milan) mardi 22 décembre 2015

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Publié le 22 décembre 2015, mis à jour le 22 décembre 2015
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