Édition internationale

MODE – Jean Patou. Une vie sur mesure.

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 février 2014

La Fashion-Week vient de s'envoler pour Paris. Alors que la semaine dernière, elle faisait vibrer le tout Milan, l'Institut Français Milano accueillait la journaliste française Emmanuelle Polle pour la présentation de son livre Jean Patou. Une vie sur mesure aux éditions Flammarion. Un hommage d'exception, pour un homme d'exception, rendu à l'occasion du centenaire de l'ouverture de sa maison de couture, rue Florentin à Paris.

"La ligne et la simplicité sont mon principal souci"
Dans les années 10, Jean Patou a 27 ans. Il s'intéresse à la mode féminine depuis déjà quelques années. Une mode qu'il entend changer, réveiller. A l'époque, les femmes s'habillent de corsets, se cachent de voiles et se protègent de chapeaux. Sa vision est claire : "La ligne et la simplicité sont mon principal souci". Son premier geste sera de simplifier la ligne pour faciliter la démarche de la femme et en souligner les formes. Il ouvre sa première boutique en 1912. "Parry", rond point des Champs Elysées. L'actrice Geneviève Lantelme et la chanteuse Mistinguette sont tout de suite séduites par ces lignes qui soulignent leur élégance et leur force caractère. "Je ne dissimule pas l'audace de mon geste" déclara le rival de Coco Chanel, quand il baisse la ceinture à hauteur de hanches, transformant la silhouette de ces dames.

Dans les années 20, il prend à la garde-robe de Monsieur le jersey, alors utilisé pour les chemises, et en fait des sweaters aux coloris évocateurs qu'il invente lui-même : vert du Nil Patou, bleu Patou, rouge tomate Patou. Il crée des tenues selon son idéal féminin. Le matin, Madame joue au golf en complet jersey, à déjeuner elle porte un chapeau cloche et le soir s'en va danser le charleston.

Mais en 1929, coup de théâtre. "Paris dit adieu à la garçonne" écrit le Washington Post. Patou tue la garçonne en lui cachant les genoux, proposant des vêtements qui allongent la silhouette. Une nouvelle femme, à qui il découvre le dos, voit le jour. Ultra-féminine.

A la fois directeur artistique et directeur financier de sa propre maison de couture. A la fois, styliste et coloriste, Jean Patou est aussi parfumeur. En 1925, il lance sa collection de parfums. Un pour chaque femme : "amour, amour" pour les blondes, "adieu sagesse" pour les brunes et "que sais-je ?" pour les rousses. Trois ans plus tard, il est le premier à lancer un parfum unisexe. Mais évidemment, c'est pour "Joy", concentration absolue de roses et de jasmin, et son flacon art déco et sa signature équivoque : "Le parfum le plus cher au monde" - et non le plus cher du monde - que le monde de la mode s'enflamme.


1914-2014 : La maison Patou célèbre son centenaire
Le 1er juin 1914, Jean Patou Haute Couture ouvre ses portes au 7 rue Florentin - près de la Concorde comme précisé sur le papier à entête ? dans le cadre extrêmement classique d'un hôtel particulier parisien.
Jusqu'à sa fermeture en 1987, c'est à cette même adresse que la griffe fait son succès auprès des dames du monde entier. Une maison qui voit entre autres passer des grands de la Haute Couture d'aujourd'hui comme Christian Lacroix, Karl Lagerfield ou encore Jean-Paul Gaultier.

Cette année-là, Jean Patou est mobilisé la semaine même de la présentation de la collection. Et s'il s'éloigne de son entreprise pendant 5 ans, il y rentrera à deux reprises pour de soi-disant fragilités de santé. Rétrogradé dans l'armée puis réaffecté sur le front d'Orient, il reviendra inspiré, ses malles chargées de broderies et d'échantillons.

Au 7 de la rue Florentin, c'est au premier étage que les clientes sont reçues exclusivement sur rendez-vous. Un défilé de stars et d'américaines fortunées. En 1925, il ouvre en rez-de-chaussée sa première boutique avec "Le coin des sports". Les joueuses de tennis Helen Wills et Suzanne Lenglen seront ses ambassadrices. L'année précédente, Patou s'était rendu aux Etats-Unis. Un coup de génie médiatique à l'époque. Il rentre plébiscité par la presse américaine qui le qualifie "L'homme le plus élégant d'Europe" et séduit par les mannequins américains : plus grandes, plus sportives, plus modernes. Sur place, il lance une annonce pour un casting. Pas moins de 500 candidates répondent à l'appel. Seulement 6 seront retenues pour la finesse de leurs  chevilles et leur hanches effacées. Ce retour en fanfare ne plaira pas aux Françaises. Et pourtant, rien ne saurait arrêter Jean Patou qui la même année ouvre "Le coin des riens", une boutique dédiée aux accessoires, chapeaux, sacs et foulards. Et bien sûr à sa première collection de parfums. Pas moins de 1.500 personnes travaillent à son service.


Jean Patou. Une vie sur mesure.
Rien ne destinait Jean Patou, né en 1883 dans une famille d'industriels, à la carrière de grand couturier qu'on lui connaît. Mais sa vie, on la découvre sutout grâce au travail d'Emmanuelle Polle à qui les héritiers ont ouvert pour la première fois les archives. Photo après photo, document après document, elle dévoile les coulisses de la maison de couture et nous dresse un portrait de Patou.

De sa famille, il héritera du sens de la vision à long terme et une

certaine idée de la diversification. De sa période militaire, on retiendra son indiscipline. Homme à femmes sans conteste, on lui aurait connu une fiancée. La princesse italienne Arrivabene dont finalement il dessinera la robe pour son mariage d'avec un autre homme !

Très cultivé, lecteur d'Anatole France et de Pierre Lotti, Jean Patou est comme les hommes chics de son temps, passionné par la vitesse. Il aime les voitures mais aussi sa navette Atout III, en référence aux jeux de cartes. C'est en homme pressé qu'il meurt en 1936.

A l'occasion de ce centenaire, se tiendra en octobre une exposition qui lui sera dédiée à la cité de l'Architecture à Paris. Et à l'automne 2014, les amoureux des parfums Jean Patou découvriront le nouveau Joy et la réédition de ses anciens parfums emblématiques.

Sophie Her (lepetitjournal.com de Milan) ? jeudi 27 février 2014

Crédit photos : DR Archives Jean Patou

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Publié le 27 février 2014, mis à jour le 27 février 2014
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