

Les Jeudis de l'Histoire vous font découvrir ce mois-ci Bettino Ricasoli, homme politique italien. Un des fondateurs de l'union nationale. Grand réformateur et souvent en avance sur son temps, il deviendra le Président du Conseil du jeune Royaume d'Italie.
Bettino Ricasoli naît à Brolio, près de Florence, le 9 mars 1809. Il est le fils d'Elisabetta Peruzzi et du baron Luigi Ricasoli. Un père qu'il connaitra peu puisqu'il mourra l'année de son septième anniversaire. Comme beaucoup de fils de la noblesse toscane, il intègre le prestigieux collège Gigoni de Prato, au Nord de Florence. C'est de cette époque, que lui vient sa passion pour les sciences naturelles et physiques.
Dans la famille, il est d'usage d'envoyer à la fin de leurs études les jeunes voyager dans les principales capitales européennes. Entre toutes les villes visitées, Paris et la France leur laisseront toujours d'excellents souvenirs.
Un grand réformateur
A peine âgé de 20 ans, Bettino Ricasoli regagne la Toscane. Après son mariage avec Anna Bonaccorsi, il se retire dans le domaine familial de Brolio, où il entreprend un travail de rationalisation de l'exploitation selon les principes de l'agriculture moderne. Ses réformes ne se limitent pas à l'amélioration de la culture des terres. Elles intègrent également une innovation sociale. Une sorte de sécurité sociale et une retraite avant l'heure ! Ses paysans peuvent compter sur un maintien partiel de leur salaire en cas de maladie et d'une petite rente pendant leur vieillesse.
En 1847, Ricasoli, connu pour son engagement religieux, conduit le journal La Patria dans une première bataille politique. Il somme le Grand-Duc de Toscane d'initier une série de réformes administratives et de reconnaître la liberté de culte à toutes les religions. La même année, Ricasoli est envoyé par le Grand-Duc à Turin, auprès du Roi de Piémont-Sardaigne. Sa mission consiste à demander au Roi Carlo Alberto une médiation avec le Pape pour résoudre pacifiquement un différent entre la Toscane et Modène.
De l'exil au poste de ministre
Alors que des mouvements insurrectionnels éclatent dans la péninsule en 1848, Ricasoli soutient l'intervention de la Toscane en compagnie du Piémont de Carlo Alberto face à l'Autriche. Mais quand la révolte éclate également à Florence, le peuple chasse le souverain. Ricasoli, rendu amer par la conduite de la foule, se retire dans ses terres de Brolio. Il dénoncera l'attitude démagogique des organisateurs de l'insurrection.
Son exil ne s'achèvera que le 27 avril 1859, après la deuxième guerre d'indépendance qui verra Leopoldo II renoncer à la Toscane. A Florence, un "gouvernement provisoire de libération" s'installe. Bettino Ricasoli devient alors ministre de l'intérieur et entame une série de réformes libérales de l'administration d'Etat. Il demande également l'union de la Toscane au Royaume de Sardaigne.
Cette volonté d'unifier le pays crée un désaccord avec le Conte de Cavour, chef du gouvernement du Royaume du Piémont et futur premier Président du Conseil de l'Italie unifiée. Pas encore convaincu de l'idée d'unifier la péninsule dans son entier, Cavour destinait la Toscane comme récompense à Napoléon III, Empereur des Français. Il pensait même y installer au pouvoir son cousin Gerolamo.
Afin de s'opposer plus efficacement à ce projet, Ricasoli donne vie au journal La Nazione (encore publié de nos jours). En qualité de ministre de l'Intérieur, et sans attendre les instructions de Turin, il publie un plébiscite. La population se prononce alors de manière claire en faveur de l'union de la Toscane au Piémont. Ces résultats provoquent la colère de Cavour qui craint en retour que la France mette fin à son alliance avec le Piémont.
Vers l'Unité italienne
Après l'accord de Paix de Villafranca du 12 juin 1859, qui cède la Vénétie à l'Autriche et met fin à l'alliance entre le Piémont et la France, Cavour se convainc que l'unification est désormais inévitable et souhaitable. Pour faire avancer le processus, l'Homme d'Etat piémontais demande à Bettino Ricasoli, toujours en charge du ministère de l'Intérieur du gouvernement provisoire toscan, la convocation d'un nouveau plébiscite. Celui-ci sanctionne l'annexion au Royaume de Piémont-Sardaigne. Après l'annexion, le gouvernement de Turin décide de nommer Ricasoli gouverneur de la Toscane, charge qu'il occupera jusqu'au 12 juin 1861. Il se voit, ensuite, proposer le poste de Premier ministre du nouveau Royaume d'Italie, à peine unifié. Mais l'aversion pour les complots politiques et l'opposition de Rattazzi, homme de gauche anticlérical, le contraignent presque immédiatement à la démission.
Ricasoli est rappelé en 1866 afin de former un nouveau gouvernement à la veille de la troisième guerre d'indépendance. Les désastreuses conclusions du conflit, qui réintègreront cependant la Vénétie à l'Italie aux dépends de l'Autriche le forcent une nouvelle fois à la démission.
Retour en Toscane
De retour définitivement dans son domaine près de Florence, il ne manque pas de faire connaître son avis sur les différentes questions qui font l'actualité du nouvel Etat italien. Il se montre très critique quant aux rapports du jeune Royaume d'Italie au monde catholique en italien général, et du Saint-Siège en particulier.
Bettino Ricasoli décède le 23 octobre 1880 au domaine de Brolio, entouré par l'affection de ses paysans, certain d'avoir fait tout son possible pour la cause italienne. Les réformes agricoles qu'il a initiées portent encore leurs fruits aujourd'hui puisque la propriété de la famille Ricasoli produit toujours un vin de bonne qualité.
Dott. Marco Baratto, Directeur Général du Souvenir Français en Italie pour LePetitJournal.com de Milan - jeudi 10 janvier 2013
Dans la même série, lire aussi :













































