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French Dispatch, Illusions Perdues, Eiffel, France : pourquoi voir ces films

Par Monica La Rivière | Publié le 10/11/2021 à 20:52 | Mis à jour le 10/11/2021 à 21:16
Photo : Léa Seydoux dans le film France
Léa Seydoux dans le film France

Tout juste débarqué en salle à Milan French Dispatch de Wes Anderson en hommage au New Yorker. C’est le dernier d’une série de films sortis en 2021 qui approchent de près ou de loin la profession de journaliste, mettant en vedette des stars du cinéma, et pour la plupart français :  Illusions Perdues, Eiffel, France. La rédaction les as tous vus et vous livre son avis.


Dans Illusions perdues et Eiffel, des journalistes sans foi ni loi

Au XIXème nous sommes encore loin des enquêtes journalistiques à la Spotlight ou Watergate ou des magnats de la presse comme Citizen Kane. Les journaux sont encore quelques feuillets alimentés d'illustrations souvent caricaturales et signés de plumes littéraires qui profitent ouvertement de leur pouvoir de conviction sur le public pour en tirer un gain personnel. C'est le cas pour Illusions Perdues et Eiffel.

On sait que les fake news et la corruption ne datent pas d'hier. Illusions perdues de Xavier Giannoli, - dont la sortie est prévue le 30 décembre en Italie -, belle fresque d'époque inspirée d'un récit de Balzac, en est un bon exemple. Lucien (Benjamin Voisin) est un jeune poète venant de la campagne, qui tente sa chance à Paris. Il fait la connaissance d'un journaliste (Vincent Lacoste) qui l'introduit dans sa rédaction et l'initie au métier : celui de manipuler les nouvelles au gré du client le plus payant (parmi les clients un puissant éditeur joué par Depardieu). Ici on parle de critiques de livres ou de pièces de théâtre. Un pouvoir que notre jeune poète exploitera sans règles pour s'enrichir rapidement, mais il en sera lui-même victime. À noter la présence fascinante de Xavier Dolan dans le rôle d'un écrivain mondain et narrateur du récit.

 


La construction de la Tour Eiffel de son côté a bien alimenté les journaux de l'époque et la presse n'a pas toujours pris le parti de son concepteur. Le projet ne plaisait ni aux riverains ni aux artistes, bien qu'il ait conquis le jury du concours pour l'exposition universelle de 1889. Ceci dans la réalité. Dans le film Eiffel, attendu à Milan en mai prochain, l'ingénieur Gustave Eiffel reprend contact avec un ami journaliste, connu au collège, qui va l'aider à promouvoir le projet auprès du public et du jury jusqu'au jour où ce dernier découvre qu'entre sa femme Adrienne et Eiffel renaît un amour de 30 ans plus tôt.

À partir de ce moment-là le journaliste se range aux côtés des protestataires et menace sa femme d'influencer par sa plume les autorités pour bloquer la construction de la Tour si celle-ci le quitte. Pure fiction, mais Adrienne a vraiment existé et elle aurait inspiré la forme d'un A de la Tour Eiffel. Film romantique avec un bon Romain Duris et une Emma Mackay prometteuse.

 

 

De France à French Dispatch, du narcissisme à l'empathie

La déontologie invoque l'impartialité du journaliste mais elle n'exclut pas le narcissisme ou l'empathie de certains. Le film France (à voir les 13 et 14 novembre, en v.o. au Cinemino) met en vedette une journaliste de notre époque, icône de la tv personnifiée par une superbe Léa Seydoux. France, tout en étant une reporter courageuse et passionnée par son métier, n'hésite pas à théâtraliser les scènes de guerre ou de réfugiés dans lesquelles elle s'offre le rôle de star. Un évènement dans sa vie quotidienne va la plonger dans une remise en question sur le métier. Elle se fera berner elle-même par la presse. Mais c'est pour mieux se relever, sur une base plus empathique.

 


Empathie et clarté sont les préceptes du French Dispatch, le supplément international d'un quotidien américain qui a établi son siège en France à Ennui-sur-Blasé (Angoulême a servi de décor).
Wes Anderson rend hommage au magazine New Yorker qu'il a collectionné depuis sa jeunesse. Il a fait siens les journalistes et s'est inspiré d'eux pour créer ce film de fiction. Bill Murray est un excellent rédacteur en chef qui respecte ses journalistes tout en conservant son charisme cinglant. On y retrouve aussi Owen Wilson, Frances Mc Dormand, Tilda Swinton, qui incarnent les journalistes et les personnages de leur articles : Adrien Brody, galeriste visionnaire, Benicio del Toro, artiste fou en tôle, Léa Seydoux, sa geôlière et modèle, Timothée Chalamet, un jeune étudiant de mai 68, Mathieu Almaric, un commissaire des années vingt. L'histoire se déroule selon quatre articles- tableaux fantaisistes et hilarants sur une cinquantaine d'années et se conclut avec la mort du rédacteur en chef au début des années 70. On arrêterait chaque photogramme pour mieux jouir de la mise en scène d'Anderson.

 



Pour les fans de Wes Anderson rappelons le Bar Luce de la Fondation Prada de Milan, décoré par le réalisateur américain.

 

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Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Milan.

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