Les expatriés au bord de la crise de… burn-out

Par Damien Bouhours | Publié le 06/07/2022 à 18:00 | Mis à jour le 06/07/2022 à 18:00
Un expatrié en burn-out

Dur, dur d’être un expat. D’après une étude récente, la pandémie a bouleversé les expatriés qui sont de plus en plus nombreux à souffrir de burn-out et à avoir revu leurs priorités de vie. De quoi remettre en cause l’idée même d’une mobilité internationale ?

 

Le syndrome d'épuisement professionnel ou burnout toucherait environ 30.000 personnes en France. Un chiffre en constante augmentation auquel s’ajoutent les centaines de milliers de personnes en détresse psychologique au travail. La pandémie, l’isolement avec la famille et le stress lié à une situation économique plus instable sont autant de facteurs aggravants qui touchent de plein fouet les expatriés. L’étude réalisée par la compagnie d’assurances Cigna a posé la question essentielle du bien-être à 11.922 personnes à travers le monde.

 

Une expatriée stressée et en burn-out

 

Les expatriés stressés ou en burn-out

L’impossibilité de voyage, l’éloignement avec la famille, les longues quarantaines, les pertes d’emploi… autant de facteurs qui ont impacté les expatriés du monde entier. Et même si la situation retrouve une certaine normalité dans la plupart des pays, l’impact psychologique perdure. 90% des expatriés interrogés par l’étude se disent stressés contre 77% des personnes ne s’étant pas expatriées. Chiffre encore plus inquiétant : 98% des expatriés disent présenter des symptômes de burn-out et 89% se disent « toujours sur le qui-vive ». 87% des expatriés se disent se sentir impuissants, piégés ou vaincus et 86 % se sentent détachés ou seuls au monde, contre respectivement 68% et 64% des non-expatriés. L’instabilité du marché de l’emploi inquiète particulièrement les expatriés dont le visa est lié à la situation professionnelle. De nombreux expatriés s’angoissent pour leur situation financière sur le long terme. Seuls 33% des personnes interrogées estiment avoir suffisamment d'économies pour leur retraite.

 

Une expatriée stressée

 

La tranquillité d’esprit en s’expatriant moins loin

Alors devant tout ce stress généré par l’expatriation, quelles sont les perspectives de la mobilité internationale ? « De nombreux expatriés ont vu leur style de vie complètement bouleversé par l'expérience de la pandémie, séparés de leur famille, de leurs amis et de leurs collègues. Le défi consiste maintenant à repenser l'opportunité d'expat afin de refléter les expériences et les nouvelles priorités de ceux qui vivent à l’étranger. », explique Jason Sadler, président des marchés internationaux chez Cigna.

 

L'accent mis sur la possibilité de voyager et de rendre facilement visite à ses proches devrait perdurer

 

73 % des expatriés ont d’ailleurs déclaré avoir passé du temps à réévaluer leurs priorités de vie depuis le début de la pandémie, et 76 % ont déclaré que la proximité de la famille et des amis était plus importante qu’avant. Le désir de se rapprocher de la famille est ainsi la priorité numéro 1 des expatriés de longue date. L’expatriation s’imaginerait donc davantage vers des pays limitrophes ou en Europe. « Au cours des dernières années, nous avons vu des personnes choisir des postes plus proches de chez elles, en délaissant les destinations "long-courriers" des expatriés au profit de postes plus localisés et régionaux. Les souvenirs de voyages restreints étant appelés à perdurer dans un avenir prévisible, l'accent mis sur la possibilité de voyager et de rendre facilement visite à ses proches devrait perdurer. », résume Michelle Leung, responsable des ressources humaines, Cigna International Markets.

 

Une famille d'expatriés

 

Qualité de vie contre finances, les expatriés n’ont plus les mêmes priorités

La qualité de vie (sécurité, accès aux soins…) supplante même le critère financier dans le choix de la destination d’expatriation. Même dans le choix d’un travail, les valeurs de l’employeur sont de plus en plus importantes pour les expatriés et les candidats à la mobilité. « À partir de maintenant, il est probable que les organisations devront réévaluer la façon dont elles structurent les affectations des expatriés. Les besoins personnels et familiaux sont désormais au premier plan de la prise de décision et cela peut avoir un impact sur les avantages que les expatriés privilégient lors du choix de leurs futurs rôles. », précise Arjan Toor, responsable de la santé individuelle mondiale, Cigna International Markets.

 

Avec une nouvelle génération de jeunes expatriés, il est essentiel qu'ils bénéficient du soutien dont ils ont besoin pour réussir

 

L’expatriation fait toujours rêver les jeunes et … les expatriés

Malgré ces nouvelles attentes et inquiétudes, l’expatriation continue de faire rêver les candidats à la mobilité internationale. 23% des non-expatriés souhaitent tenter l’aventure et en particulier les plus jeunes. 37% des 18-24 ans et 34% des 25-34 ans sont prêts à sauter le pas. Les plus de 50 ans sont plus frileux : 13% sont décidés à quitter leur pays. « Avec une nouvelle génération de jeunes expatriés, il est essentiel qu'ils bénéficient du soutien dont ils ont besoin pour réussir. Il est essentiel que cela comprenne un soutien solide en matière de santé mentale, leur donnant les outils dont ils ont besoin pour être résilients dans un monde encore incertain, ainsi qu'une assurance maladie qui les couvre en vivant et en travaillant dans un monde de plus en plus indépendant du lieu. », insiste le Dr Stella George, médecin en chef, chez Cigna International Markets.

 

Quant aux expatriés déjà sur place, ils ne semblent pas encore prêts à jeter l’éponge. 32% d’entre eux se disent confiants dans le fait qu'ils resteront en tant qu'expatriés pour les deux prochaines années. 14% retourneront certainement chez eux. 54% se disent indécis. La balle est finalement dans le cas des employeurs. Une meilleure considération des attentes mais aussi une vraie prise en charge du bien-être notamment mental de leurs travailleurs internationaux pourraient faire toute la différence.

 

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Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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