Enseigner à l’étranger avec la MLF : Thomas et Christine Pagotto, expatriés au Gabon

Par Capucine Taconet | Publié le 21/12/2021 à 17:45 | Mis à jour le 23/12/2021 à 09:44
école Gabon

Thomas et Christine Pagotto sont enseignants et parents de deux enfants. Après avoir travaillé en métropole pour l’éducation nationale pendant une dizaine d’années, la famille s’est embarquée dans une nouvelle aventure aux côtés de la Mission Laïque Française, destination le Gabon ! Thomas et Christine racontent ce tournant professionnel et familial.

Comment enseigne-t-on au Gabon avec la Mission Laïque Française ? Dans quelles conditions travaillent les professeurs ? Une expatriation en famille au Gabon est-elle envisageable ? Le témoignage de Christine et Thomas répondra à toutes vos questions.

 

Thomas, Christine et leurs deux enfants sur une cascade au Gabon
Christine et Thomas avec leurs deux enfants dans un parc naturel au Gabon

 

Depuis quand êtes-vous enseignants ?

Christine : Je suis enseignante dans le primaire et le secondaire depuis près de vingt ans.

 

Thomas : J’ai entamé une reconversion il y a dix ans, après avoir travaillé dans la politique, j’enseigne désormais en primaire.

 

Quel a été votre parcours professionnel avant d'arriver au Gabon ?

Nous avons travaillé à Paris pendant plusieurs années, mais nous en avons eu marre au bout d’un certain temps et nous avons cherché à quitter la capitale. Nous sommes donc partis nous installer en Ardèche.

 

Christine : Il y a trois ans, une autre belle opportunité est arrivée : la DAZEN nous a proposé de partir aux États-Unis durant un an dans le cadre du programme Jules Verne. Nous avons bénéficié de congés de formation aux États-Unis, une expatriation en douceur qui nous permettait de voir comment nous vivions l’expérience pendant une courte durée, avec les enfants.

 

Thomas : L’expérience a été très concluante donc en rentrant des États-Unis, nous avons cherché à repartir à l’étranger et nous nous sommes longuement renseignés pour étudier les différentes possibilités.

 

Nous avons toujours aimé explorer et découvrir de nouvelles cultures en famille

Y a t- il eu un élément déclencheur pour que vous partiez travailler à l'étranger ?

Christine : Vivre à l’étranger est une idée qui me trotte dans la tête depuis toujours, en réalité. J’ai même choisi d’enseigner l’anglais plutôt que les lettres modernes pour cette raison : je voulais voyager. Avant notre expérience aux États-Unis, j’avais vécu un an en Angleterre, et nous avions voyagé à plusieurs reprises à l’étranger avec nos enfants.

 

Thomas : Nous avons toujours aimé explorer et découvrir de nouvelles cultures, tout comme passer du temps dans la nature. L’expatriation est un mode de vie qui nous a toujours tenté, et après notre année aux États-Unis, nous avons souhaité nous tourner vers une destination plus dépaysante. Lors du salon Éducatis à Paris, j’ai discuté avec les responsables des Ressources Humaines de la Mission Laïque Française qui nous ont donné la brochure d’un de leurs établissements. Laquelle a été mon livre de chevet pendant des mois ! (Rires) L’établissement du Gabon m’a tout de suite interpellé, mais j’avais quelques réticences au départ étant donné qu’il s’agit d’une ancienne colonie française, je voulais m’assurer que la démarche ne s’inscrive pas dans une forme de néocolonialisme. Après différents échanges avec mes futurs collègues en Afrique, j’ai vaincu mes dernières réticences en voyant qu’il y régnait un bon état d’esprit.

 

Un des points qui nous a séduit également dans ce projet est que l’école n’est pas un petit établissement d’entreprise éphémère, mais une grosse école. Elle est mixte socialement. Les enfants scolarisés ne sont pas seulement des enfants de cadres, mais surtout des enfants d’employés. Cela permet à nos deux enfants de douze et quatorze ans d’être scolarisés dans de vraies classes. Nous les avons d’ailleurs largement consultés lorsque s’est présentée cette opportunité de partir vivre au Gabon.

 

Comment se passe le recrutement ?

La Maison Laïque Française ouvre les candidatures pour les postes disponibles en novembre pour la rentrée suivante de septembre. Nous avons dû remplir un dossier en indiquant nos vœux par ordre de préférence en notant les établissements qui nous intéressent. Nous avons signé un contrat de 3 ans pouvant être renouvelé.

 

Nous n’avons pas définitivement quitté l’éducation nationale pour le privé, nous y retournerons à la fin du contrat ou à la fin de notre renouvellement.

 

Les expatriés sont très minoritaires parmi les enfants, les élèves sont sans doute 99% de Gabonais

Quel est le profil des élèves de votre établissement ?

Les expatriés sont très minoritaires parmi les enfants, les élèves sont sans doute 99% de Gabonais. Il y a quelques enfants français qui sont enfants de cadres et quelques expatriés d’autres nationalités. Par exemple, notre fille est la seule expatriée de sa classe.

 

Nous n’avons pas ici de barrière de la langue, car le français est parlé très majoritairement au Gabon, mais dans tous les cas, la politique de la Mission Laïque Française veut que l’on accueille l’enfant dans sa langue maternelle puis qu’on lui enseigne le français et l’anglais.

 

 

Comment s'est passée votre arrivée au Gabon ?

Nous sommes arrivés fin août 2021 et nous avons tout de suite été pris en charge par la Mission Laïque Française. Tout avait été très bien organisé : nous avons été accueillis dès notre arrivée à l’aéroport puis logés à l’hôtel par l’entreprise avant de nous installer.

 

parc naturel Gabon
Parc naturel au Gabon

 

L’enseignement est-il similaire qu’en France ?

Les enseignements du primaire sont calés sur le programme français, seule l’histoire-géographie est adaptée au pays. La matière est d’ailleurs enseignée en anglais. L’avantage est que nous sommes plusieurs enseignants par classe en primaire, nous pouvons donc nous répartir les matières.

 

Thomas : Nous sommes bien dotés en terme de matériel informatique et numérique. Il s’agit d’une de mes spécialités donc c’est un point qui m’intéresse particulièrement. Toutes les classes sont équipées de vidéo-projecteurs, et d’ordi portable. L’entreprise a mis les moyens et les classes sont en effectifs réduits. Les conditions d’enseignement sont donc idéales.

 

Christine : Pour ce qui est du secondaire, l’établissement est géré par l’éducation nationale gabonaise mais homologuée avec la France. L’enseignement au collège est identique à la France, avec quelques adaptations du programme permettant aux élèves de passer à la fois le brevet gabonais et le brevet français. Pour l’anglais, j’aide mes collègues gabonais à s’adapter au cadre européen de langues (système de notation qui classe les niveaux de maîtrise de la langue de A1 à C2, NDLR), ainsi qu’au programme français et au mode d’évaluation des compétences. Pour le reste, rien de très dépaysant, y compris pour nos enfants.

 

Le tourisme n’est pas encore très développé et nous nous retrouvons parfois seuls à arpenter des immenses parcs à la faune et flore abondante

Êtes-vous contents de votre changement de vie ?

Nous avons envie de visiter le pays, pouvoir découvrir en particulier ses parcs nationaux pour lesquels le Gabon est réputé. Le tourisme n’est pas encore très développé et nous nous retrouvons parfois seuls à arpenter des immenses parcs à la faune et flore abondante ! Un tourisme que l’on peut qualifier d’ « insolite », qui nous permet de voir des animaux très facilement.

 

Nous sommes très contents de notre changement de vie. Nous avons eu la chance d’être bien accompagnés par la Mission Laïque Française et en particulier leur plateforme d’échange MLF monde qui nous donne accès à des parcours proposés par des formateurs. La plateforme est à la pointe de la formation et de la vulgarisation des travaux de recherche.

 

Gabon Christine et ses enfants sur un pont de singe

 

Votre intégration a-t-elle été facile ?

Nous sommes assez sociables et curieux donc nous n’avons pas eu de difficultés à nous intégrer. La moitié de nos collègues sont Gabonais ce qui nous permet de ne pas rester qu’entre Français comme nous le souhaitions. Nous essayons aussi de rencontrer des personnes hors de notre cercle de professeurs.Pour l’instant, nous avons surtout rencontré des guides lors de nos randonnées. Étant donné qu’il n’y a pas de sentier balisé, il faut être accompagné lors de toutes les marches. Finalement, la seule difficulté concernant notre intégration a été le Covid et les restrictions qui ne nous ont pas permis d’aller et venir normalement.

 

Comment se passe l’enseignement avec les restrictions Covid ?

Les restrictions liées au Covid-19 étaient très présentes lorsque nous sommes arrivés. Le masque était obligatoire, mais tout s’est ensuite détendu progressivement. Depuis la semaine dernière cependant, nous observons des mesures plus drastiques. Les tests sont devenus payants et il faut être vacciné ou testé pour se rendre au travail. Il y a également un couvre-feu à 21h pour les non vaccinés.

 

L’expatriation se prépare à l’avance et il faut veiller à ne pas la fantasmer

Quels conseils donneriez-vous aux Français qui souhaitent partir enseigner à l’étranger ?

L’expatriation se prépare à l’avance et il faut veiller à ne pas la fantasmer ni couper tous les ponts avec ses proches. Faire preuve d’adaptation est aussi important lorsque l’on se rend dans un pays très différent. Nous avons pris le temps de nous renseigner en contactant plusieurs fois le directeur de l’école et en participant à un job dating organisé sur Facebook par les ressources humaines à propos des questions administratives.

 

 

mission laïque française

La Mission Laïque Française en quelques mots…

À la tête d’un réseau de 108 établissements dans 37 pays, la Mission Laïque française est une association qui fait rayonner l’enseignement français à l’étranger. La MLF recrute ainsi chaque année 200 personnes pour travailler tout autour du globe, dont des enseignants.

Capucine Taconet

Capucine Taconet

Étudiante nantaise expatriée à Paris pour ses études de journalisme. Elle a connu lepetitjournal.com lors d’un échange universitaire à Bogota et rejoint la rédaction internationale en septembre 2021.
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