Mercredi 27 janvier 2021
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Ces Français au service de l’étranger : les félons de la République

Par Damien Bouhours | Publié le 29/11/2020 à 18:00 | Mis à jour le 01/12/2020 à 05:12
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Ils étaient ministre, ambassadeur, haut fonctionnaire, PDG ou même président de la République et ils influencent aujourd’hui d’autres nations. Dans l’ouvrage, Ces Français au service de l’étranger (Plon), Clément Fayol décortique cette fuite de l’intelligentsia tricolore.

 

Clément Fayol enquête sur les réseaux affairistes et d’influence depuis plusieurs années. Dans Ces Français au service de l’étranger, le journaliste d’investigation s’est intéressé à l’élite française qui, une fois le devoir accompli, quitte la France pour conseiller d’autres nations. « Un constat m’a sauté aux yeux sur le mode de fonctionnement des réseaux étrangers. Dans des cas très variés et pour des intérêts des quatre coins du monde, la France est ciblée pour son influence en Europe et dans le monde. Et dans de nombreux cas, les intérêts étrangers s’appuient sur des personnalités françaises de premier plan », nous a expliqué Clément Fayol. Avant d’ajouter : « Un de mes interlocuteurs les appelle les « félons », des personnes très bien connectées grâce à d’anciennes fonctions et qui utilisent leur prestige précédent pour favoriser des ingérences extérieures. » Au rang de ces « félons » célèbres, on retrouve Dominique Strauss-Kahn, Dominique de Villepin, Bernard Kouchner ou encore Nicolas Sarkozy.

 

Une élite méprisée et opportuniste ?

Alors pourquoi ces personnalités reconnues en France quittent l’Hexagone pour animer des colloques ou conseiller des pays dont les positions divergent parfois avec la France ? Pour l’enquêteur, qui a réuni des dizaines de témoignages, « il y a autant de raisons que de cas ». Une multitude de facteurs, certes, mais un déterminant très franco-français : le désamour de la France pour ses élites. Comme le rappelle Clément Fayol, faire partie de l’élite revient à être un privilégié et donc être marqué au fer rouge par les populismes plus ou moins avoués de l’opinion française. Quand les révolutionnaires voulaient la tête du roi, les gilets jaunes veulent celle du 1%. Mais n’est-ce qu’un prétexte de ces élites pour mieux saisir des opportunités financières à l’étranger, et ce sans culpabilité ? « Comment savoir au fond ce qui motive quelqu’un à brader le prestige obtenu grâce à l’effort collectif, aux impôts et institutions ? Dysfonctionnement de nos institutions, appât du gain, naïveté, certitude d’être recruté pour des compétences hors du commun et non dans une volonté d’entrisme. C’est surement un peu de tout ça en même temps. », nous répond l’auteur.

Une France qui brille encore ?

Si le Qatar, la Chine, les Etats-Unis ou encore la Russie font les yeux doux à nos élites françaises, peut-on y voir un signe positif ? Alors que l’on aime dire que le rayonnement français, suivant la formule consacrée, « c’était mieux avant », cette fuite de notre intelligentsia semble prouver le contraire. On peut ainsi lire : « Signe que notre pays pèse sur la scène internationale, il est ciblé par tous les groupes de pression, entreprises, bandes, Etats ou groupe d’intérêts possibles. Qui y voient un marché à pénétrer, un membre du Conseil de sécurité de l’ONU à influencer, une ancienne puissance coloniale à manoeuvrer ou un membre fondateur de l’Union européenne à fléchir ». Avec la fuite de ces élites, c’est également un modèle, des valeurs, un esprit français qui viennent nourrir les places fortes du monde entier.

 

Une trahison ?

A l’heure du tout mondial, de l’échange de bons procédés décomplexé, l’entre-soi autrefois national, s’est libéré de toute frontière et de tout carcan moral. La question est de savoir si ces écarts de nos élites peuvent être considérés comme des traitrises. « Je propose une enquête, avec des faits et des réseaux dévoilés sans chercher à distribuer bons et mauvais points ou qualifier les comportements », souligne Clément Fayol. Il précise tout de même : « S’ils dévoient leur vocation à servir l’intérêt général pour leur intérêt personnel, c’est une nouvelle trahison des clercs ! ».

Mais peut-on y voir une menace aux intérêts de la France ? Clément Fayol nous répond : « C’est une amputation certaine des capacités de la France sur des aspects stratégiques clés. Car même pour ceux qui ne travaillent pas pour des intérêts concurrents, après avoir été formés et obtenus le prestige qui va avec leurs fonctions, il s’agit clairement d’une perte de compétences pour le pays qu’ils avaient vocation à servir. » Servir la France, voici certainement le premier oubli de ceux qui ont préféré, par opportunisme, carriérisme ou par naïveté coupable, quitter le territoire tricolore pour de plus verts pâturages.

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Ces Français au service de l’étranger (éditions Plon) est disponible ici

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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