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Sylvain Petit, SMILO : « les îles sont des territoires vulnérables »

Par Caroline Chambon | Publié le 05/08/2021 à 17:45 | Mis à jour le 05/08/2021 à 17:45
page d'accueil du site de SMILO, vue sur île

Sur les îles de son réseau, la Small Islands Organisation (SMILO) coordonne des projets pour préserver la biodiversité. Sylvain Petit, son président, revient sur les actions menées par l’organisation.

Aux quatre coins du globe, le réseau de la Small Islands Organisation (SMILO) organise et appuie des projets de développement durable pour préserver la biodiversité des îles. Créée il y a cinq ans et regroupant aujourd’hui 25 îles, ils apportent une aide qui va de la subvention de projets à l’action sur place en installant de nouveaux outils et infrastructures. Son président, Sylvain Petit, revient sur le travail de l’organisation, les solutions mises en place et les possibilités d’étendre ces solutions à plus grande échelle.

 

Quel est l'objectif de SMILO ?

L'essentiel de notre action consiste à accompagner les communautés insulaires, à mettre en œuvre des actions concrètes pour le développement durable de leurs territoires. Il s'agit avant tout de méthodologies et d'outils, de diagnostic du territoire. Nous sommes un peu comme un oignon, avec différentes couches. Il y a un conseil d’administration où nous retrouvons des personnes comme Frédéric Tardieu qui, eux aussi, apportent un regard d'expert. Nous avons aussi des bénévoles que nous mobilisons. Nous essayons d'être l'interface entre les îles.

 

L'île de Pangatalan aux Philippines
L'île de Pangatalan, aux Philippines, possédée par Frédéric Tardieu. 

 

Il n'y a pas mieux qu'un insulaire pour partager du savoir avec un autre insulaire. Nous essayons de former des gens sur ces îles. Nous communiquons, nous partageons des savoir-faire, dans le montage gestion, le suivi de projets. Il y a un label, qui est le couronnement de cette dynamique que nous essayons d'encourager. L'objectif est de pouvoir labelliser des territoires. Enfin, nous essayons de sécuriser des fonds pour les îles afin d'accompagner ces communautés. C'est un pot commun pour les îles qui obtiennent le label SMILO, qui leur donnent accès à des subventions allant de 3.000 à 50.000 euros.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à regrouper toutes ces initiatives?

Nous sommes partis d'un constat qui est largement partagé : les îles sont des territoires vulnérables à des enjeux comme ceux du changement climatique. Elles sont souvent décrites comme menacées. Tous les gens qui étaient à la genèse de SMILO avaient une relation plus ou moins forte avec les îles. Nous étions tous conscients qu'il y avait dans ces îles de l'art, de la résilience et de la durabilité.

L'idée était de pouvoir, sur les îles, aller chercher des solutions, des exemples pratiques et concrets de ce que pouvait être le développement durable. Sur ces îles, souvent, il y a des acteurs, des individus, des organismes qui font front aux changements en fonction de la transition écologique, de la protection de la biodiversité. Nous pensons que ces territoires sont intéressants à ce titre-là, qu'ils peuvent être des exemples, pas simplement pour d'autres îles, mais plus largement pour tous.

 

L'île de Port-Cros, dans le Sud-Est de la France
L'île de Port-Cros, dans le Sud-Est de la France. 

 

Vous parliez du fait que les îles sont des territoires vulnérables. Quelles sont les principales problématiques auxquelles les îles sont confrontées ?

Toutes les problématiques liées au changement climatique mettent en péril le patrimoine naturel, culturel et social. Il y a également des menaces que l'on retrouve partout, comme les différentes pollutions liées aux déchets et à l'eau. Les îles sont sensibles aux invasions biologiques. Nous entendons beaucoup parler dans le Pacifique de l'élévation du niveau de la mer. En Méditerranée, la pression foncière est un grand sujet. De manière générale, il y a une difficulté à gérer des ressources naturelles sur les îles, car elles constituent un espace fermé. La question de l'accès à l'eau est souvent évoquée, ainsi que celle de l'accès à l'énergie et du traitement des déchets.

Les problématiques des îles ne sont donc pas des problématiques qui leur sont spécifiques, mais qui, compte tenu de leur caractère fermé, sont plus exacerbées et concentrées. Les ressources sont souvent limitées, il peut y avoir un manque d'accès à la technologie, mais aussi de capacités humaines parfois, de compétences. Tous ces éléments de solution sont des ressources qui sont parfois réduites sur les îles. Ces îles qui sont menacées, sous pression, mais sont aussi des territoires porteurs de solutions.

 

Quel est le coeur de l’action de SMILO en tant que réseau ?

Le point central de notre action est que nous sommes sur des îles. Nous parlons de territoires, ce sont aussi des personnes qui vivent sur ces territoires. Il y a ici une spécificité des îles : des liens souvent très forts, au cœur de la résilience des îles. Il y a un enjeu très fort de bonne gouvernance de ces territoires. Il ne s'agit pas de la chose la plus concrète, visible et palpable que nous fassions, mais le fait d'inviter les parties, de saisir les pouvoirs publics et privés, les entreprises et toute la société civile, et donc les habitants, est une part essentielle de notre action. Nous essayons de construire une vision et des objectifs réunis dans un plan stratégique, d'être force de négociation, d'avoir un rôle de neutralité, de gagner la confiance de ces acteurs et de les réunir.

 

Quels types d'actions menez-vous sur le terrain ?

SMILO est un réseau d'îles qui mettent en œuvre des actions concrètes pour le développement. Nous encourageons les dynamiques positives avec des investissements concrets. En ce moment, nous menons des actions de qualification et de quantification des projets en eaux usées, pour proposer des pistes en termes de traitement, comme l'installation de filtres en roseaux plantés, notamment dans le sud de la France, à Saint-Honorat. Nous travaillons à la réhabilitation de citernes pour la collecte d'eau publique, pour accompagner une agriculture qui souffre d'un manque d’eau. Dans l'archipel des Kerkennah (Tunisie), certaines de ces citernes sont là depuis l'époque de Carthage.

 

Archipel des Kerkennah en Tunisie
L'archipel des Kerkennah, en Tunisie. 

 

Sur la thématique des déchets, nous avons pu travailler sur des solutions de substitution aux plastiques à usage unique. Récemment, nous avons lancé une campagne sur les îles d'Hyères, dans le sud de la France : Porquerolles, Port-Cros et le Levant. Des objets fabriqués en cannes de Provence viennent se substituer au plastique à usage unique. Ces déchets sont fabriqués localement, réutilisables et compostables. Nous replantons de la mangrove à Sao Tomé-et-Principe, ou encore du palétuvier au Sénégal. L'enjeu n'est pas simplement de reboiser certaines zones, mais aussi de proposer toute une campagne de sensibilisation à l'usage du bois dans la cuisine de tous les jours.                                                                              

 

Comment financez-vous vos projets ?

Nous essayons de mettre en oeuvre un pot commun, dans lequel SMILO est une interface entre des acteurs de terrain sur ces îles, principalement des associations, et des plus gros bailleurs, publics comme privés. Il s'agit par exemple du Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM) ou de l'Agence Française de Développement (AFD), ou encore la Fondation du Prince Albert II de Monaco. Nous essayons de canaliser certains financements pour les mettre dans notre Fonds pour les îles. Après avoir prouvé qu'elles ont mis en œuvre une dynamique positive, les îles ont accès à ces fonds-là. Nous existons depuis cinq ans : nous sommes donc encore en train de tester des solutions afin de financer ces actions concrètes et pragmatiques.

 

Quels enseignements tirez-vous des actions menées sur ces îles et des évolutions qu'elles ont connues ?

Les petites îles sont des endroits qui ont moins de ressources, une concentration des problèmes, mais qui sont capables de mettre en marche ce développement durable. Il s'agit réellement du message que nous essayons de retirer et de transmettre. Ce sont des endroits assez emblématiques, qui sont dans l'imaginaire de tout un chacun. Les îles ont quelque chose de mythique : elles sont belles et lointaines, on s'imagine des palmiers ou des cocotiers. Nous essayons de surfer sur cet imaginaire positif et de prouver que ces territoires-là se prennent en main, font des choses et incarnent cette transition, ce besoin de changement qui est fondamental pour pouvoir protéger nos ressources naturelles à tous.

 

L'île de Palmaria, à côté de l'Italie
L'île Palmaria, en Italie. 

 

Nous essayons également de prouver qu'il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup d'argent. Il y a des changements qui peuvent se faire au niveau des comportements, grâce à des petites actions concrètes. Nous donnons la parole aux insulaires, afin qu'ils puissent communiquer entre eux. Nous trouvons des solutions low-tech, compréhensibles de tous et qui sont force d'inspiration.

Caroline Chambon

Caroline Chambon

Etudiante en relations internationales à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, Caroline a rejoint lepetitjournal.com en mars 2021 en tant que stagiaire à la rédaction.
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