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Campus France : "L’attractivité de la France progresse trop lentement"

Par Justine Hugues | Publié le 11/03/2019 à 18:00 | Mis à jour le 11/03/2019 à 18:36
Photo : Béatrice Khaiat, directrice générale de Campus France © Campus France
Campus France attractivité des étudiants étrangers Bienvenue en France

D’après une étude réalisée par Campus France, le nombre d’étudiants étrangers dans les universités françaises a augmenté de 4,6% en un an, la plus forte hausse annuelle des cinq dernières années. Une hausse encore insuffisante pour Béatrice Khaiat, directrice générale de Campus France 

 

lepetitjournal.com : Que faire pour que la France conforte sa quatrième place en termes d'accueil d'étudiants étranger, dans un environnement universitaire international de plus en plus concurrentiel ?

Béatrice Khaiat : Les données publiées par l’UNESCO permettent d’établir des comparaisons mondiales. On voit que le nombre d’étudiants étrangers en France a augmenté de 2% entre 2015 et 2016 (derniers chiffres connus), alors que dans le même temps le nombre d’étudiants en mobilité dans le monde augmentait lui de 6%. L’attractivité de la France progresse donc, mais lentement, trop lentement si on la compare aux autres pays. Allemagne, Russie et Canada nous talonnent dans le classement et pourraient nous dépasser. La France décroche également en Europe en attirant moins d’étudiants en échange (Erasmus) : les étudiants ont du mal à se loger et à s’intégrer dans des formations qui sont rarement enseignées en anglais. C’est tout l’objectif du plan « bienvenue en France » annoncé par le Premier Ministre en novembre 2018 que de fixer une stratégie claire, de simplifier les procédures de visa, d’améliorer l’accueil des étudiants étrangers en France, de développer les formations en anglais et en français langues étrangères, et de communiquer largement autour de l’excellence de nos établissements. Ceux parmi les étudiants internationaux (en licence ou en master) qui en ont les moyens paieront des frais d’inscription différenciés qui correspondent au tiers du coût global de leur formation. Cela permettra de financer une nécessaire amélioration des dispositifs d’accueil.

 

En mai 2018, vous indiquiez dans une interview que le faible niveau des frais de scolarité pratiqué dans les universités françaises était un atout. Comment dès lors expliquer que vous souteniez aujourd’hui la multiplication par 10 (voire plus pour une licence) des frais de scolarité, laquelle pénalisera de fait de nombreux étudiants d'origine modeste ?

Les étudiants extra-communautaires vont participer à un tiers seulement du coût de leur formation, l’Etat continuant à en prendre en charge les deux-tiers. Les études seront donc toujours très largement soutenues et restent à un coût très abordable, si l’on compare avec nos voisins européens par exemple (Royaume-Unis, Pays-Bas, Suède). Le faible niveau des frais de scolarité payé par les étudiants continue par conséquent d’être un atout. Par ailleurs, un triplement des bourses a été annoncé, afin de ne pas pénaliser les plus modestes et de permettre à tous les excellents étudiants de pouvoir rejoindre les établissements français. Ces bourses cibleront en particulier les étudiants d’Afrique sub-saharienne et du Maghreb.


La ministre Frédérique Vidal a annoncé que cette hausse ne s’appliquerait pas aux doctorants. La députée Samantha Cazebonne propose d’en exonérer les étudiants étrangers qui ont fait tout ou partie de leur scolarité dans les lycées français à l’étranger. Quel regard portez-vous sur ces propositions d’ajustement pour certaines catégories d’étudiants ?

Campus France est un opérateur des ministères de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et de l’Europe et des Affaires étrangères. A ce titre, il n’est pas de notre ressort de déterminer quelle catégorie doit ou non être exonérée.


La hausse annoncée des frais de scolarité est justifiée par de meilleurs services à destination des étudiants étrangers, outre un accès facilité aux visas et bourses. Pourriez-vous détailler ces services ?

La clé de l’attractivité de nos établissements à l’étranger réside dans l’accueil qui est fait aux étudiants internationaux, dans l’accès facilité au logement et l’aide à l’arrivée et à l’intégration. C’est pourquoi, dans le cadre de la stratégie « bienvenue en France », le gouvernement souhaite simplifier et dématérialiser les procédures de visa pour les étudiants, mais aussi encourager les établissements à créer une culture de l’accueil. Une labellisation par Campus France des dispositifs d’accueil mis en place a été lancée. Elle va permettre aux établissements de se situer, de partager les bonnes pratiques en matière d’accueil, mais aussi aux candidats étudiants de connaître en amont les offres de logement, les dispositifs d’intégration, les cours en anglais et en français langue étrangère qui leur seront proposés. Les bureaux d’accueil qui regroupent les services administratifs (préfecture, CAF, CROUS) seront également multipliés. La réflexion est enfin en cours sur des sujets importants comme la santé des étudiants, le logement, l’alternance, etc.

 

L’enseignement en langue française reste un obstacle pour beaucoup d’étudiants, lesquels se tournent vers des pays et/ou formations anglophones. Quelles actions suggérez-vous, tant dans l’enseignement du français dans les pays d’origine que les enseignements dispensés en France ?

Il est souhaitable que se développent davantage de cursus enseignés en anglais, aux niveaux licence et master, afin d’attirer des étudiants qui sinon ne se tourneraient pas vers la France. Ces cursus en anglais peuvent d’ailleurs être intéressants pour les étudiants français eux-mêmes, en préparation d’une mobilité à l’étranger. Les formations en anglais se développent très rapidement chez nos voisins (Allemagne, Pays-Bas), un peu moins rapidement en France même si leur nombre est désormais significatif ( plus de 1400), surtout dans les Grandes écoles et les masters – mais encore peu en premier cycle. Campus France recense toutes les formations dans son catalogue «Taught in English ». En parallèle, le français comme langue étrangère (FLE) continue d’être très bien enseigné au sein, entre autres, des alliances et Instituts française à l’étranger, et des centres ou écoles de langue en France. C’est un levier important de notre diplomatie culturelle et souvent un premier pas dans le cadre d’un projet d’études en France.

Des combinaisons peuvent être développées entre cursus initial en anglais et appoint d’un enseignement de FLE renforcé. L’intégration progressive dans les cours en français serait facilitée et la francophonie finalement renforcée. Il ne faut donc pas opposer enseignements en anglais et en français, mais plutôt jouer la complémentarité pour renforcer notre attractivité.

 

Le développement de formations universitaires et campus binationaux dans les pays tiers est-il un bon outil pour le développement de notre offre d’enseignement supérieur ?

Le besoin de formation dans un certain nombre d’États africains est très fort, en particulier sur des cursus professionnalisant, alors même que la population en âge d’entrer à l’université s’accroît massivement. La France et ses universités et écoles ont un rôle à jouer, en co-construisant des formations, des diplômes ou des campus avec ses partenaires africains. Nous sommes très attendus sur ces points. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères puis l’AFD vont ainsi contribuer au recensement des besoins puis aider les établissements français à s’implanter et soutenir ces actions grâce à un fond de 20 millions d’euros par an pendant cinq ans.

 

Pensez-vous que le Brexit aura un impact significatif sur l’attractivité de l’enseignement supérieur britannique et, indirectement, sur le nôtre ?

Nul ne peut prédire les conséquences du Brexit à moyen et long terme, mais il est certain que les universités britanniques sont inquiètes et que la mobilité des étudiants européens vers le Royaume-Uni sera impactée. Dans ce contexte, la France a certainement un rôle à jouer dans le nouveau paysage européen qui se dessine.

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
1 Commentaire (s)Réagir
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Kriss mar 12/03/2019 - 12:49

La France n’est plus la France, cette vision internationale d’une « certaine idée de la France «, des politicards abrutis l’ont dévalorisée depuis 40 ans et continuent « en marche » forcée ! Voilà le point fondamental tout le reste n’est que conséquence ! Vous prétendez donc vouloir vendre un produit reconnu de luxe exclusif développé depuis des siècles en sa qualité matérielle comme en son image intellectuelle alors qu’il ne l’est plus aujourd’hui ? Vous allez donc poursuivre l’ignominie de ses politicards, vendre un leurre avec force budget citoyen et com mensongères, en le rabaissant encore en solde dans un petit supermarché européen dirigé par des boutiquiers franchouilles à la solde extérieure à la France! Vos chiffres se composeront des africains car ils ne peuvent faire autrement, nous les avons abandonnés depuis longtemps, tant mieux pour eux donc mais pas pour la France car les meilleurs partiront ensuite ailleurs, leur « idée de la France » passée n’est plus en France d’aujourd’hui! Quand le produit est mauvais changer le marketing en le rabaissant encore pour pouvoir le vendre est vraiment une conception d'innocents fonctionnaires godillots ou de politicards interlopes moins........ innocents !

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