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Nanrindra Ravelojaona : « L’entrepreneuriat est une école de la vie »

Par SKEMA Alumni | Publié le 06/04/2020 à 18:00 | Mis à jour le 06/04/2020 à 18:00
Nanrindra Ravelojaona skema

Il y a les « expatriés » qui quittent leur pays d’origine, et les « repatriés » qui rentrent dans leur pays d’origine. Faisons la connaissance d’un phénomène nouveau : ces doubles nationaux qui quittent leur patrie natale pour découvrir leur deuxième patrie. C’est le cas de Nanrindra Ravelojaona, alumni de SKEMA Business School, qui choisit de quitter la France pour repartir à Madagascar, son pays d’origine. Après une dizaine d’années d’activités de « conseil » au sein de diverses banques, il entreprend, en 2018, un virage à 180°. Il débute ainsi une aventure entrepreneuriale mais aussi culturelle et humaine à Madagascar.

Je bénéficiais ainsi de l’apprentissage d’un métier « spécialisé », de la prise en charge des frais de scolarité et de la perception d’un salaire.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Nanrindra Ravelojaona : Durant mes études à SKEMA BS, j’ai eu l’opportunité d’être sélectionné (taux de 3%) pour une formation en alternance dans une banque de la place et sur les métiers de « gestion de patrimoine ». Je bénéficiais ainsi de l’apprentissage d’un métier « spécialisé », de la prise en charge des frais de scolarité et de la perception d’un salaire.

Cette spécialisation précoce était assez recherchée sur le marché du travail. J’ai reçu plusieurs offres d’emploi avant l’obtention du diplôme. J’ai finalement répondu favorablement aux ambitions d’une banque concurrente où j’ai notamment bénéficié de renforcement des capacités sur les marchés financiers, de droit fiscal et d’animation commerciale.

Malheureusement, en 2008, la crise de subprimes et notamment la gestion de l’affaire Kerviel a refroidi bon nombre de mes collaborateurs. À ma grande surprise, malgré l’ampleur de cette crise financière, nos métiers « spécialisés » étaient très recherchés par les chasseurs de têtes, car nous étions en contact privilégié avec les clients. J’ai donc été reçu par la DRH d’une banque X à la Défense, pour gérer leurs « grands comptes » sur leur navire amiral situé Avenue des Champs Élysées. Tout était réglé pour la remise du contrat, mais l’accueil reçu ce jour-là par la DRH à l’égard de mon épouse venue m’accompagner m’a refroidi, car je fonctionne avant tout à l’instinct et à l’intelligence émotionnelle. Je n’ai jamais renvoyé le contrat et dans les 48h, j’ai reçu un appel d’un nouveau cabinet pour une banque ambitieuse, dans une région que je ne connaissais pas. 72h après l’entretien avec le patron, je prenais mes fonctions dans un groupe où je passerai plus de 10 ans, sur des fonctions de banquier privé puis d’audit interne, à l’époque filière d’excellence et voie obligatoire pour occuper les plus hautes fonctions.

Mais la vie nous joue parfois des tours, et nous menions une vraie réflexion avec mon épouse sur nos projets de vie et de carrière. Ma femme (sortante de Toulouse Business School) et moi avons tous les deux la double nationalité française et malgache, mais ni elle ni moi n’avions jamais vécu à Madagascar. Nous avions vraiment envie de connaître ce pays et de mettre à profit notre matière grise pour apporter quelque chose de positif. Nous avons par ailleurs trois enfants en bas âge et nous tenions à ce qu’ils découvrent le pays dès leur plus jeune âge. Cela nous semblait aussi important de leur montrer que le monde ne se réduit pas à la France ou à l’Europe, et qu’il existe d’autres réalités. On a donc fait le choix de solliciter un congé sans solde de 3 ans pour tenter l’aventure à Madagascar et mettre nos matières grises au service de notre 2ème pays.

 

Au fondement de ce projet professionnel, il y a donc ce projet de vie, humain, culturel, patriotique.

 

Quel était votre objectif à la création du groupe Sakalava Capital à Madagascar ?

Il faut savoir que Madagascar est l’un des 5 pays les plus pauvres du monde, et il souffre beaucoup de la fuite des cerveaux. Seulement 6 % des personnes ont accès à internet, 60 % des enfants sont déscolarisés, et le SMIC s’élève à 50 € par mois. Il est vrai qu’on aurait pu faire le choix de la facilité et de la sécurité, revenir et occuper de hauts postes dans de grandes sociétés locales. Cependant, la création d’entreprise était pour nous le meilleur moyen d’impacter directement et concrètement en créant le plus d’emplois possible à notre modeste niveau.

Donc, notre objectif était clairement de créer de l’emploi et partager nos savoirs, à la fois savoir-faire et savoir-être. Aujourd’hui, avec une vingtaine d’emplois créés, nous sommes heureux de pouvoir accompagner une vingtaine de familles à travers l’emploi. Professionnellement et humainement, chaque jour est pour nous une opportunité d’insuffler un management nouveau, et de partager une vision extérieure.

Au fondement de ce projet professionnel, il y a donc ce projet de vie, humain, culturel, patriotique.

Toutefois, nous avons fait face au départ à un certain nombre de difficultés, notamment car il existe encore trop peu de moyens d’accompagnement accessibles au plus grand nombre (ex : formation, financement, statistiques) pour les créateurs d’entreprise sur place. Heureusement, somme toute, nous avons rencontré bien plus d’opportunités et de perspectives que de contraintes.

 

Comment le groupe Sakalava Capital agit-il concrètement au niveau local ?

Le groupe Sakalava Capital est une Holding familiale proche du fonctionnement d’un Family Office. Concrètement, nous disposons d’un capital qui nous permet d’investir librement sur des projets sélectionnés personnellement pour leur impact durable et innovant, cela sans avoir à dépendre de financements externes (banques ou investisseurs).

Nos thématiques sont l’immobilier, le tourisme, le web, le transport, consulting, la sécurité, la communication. Parfois, il arrive que l’on ne trouve pas de projet correspondant à nos critères RSE. C’est alors pour nous l’occasion de créer par nous-mêmes le projet imaginé.

Par exemple, nous souhaitions investir dans le tourisme solidaire sur un modèle où les clients vivent une immersion totale dans le quotidien des habitants de la capitale. Malheureusement, aujourd’hui, l’offre est constituée de lits (ex : hôtels, airbnb, chambres d’hôtes…) alors que nous sommes convaincus que certains clients veulent vivre des expériences inédites sur place, sortir d’un tourisme aseptisé, en décalage avec la réalité sur place.

Nous avons donc réhabilité un immeuble situé dans une zone populaire pour en faire une maison d’hôtes. Elle se situe au cœur d’un quartier tellement riche en expériences humaines, en visites inédites, en partages authentiques, en échanges de savoirs et savoir-faire interculturels. Nous avons accueilli, depuis le début d’année, nos premiers touristes du Japon, Belgique, USA, et de l’île Maurice, qui repartent avec des souvenirs pleins la tête (www.villaespoir.com)

En ce qui concerne notre expérience personnelle, nous cherchions aussi des professeurs de malgache pour nos enfants. Malheureusement, l’offre sur place est limitée quantitativement (proche de zéro) mais surtout qualitativement (avec un format très scolaire). Nous avons donc créé l’offre en passant énormément de temps dans la recherche de professeurs alignés sur notre vision (background solide, dynamiques, et pédagogie ludique et participative).

Aujourd’hui, cette offre rencontre ses premiers succès. Nous avons suivi le marché et élargi aux adultes qui sont très demandeurs au vu du format proposé.

Même sur un sujet aussi simple, nous continuons à innover en proposant par exemple d’apprendre la langue via d’autres formats, comme la danse, le théâtre, les activités manuelles. Cela permet aussi de partager la langue et la culture malgache auprès des expatriés, nos principaux clients.

Dans ce même état d’esprit d’innovation continue, nous avons investi dans le transport, la communication, la sécurité, l’immobilier et le web et nous avons aujourd’hui créé une vingtaine d’emplois localement.

Pour l’anecdote, nous venons d’être nominés ce mois-ci parmi les 10 meilleurs Jeunes Entrepreneurs 2019. Ce prix a été créé par la 1ère banque du pays et il est décerné chaque année en main propre par le Président de la République. Aujourd’hui, l’objectif est donc de pérenniser ces projets, afin que cet impact soit le plus durable possible.

 

Je réalise alors que ce réseau apporte, au-delà de l’aspect professionnel, un partage d’expériences, de valeurs, de savoir-faire, et de cultures

Avez-vous gardé un lien avec le réseau de Skema Business School après votre formation ?

Ayant suivi une formation en alternance durant ma scolarité chez SKEMA, je passais la majeure partie de mon temps en entreprise. Je n’avais donc malheureusement pas su trouver le temps de m’investir dans les structures inter-étudiantes et cela ne s’est pas arrangé une fois diplômé.

À vrai dire, il y a cette idée certainement erronée que le réseau est surtout utile pour trouver un job ou développer son business. Or, n’ayant jamais eu de difficultés à trouver un job ou à évoluer ici ou là, je n’ai pas ressenti le besoin d’avoir recours au réseau SKEMA.

Aujourd’hui, je suis de plus en plus l’actualité de SKEMA. Je réalise alors que ce réseau apporte, au-delà de l’aspect professionnel, un partage d’expériences, de valeurs, de savoir-faire, et de cultures. Par exemple, avec les ateliers en visio, les conférences sur place, les articles thématiques, les afterworks…

C’est la raison pour laquelle, une fois arrivé à Madagascar, m’est venue l’idée de savoir s’il y avait d’autres alumni ici, à 10 000 km des campus de SKEMA  à Lille et Nice. À ma grande surprise, il s’avère que nous sommes une quinzaine d’alumni SKEMA à Madagascar. Reste maintenant à trouver le temps de rassembler tout ce monde-là !

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés de Skema Business School pour leur future carrière ?

La formation à SKEMA Business School a l’avantage de proposer un excellent accompagnement pédagogique et matériel aux élèves. Le diplôme SKEMA BS peut-être à lui seul un accélérateur de carrière pour beaucoup de diplômés.

Cependant, je pense aussi qu’il est également très important de savoir générer par soi-même des opportunités au fil des rencontres et des expériences de vie. Pour cela, il est fondamental d’apprendre à bien se connaître soi-même, ses atouts, ses limites, ses points d’amélioration.

J’encourage également chacun à entreprendre, car c’est une école de la vie qui offre l’opportunité à chacun d’écrire sa propre histoire, et pourquoi pas de participer à l’histoire de quelques autres personnes. De plus, nous avons besoin de nombreux créateurs de richesses, car il y a tant de de solutions à créer pour combler les innombrables besoins de demain.

 

Interview réalisée par Soraya Benaziza

skema alumni

SKEMA Alumni

Le réseau SKEMA Alumni constitue une communauté de 45 000 diplômés présents sur les cinq continents dans plus de 145 pays.
2 Commentaire (s)Réagir
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Alois mar 07/04/2020 - 17:30

En effet quand on aura compris que l immigration actuelle ne se fait pas dans le bon sens peut être le monde changera de voir par le petit bout de la lorgnette. Bravo car Madagascar c est pas facile!

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KRISS dim 03/05/2020 - 00:12

Bravo en effet, à ce courageux « investisseur » sur Madagascar ! Ainsi si on essayait de réfléchir différemment sur les raisons de l’Afrique d’être encore à la traîne économique? N’est-il toujours frustrant de voir les chiffres de certains pays, en particulier ceux du Maghreb, qui montrent que les fonds envoyés par leurs diasporas sont les secondes voire les premières ressources nationales! L’argent de l’émigration ! Un énorme investissement en retour au pays ? On peut imaginer aisément la peine et la sueur pour le gagner! Quel média en fait mention dans cette dimension là, quels chiffres, quels résultats quelles solutions etc etc…Ainsi sommes-nous en économie capitaliste pour certaines situations mais pas pour d’autres car qui fait état des dividendes en retour de ces milliers de petits « investisseurs » ? Personne! Alors qui manipule ces fonds, qui en est bénéficiaire en bout de chaîne économique ? En résumé qui bénéficie de cet argent et l’argent de l’argent? Le pays, le peuple ou ….. les aigres-fins corrompus dont l’Afrique fourmille ? Pas photo malheureusement les Africains le savent eux! Qui ne sait qui renvoie directement ou indirectement ces fonds et leurs produits d’où …..ils viennent ? Certes ça « revient » ben ouai mais problème, pas dans les poches de ceux qui les ont initialement envoyés! Drôle de capitalisme, non ? Toutes nos érudites Instances Internationales le savent, des flux d’argent énormes se baladent nord sud pour revenir sud nord mais personne n’en pipe mot et surtout personne n’en fait rien ! Alors une idée parmi d’autres à leur suggérer ! Pourquoi ne pas exiger de ces pays une formule selon les goûts du jour, une parité établie selon une législation internationale positive; soit pour faire bref : la reconnaissance internationale des droits des diasporas donnant droit à ce que le nombre de parlementaires et membres du Gouvernement de ces pays soit proportionnel aux vrais «investisseurs» …aux vrais citoyens quoi ? Une démocratie capitaliste en quelque sorte ! Ainsi sud nord les frères au pays croyez-moi resteraient heureux au pays et le retour nord sud au pays serait un immense investissement humain pour le bonheur du pays! Ceci ne serait-il plus novateur que La Convention de Marrakech pondue une fois encore en conséquence en occultant la cause! Toujours cette manie de technocrates de prendre la question à l’envers en bouche trou ? Normal que pouvons-nous espérer de ces gens là qu’un retour d’investissement de trous du cul ?

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