Édition internationale

Un an après l’accord de Kuala Lumpur, la paix reste fragile entre le Cambodge et la Thaïlande

Un an après la signature de l’accord de paix de Kuala Lumpur, Washington réaffirme son soutien au processus diplomatique. Mais malgré le cessez-le-feu, le Cambodge et la Thaïlande continuent de s’opposer sur la situation à leur frontière, tandis que les habitants déplacés attendent toujours de pouvoir rentrer chez eux.

Un an après l’accord de Kuala Lumpur, la paix reste fragile entre le Cambodge et la Thaïlande Un an après l’accord de Kuala Lumpur, la paix reste fragile entre le Cambodge et la Thaïlande
Accord de paix de Kuala Lumpur
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 27 octobre 2026

Bien que le cessez-le-feu de décembre ait été largement respecté, les tensions persistent. Le Cambodge affirme que des troupes thaïlandaises continuent d’occuper illégalement son territoire, ce que la Thaïlande dément, laissant le différend frontalier sans solution.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré qu’un an auparavant, à la même date, le président Donald Trump avait réuni les deux pays pour signer l’accord de paix de Kuala Lumpur. Il a ajouté que les États-Unis travaillaient avec les deux parties pour soutenir la mise en œuvre de l’accord et faire de la promesse d’une paix durable une réalité pour les populations des deux pays.

« Les accords ont démontré le pouvoir de la diplomatie américaine pour résoudre le conflit et jeté les bases de la paix entre le Cambodge et la Thaïlande », a déclaré Rubio dans un communiqué.

Il a ajouté que Trump avait joué un rôle clé dans la négociation du cessez-le-feu conclu à la fin du mois de juillet, après cinq jours d’affrontements frontaliers qui avaient fait des dizaines de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. Le 26 octobre de l’année dernière, la déclaration engageait les deux gouvernements à désamorcer les tensions militaires, à retirer les armes lourdes des zones frontalières, à prendre des mesures de confiance, à mener des opérations de déminage humanitaire et à accueillir des observateurs de l’ASEAN.

« Nous réaffirmons notre engagement à régler le différend frontalier et à procéder à la délimitation de la frontière par des moyens pacifiques et conformément au droit international », a déclaré lundi le Premier ministre Hun Manet sur Facebook, à l’occasion du premier anniversaire de l’accord de paix. Il a remercié Trump et le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim pour leur rôle et leur soutien en faveur d’un règlement pacifique du différend frontalier.

Les protestations diplomatiques du Cambodge se poursuivent

Cependant, les tensions à la frontière perdurent. Le Cambodge affirme avoir adressé 60 notes diplomatiques depuis l’attaque de l’armée thaïlandaise, en juillet 2025, pour dénoncer l’occupation illégale de territoires situés du côté cambodgien de la frontière.

Dans un incident récent, la Thaïlande aurait violé la souveraineté du Cambodge dans la province d’Oddar Meanchey, dans le secteur des bornes frontalières 9, 10 et 11. Selon le ministère des Affaires étrangères, des engins lourds ont été utilisés pour construire des routes dans la zone de Tam Rum, tandis que de la peinture rouge a été pulvérisée sur des arbres afin de marquer les bornes pour de futurs travaux routiers. Le ministère a fait état de ces faits le 24 octobre.

Le porte-parole du gouvernement Cambodgien, Pen Bona, a déclaré que la Thaïlande continuait de violer les accords en menant des activités dans des zones frontalières que le Cambodge considère comme faisant partie de son territoire souverain. Le Cambodge a déposé à plusieurs reprises des protestations officielles afin de manifester son opposition et de préserver sa position juridique en vue de futures négociations frontalières.

« Cette protestation reflète la position du Cambodge, qui n’accepte pas les activités qu’il considère comme une violation de son territoire souverain », a-t-il déclaré.

« Le document de protestation est très important. Il est indispensable pour régler les futurs différends frontaliers conformément au droit international car, si nous ne protestons pas, cela signifie que nous acceptons leurs activités », a-t-il poursuivit.

Il a indiqué que le Cambodge continuerait à recourir aux voies diplomatiques et aux instances internationales pour régler le différend de manière équitable, sur la base des cartes reconnues, des éléments techniques, des accords et du droit international.

Les habitants déplacés attendent de pouvoir rentrer au Preah Vihear

Nhem Vanny, une habitante déplacée de la province de Preah Vihear, a témoigné qu’elle attendait toujours de pouvoir rentrer chez elle, après le cessez-le-feu de l’année dernière. L’incertitude quant à la pérennité de la paix et le manque d’emplois continuent d’affecter ses moyens de subsistance.

« Je ne suis pas encore rentrée chez moi », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’ils rencontraient des difficultés faute d’emploi. « Nous n’avons pas encore obtenu une paix complète. Cependant, je remercie le Premier ministre Hun Manet pour ses efforts en faveur de la paix en Malaisie », a-t-elle ajouté.

 

petit vendeurs de rue dans un village de déplacés cambodgiens

Des vendeurs de nourriture près d’un campement temporaire accueillant des habitants déplacés par le conflit frontalier avec la Thaïlande, dans le district de Svay Chek, province de Banteay Meanchey. 20 mai 2026. (CamboJA/Kuch Sikol)

 

Un analyste appelle à renforcer la surveillance de la frontière

Pour Seng Vanly, analyste cambodgien en géopolitique de la région Asie-Pacifique, si l’accord de paix de Kuala Lumpur a réduit les affrontements militaires majeurs et rétabli la communication entre le Cambodge et la Thaïlande, la méfiance réciproque et les accusations récurrentes de violations du cessez-le-feu continuaient de menacer cette paix fragile.

« Une méfiance profondément ancrée et des accusations récurrentes de violations mineures du cessez-le-feu continuent de créer des frictions. Cela montre à quel point la paix reste fragile en l’absence d’un travail diplomatique plus approfondi », a-t-il déclaré.

Pour éviter une nouvelle escalade, les deux pays devraient, selon lui, mettre en place des mécanismes de surveillance impartiaux : constituer des équipes indépendantes de suivi composées de tiers, utiliser l’imagerie satellitaire pour vérifier les incidents frontaliers et renforcer les communications directes entre militaires.

« Cela évite que de simples malentendus ou des confrontations isolées ne dégénèrent en conflits plus vastes », a ajouté Vanly.

Bangkok renvoie à la déclaration conjointe de décembre 2025

Selon, le porte-parole du ministère thaïlandais de la Défense, Surasant Kongsiri, plusieurs incidents se sont produits depuis la signature de l’accord de paix, notamment lors de la deuxième série d’affrontements, en décembre. Celle-ci avait conduit à la signature de la déclaration conjointe du 27 décembre 2025.

« Nous avons parcouru un long chemin depuis l’accord de paix. Les mesures que les deux parties doivent désormais suivre sont celles qui figurent dans la déclaration conjointe, car il s’agit du document convenu le plus récent », a-t-il déclaré à CamboJA News.

Il a ajouté qu’il fallait évaluer les mesures prises sur les questions évoquées dans le document le plus récent, notamment le déminage humanitaire et la lutte contre les réseaux d’escroquerie.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Chann Rotana, n’a pas pu être joint pour un commentaire.

Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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