Dans la province de Kandal, la fermeture soudaine d’une usine de gants a privé plus de 200 salariés de leur revenu. Tandis que certains contestent les indemnités proposées, tous cherchent un nouvel emploi pour faire face aux dépenses et aux remboursements de prêts


Pour Som Sophany, 47 ans, la perte soudaine de son emploi soulève une question urgente : comment rembourser son prêt bancaire et soutenir ses enfants sans revenu régulier ?
Elle fait partie des plus de 200 salariés licenciés le 8 octobre, après l’annonce de la fermeture de Sahakreas Create Bridge Company, fabricant de gants situé dans la province de Kandal. La société a invoqué des difficultés financières et un manque de commandes.
« Ce n’est pas la première fois que je perds mon travail, mais j’ai été choquée par la fermeture soudaine. Je ne sais pas comment je vais rembourser mon prêt et élever deux de mes quatre enfants, qui sont en première et en CM2 », a-t-elle déclaré.
Le 8 octobre, l’employeur a annoncé que ses activités cesseraient le 23 octobre. Les salariés ont pourtant été priés d’arrêter immédiatement le travail, perdant ainsi les revenus attendus pour les semaines suivantes. La brièveté du préavis et les premières propositions d’indemnisation ont provoqué colère et déception.
Après l’intervention du ministère du Travail et de la Formation professionnelle, la société a accepté, le 9 octobre, de verser les salaires dus et les prestations prévues par la loi. Celles-ci comprennent notamment les derniers salaires, les indemnités de déplacement, les indemnités contractuelles impayées, l’indemnité d’ancienneté, une indemnité de licenciement de 5 % et les prestations de maternité.
À l’approche de Pchum Ben, célébré le 10 octobre, les salariés avaient besoin d’argent pour rejoindre leur province d’origine et honorer leurs emprunts. Après quatre ans dans l’usine, Som Sophany a toutefois refusé d’accepter immédiatement la proposition. Elle fait partie des huit salariés qui poursuivent les négociations.
« Je me sens désespérée et je doute que nous obtenions les prestations demandées. Nous ne savons toujours pas si nous accepterons leur offre, mais j’ai entendu dire que nous pourrions recevoir moins que ceux qui l’ont acceptée le 9 octobre », a-t-elle confié.
Huit salariés contestent les indemnités proposées
Vith Savat, 23 ans, fait partie des salariés qui jugent l’offre initiale insuffisante. Il doit lui aussi rembourser un prêt et pense qu’il pourrait être contraint d’accepter le montant finalement proposé.
« Nous n’avons peut-être plus le choix et devons avancer. On nous a dit que les paiements seraient versés le 20 octobre. Nous ne recevrions toutefois que nos salaires du 1er au 8 octobre, l’indemnité de licenciement de 5 % et quelques autres prestations mentionnées dans la lettre », a-t-il expliqué.
Selon Vith Savat, l’indemnité de déplacement prévue dans l’avis de fermeture n’a pas encore été payée. Les huit salariés réclament aussi le paiement intégral de cinq jours fériés d’octobre, une compensation pour la perte de leur emploi et une indemnisation pour l’absence de préavis.
Le porte-parole du ministère du Travail, Sun Mesa, a déclaré le 15 octobre que le dossier de Kandal avait été traité conformément à la loi. Selon lui, le différend restant tient au fait que les salariés réclament des montants supérieurs aux obligations légales. Ils peuvent néanmoins poursuivre les discussions avec leur employeur.
Les coûts pèsent sur l’industrie cambodgienne
Selon Prom Tevy, chercheuse en économie à l’Académie royale du Cambodge, les fermetures d’usines peuvent être liées à la hausse du coût des matières premières et à l’incertitude économique. De nombreux fabricants dépendent de matières importées. Les tensions géopolitiques, le conflit au Moyen-Orient et la fermeture de la frontière terrestre avec la Thaïlande perturbent également leurs activités.
Lorsque les matières premières coûtent trop cher, les sociétés peuvent réduire leur production, modifier leurs gammes ou se tourner vers d’autres produits, a-t-elle indiqué. Le Cambodge dispose de lois visant à protéger les salariés en cas de difficultés. Prom Tevy espère que le gouvernement cherchera aussi à soutenir les personnes touchées par les fermetures.
Selon Moeun Tola, directeur exécutif du Centre pour l’alliance des droits humains et du travail (CENTRAL), de nouvelles fermetures aggraveraient les difficultés d’emploi au Cambodge. Il estime que les salariés licenciés sans avertissement sont particulièrement exposés et appelle à mieux faire appliquer le droit du travail.
L’intervention du ministère à Kandal constitue un pas vers le versement des indemnités, mais ne règle pas toutes les difficultés, selon Moeun Tola. Il demande une aide concrète pour permettre aux personnes sans emploi de retrouver du travail et de gérer leurs engagements financiers. Il invite notamment les autorités à discuter avec les banques de reports de remboursement pour les salariés licenciés.
Retrouver un emploi malgré la précarité
Som Sophany et Vith Savat n’ont pas encore trouvé de poste adapté. Vith Savat a entendu parler d’emplois disponibles dans des usines de la province de Kampong Speu, mais les trajets depuis Kandal coûteraient cher et réduiraient ses revenus.
Som Sophany cherche également du travail, y compris loin de son domicile. Elle a sollicité l’aide de ses frères et sœurs, mais craint que les employeurs privilégient les candidats plus jeunes. Son mari ne peut pas travailler en raison de son âge et de son état physique ; elle s’inquiète donc particulièrement des dépenses quotidiennes et de l’avenir de ses enfants.
Vith Savat appelle à mieux informer les salariés sur leurs droits et les démarches possibles lors d’une fermeture. Il demande aussi aux employeurs d’annoncer les arrêts d’activité suffisamment tôt pour que les travailleurs puissent chercher un autre poste.
La situation est d’autant plus tendue que près d’un million de travailleurs migrants cambodgiens sont revenus de Thaïlande après des tensions à la frontière. Les postes annoncés par le ministère ne répondent pas toujours à leurs attentes, notamment en matière de salaire et d’avantages, selon Moeun Tola. Il appelle le gouvernement à réunir rapidement le secteur privé afin de chercher des solutions aux difficultés économiques sans en faire porter le coût aux salariés.
Le gouvernement a annoncé une hausse de 2 dollars du salaire minimum mensuel dans les secteurs du vêtement, de la chaussure et des articles de voyage, qui atteindra 212 dollars en 2027. Selon Moeun Tola, cette augmentation apportera un soulagement limité et ne suffira pas à résoudre les difficultés des sociétés. Il avertit également qu’elle pourrait susciter du mécontentement parmi les salariés.
Pour en savoir plus : Le Salaire minimum au Cambodge fixé à 212 dollars pour 2027
Pour Som Sophany et Vith Savat, la priorité reste de retrouver un emploi et un revenu. En attendant, les dépenses du foyer et les remboursements de prêts continuent de peser sur leurs familles, tandis qu’ils négocient les indemnités qu’ils estiment leur être dues.
Rin Ousa
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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