Alors que les négociations diplomatiques entre le Cambodge et la Thaïlande sont au point mort, les personnes installées dans des villages temporaires restent confrontées à une attente qui perdure. Après l’attention médiatique et l’élan de solidarité des premiers jours, les familles cherchent à retrouver des repères et à s’organiser dans leur nouveau lieu de vie. Cette normalisation apparente ne fait toutefois pas disparaître leurs difficultés, notamment en matière de santé.


C’est dans ce contexte que Mona Tep, directrice de la Pharmacie de la Gare et du Cabinet médical AEMC, a mené sa 12ᵉ mission humanitaire dans la région d’Oddar Meanchey, en collaboration avec d’autres sociétés et ONG : Hamariya, CIA First International School, Intercare Hôpital, Cambodian Children Funds, AVIS Budget/RMA, WebCanna, School for Field Studies, Manulife, Centre Éducatif de Kep, Clinic Preak Pnov, BioTrust et MeetHeng. Les habitants tentent de reprendre une vie quotidienne, mais restent confrontés à des problèmes médicaux ou psychologiques. « Les gens avaient vraiment besoin de soins, de faire des bilans et d’être rassurés sur leur santé », confie-t-elle.
Oddar Meanchey : trois jours au service des déplacés
Arrivés le 11, les 12 et 13 septembre sont dédiés aux soins médicaux. Mona et son équipe sont intervenues dans la région nord frontalière du Cambodge. La mission s’est déployée cette fois sur deux villages, un village temporaire érigé par le gouvernement et un autre où de nombreux Cambodgiens se sont encore installés près d’une pagode. La clinique ambulante a permis à l’équipe de prodiguer des soins aux habitants.
L’équipe a soigné 848 personnes grâce à l’intervention de nombreux médecins provenant des cliniques mentionnées ci-dessus. « Nous avons soigné des blessures qui n’avaient parfois jamais été prises en charge », indique Mona Tep.
En effet, l’accès aux soins reste difficile pour certains habitants, en particulier ceux qui ont du mal à se déplacer ou vivent loin des lieux de consultation. « Il y a des gens qui ont marché de très loin pour venir nous voir », relève-t-elle. Les personnes âgées ou celles dont la mobilité est réduite peuvent avoir du mal à consulter. Certaines familles doivent également composer avec des conditions de vie précaires. « Les mamans arrivent parfois avec trois ou quatre enfants à charge », observe-t-elle. Dans de nombreuses familles, l’un des parents est parti travailler à Phnom Penh pour subvenir aux besoins des siens. Mona présente son intervention comme un complément au travail déjà réalisé par les autorités locales. « Je ne veux surtout pas prendre la place d’autres équipes de santé locales. Nous sommes là pour compléter ce qui est déjà fait. » Elle est d’ailleurs en lien avec les autorités sanitaires provinciales qui assurent une présence constante.

Cambodge : l’urgence s’éloigne, mais les problèmes persistent
Cette mission n’a pas été marquée par un grand nombre de blessures graves. Très peu de « petites » chirurgies ont été effectuées. Les besoins concernaient plutôt des problèmes de maladie chronique, comme le diabète ou l’hypertension, mais aussi des souffrances psychologiques. L’absence d’urgence visible ne signifie donc pas que les difficultés ont disparu. Mona observe notamment : « Il y a des problèmes de dépression. »
Au-delà des soins, l’écoute joue un rôle essentiel dans l’accompagnement. La possibilité de parler avec un professionnel et d’être pris en charge peut déjà apporter un apaisement. « Le fait d’être écouté, c’est très important », souligne Mona.

« Ce n’est pas toujours une blessure grave, mais le réconfort qu’on apporte compte pour beaucoup aussi. »
Pour elle, l’aide humanitaire ne doit pas dépendre uniquement de l’urgence d’une situation. Les besoins évoluent avec le temps, et les difficultés de santé peuvent persister même lorsque la crise attire moins l’attention. « Il faut que la vie continue pour ces gens-là », dit-elle.
Zones frontalières du Cambodge : le quotidien se réorganise
Dans leurs nouveaux villages, les familles cherchent progressivement des repères et tentent de réorganiser leur quotidien. La reprise d’activités économiques participe à cette évolution. Certains installent des salons de coiffure pendant que d’autres cultivent des potagers sur de petites parcelles. Cette adaptation ne signifie pas que les familles ont retrouvé une situation stable : leur avenir demeure lié à l’évolution de la crise et aux conditions de leur retour.
« Nous les Cambodgiens sommes très résilients », affirme Mona.
Les besoins ne se limitent donc pas aux soins médicaux. Ils concernent aussi la possibilité de vivre au quotidien, de s’occuper des enfants et de maintenir des liens avec les autres habitants. « Il faut que les gens puissent vivre dans un semblant de normalité », souligne-t-elle.
Oddar Meanchey : une 13ᵉ mission envisagée
Mona prévoit de poursuivre son action sur place, qu’elle mène depuis plus d’un an maintenant. Elle envisage de revenir régulièrement, selon l’évolution des besoins et des conditions d’intervention. « Pour le moment, j’envisage de revenir toutes les six semaines à deux mois », indique-t-elle. Une éventuelle évolution diplomatique ne mettra pas immédiatement fin aux besoins des personnes déplacées. Même si la situation se stabilise, les difficultés de santé et les conséquences psychologiques pourraient nécessiter un accompagnement dans la durée. « Même si la situation se règle, je crois qu’il faudra continuer à accompagner les habitants, car la réinstallation qu’on espère rapidement se fera, et nous serons là aussi pour les accompagner », estime Mona Tep.

La Pharmacie de la Gare et le Cabinet médical AEMC entendent ainsi poursuivre leur travail avec les autorités, sans se substituer à elles. La 13ᵉ mission (prévue début décembre) devrait permettre de retrouver les habitants, de suivre l’évolution de leurs besoins et d’adapter l’aide en conséquence.
Noé Garde
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