Photo Phnom Penh Festival 2026 : mémoire et albums de famille à l'Institut français
Du 22 octobre au 22 novembre 2026, la galerie de l'Institut français du Cambodge, à Phnom Penh, accueille « Mémoire, héritage et clichés de famille », une exposition collective du festival Photo Phnom Penh. Quatre artistes de l'espace francophone, Arnold Fokam, Kim Hak, Rima Samman et Flora Nguyen, y interrogent la mémoire, l'exil et la transmission à partir de photographies de famille.


Dans le cadre de la 17ᵉ édition du festival Photo Phnom Penh, la galerie de l'Institut français du Cambodge (IFC) présente, du 22 octobre au 22 novembre 2026, l'exposition collective « Mémoire, héritage et clichés de famille ». Le commissariat est assuré par Marie Le Mounier, membre de la coordination curatoriale du festival.
L'exposition réunit quatre artistes issus d'horizons divers, tous rattachés à l'espace de la Francophonie : Arnold Fokam (Cameroun), Kim Hak (Cambodge), Flora Nguyen (France/Vietnam) et Rima Samman (France/Liban). Leurs travaux portent sur la mémoire, les archives et la transmission, en lien avec le thème de l'édition, « Habiter le monde ».
Les photographies de famille, support de mémoire
Le propos de l'exposition part d'un constat : les photographies des albums de famille renferment les mythes, les aspirations, les fantasmes et les secrets de plusieurs générations. Issus d'une pratique populaire, ces clichés relient le passé, le présent et le futur, façonnent les expériences et participent à la construction des imaginaires et des identités.
En situation de déplacement ou de migration, albums et tirages permettent de garder un lien avec le pays d'origine. Pour les artistes, travailler sur ces archives peut relever d'un geste mémoriel, d'un acte de résistance ou d'une forme de résilience. Au Cambodge, les images dissimulées sous le régime des Khmers rouges constituent des traces matérielles de vies interrompues, de déplacements forcés et d'histoires invisibilisées.
L'exposition s'inscrit dans la continuité du projet participatif « Photography is your memory », mené par l'association Photo Phnom Penh depuis 2024 dans les provinces cambodgiennes et dans la capitale.
Kim Hak : les photographies enterrées sous les Khmers rouges
Né en 1981 à Battambang, Kim Hak a vu le jour deux ans après la chute du régime des Khmers rouges. Il a grandi en écoutant ses parents raconter cette période, des récits marqués par la perte et la résilience. Sa pratique aborde les récits post-conflit, les témoignages de survivants, les diasporas cambodgiennes, les processus de guérison, l'anthropologie visuelle et, plus largement, l'évolution du paysage de son pays.
L'exposition présente un ensemble inédit de photographies de famille, des images que ses parents avaient enterrées sous le régime des Khmers rouges. Elles constituent le point de départ de sa série « Alive », un projet au long cours qu'il développe depuis 2014 à partir de photographies et d'objets conservés par des survivants. Ces fragments de mémoire montrent leur capacité à transmettre un passé douloureux aux générations suivantes.

Kim Hak
Diplômé du National Institute of Management de Phnom Penh, Kim Hak se consacre à la photographie depuis 2009. Son travail a été exposé en Asie, en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, notamment au musée du quai Branly, à Paris, et figure dans plusieurs collections internationales.
Arnold Fokam : une mémoire du deuil tournée vers le vivant
Né à Douala (Cameroun) en 1996, Arnold Fokam mêle photographie, peinture, assemblage, création sonore et installation. Il examine les liens entre le corps, l'eau, la mémoire et le vivant, dans une approche qu'il qualifie de poétique, spirituelle et écologique.
Sa série « Réenchanteresses », un travail de mémoire et d'invocation, a pour figure principale sa sœur disparue. S'inspirant de traditions ancestrales présentes au Cameroun, selon lesquelles les morts continuent d'habiter le monde à travers la nature, il lui offre un nouveau corps, celui des territoires, des paysages et de l'environnement. L'artiste relie ainsi l'expérience intime du deuil aux enjeux écologiques contemporains, qu'il appréhende aussi comme des enjeux spirituels : son travail invite à considérer la préservation des territoires comme une forme de soin.

Arnold Fokam
Diplômé en arts plastiques et en histoire de l'art de l'Institut des Beaux-Arts de l'Université de Douala, il est lauréat de la Résidence Jardin Rouge 2026-2027 de la Fondation Montresso, du Prix Découverte des Ateliers SAHM et du Prix Barthélémy Toguo en 2023, ainsi que du Prix Goethe Découverte en 2020. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Goethe-Institut et du Centre d'Art Contemporain Doual'art. À Paris, il est représenté par la galerie Christophe Person.
Rima Samman : l'imaginaire familial entre archives et fiction
Née à Tripoli (Liban) en 1966, Rima Samman est photographe, artiste et cinéaste franco-libanaise. Installée en France depuis une trentaine d'années, elle fait dialoguer photographie et cinéma autour de la mémoire, de l'identité, de l'exil et des récits familiaux.
Séparée de ses proches depuis des décennies, ses frères vivant aux États-Unis, ses parents au Liban et elle-même à Paris, elle s'est tournée vers ses albums de famille, dont les clichés mettent en scène leur bonheur d'être ensemble. Sa série « L'amour se porte autour du cou » interroge la valeur accordée aux photographies et aux récits qu'elles véhiculent. Elle explore l'imaginaire familial, parfois excessif, fragile ou fantasmé, comme un espace où mémoire et fiction se rencontrent, avec humour, tendresse et une certaine irrévérence.
Son premier court métrage, « Crème et crémaillère » (1999, 13 minutes), figure également au programme de l'exposition. Son long métrage « Dans le cœur une hirondelle » (2024) sera projeté le samedi 24 octobre à 11 h 30 au cinéma de l'IFC, suivi d'une discussion avec l'artiste.

Rima Samman
Après une formation en orthoptie à la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie et des études de sociolinguistique à la Sorbonne Nouvelle, elle s'est tournée vers le cinéma. Elle a écrit et réalisé plusieurs films primés et diffusés sur Arte et France 3, ainsi que dans des festivals, des musées et des salles de cinéma. Ses photographies figurent dans les fonds de la Bibliothèque nationale de France et dans des collections privées en France, en Belgique et aux États-Unis.
Flora Nguyen : des « paysages mentaux » issus de l'exil
Née à Paris en 1975, Flora Nguyen part de photographies trouvées dans les albums de sa mère pour créer des « paysages mentaux », des images composites qui représentent ses ancêtres dans des lieux qu'ils ont peut-être connus avant leur exil, mais qu'elle n'a jamais habités.
Pour de nombreuses familles vietnamiennes ayant fui leur pays, souvent dans la précipitation et avec très peu d'effets personnels, les albums constituent des archives rares, traces de la mémoire intime et collective de personnes déplacées. L'artiste les met en relation avec des images anciennes de paysages du Vietnam et de l'Indochine, produites en contexte colonial et conservées dans des collections françaises. Par la déchirure, le transfert, la superposition et la peinture, elle fragmente puis reconstruit ces images. La déchirure évoque à la fois la rupture de l'exil et la possibilité d'une réparation, tandis que la peinture vient combler ou transformer les lacunes de l'archive.

Flora Nguyen
Diplômée de Sciences Po, de l'École des Gobelins et de l'École Rodtchenko, Flora Nguyen a participé en 2025 à plusieurs expositions collectives internationales, dont les Rencontres photographiques de Guyane et « Archives/Post Archives » à la Biennale Photo Hanoi 25. Sa présence à Phnom Penh s'inscrit dans le partenariat entre Photo Hanoi et Photo Phnom Penh.
Informations pratiques et événements associés
L'exposition se tient à la galerie de l'Institut français du Cambodge du 22 octobre au 22 novembre 2026. Elle a été réalisée avec la collaboration de la galerie Christophe Person (Paris) et de Filigranes Éditions (Paris).
Plusieurs rendez-vous du programme se déroulent à l'IFC pendant la semaine d'ouverture. Le 22 octobre, la soirée d'inauguration du festival a lieu de 18 h à 20 h à l'IFC Jardin. Le 23 octobre, une table ronde intitulée « Archives, mémoire et imagination dans l'art contemporain » réunit, de 13 h à 14 h au cinéma de l'IFC, Rima Samman, Arnold Fokam et le collectif Anti-Archive. Le 24 octobre, le film de Rima Samman est projeté à 11 h 30, et la visite des expositions en remorque, de 14 h à 17 h, part de l'IFC.
Informations pratiques22oct.22nov.
Du 22 oct. à 8:00
Jusqu'au 22 nov. à 18:00
Adresse
institut Français du Cambodge
Phnom Penh






