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Pour Notre-Dame de Paris

Par Saverio Sebastiani | Publié le 21/04/2019 à 18:01 | Mis à jour le 21/04/2019 à 18:09
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La première fois que j’ai vu Notre-Dame de Paris j’avais 18 ans ; avec deux amis à la fin des cours à l’Université à Rome on avait décidé d’adhérer au programme Inter-Rail qui permettait de faire découvrir aux jeunes européens l’Europe à bord d’un train à bas prix.

On avait choisi de passer par à Paris, c’était le mois d’août, à l’aube, il pleuvait, il faisait froid le ciel était gris, j’étais de mauvaise humeur à cause de la fatigue du voyage, et le manque de sommeil. Je me demandais pourquoi aller au nord alors qu’on pouvait aller dans le sud, en Espagne par exemple, au soleil. La réponse à ma question ne tardait pas à venir. En arrivant par le Quai du Marché neuf, mes yeux voyaient se dessiner petit-à-petit dans le ciel gris d’abord la première tour, puis la façade, et enfin la deuxième tour de Notre-Dame de Paris avec la flèche qui perçait les nuages. La cathédrale semblait lancer un défi de beauté contre le ciel gris.

Quand j’ai vu ces terribles images à la télévision, il y a quelques jours j’étais sidéré par ce terrible spectacle, mais j’ai eu la même impression : Notre-Dame de Paris lançait à nouveau un défi contre le ciel, cette fois-ci contre ces flammes, qui étaient en train de la dévorer. J’ai eu l’impression qu’elle résistait à la destruction comme elle l’avait déjà fait pendant des siècles, en affrontant des guerres et des révolutions, elle était malgré tout toujours là.

Bien planté dans le cœur de Paris et de l’Europe, et malgré l’incendie qui l’a dévastée, elle est encore debout, encore là, fière, à nous rappeler la chose, peut-être la plus importante pour nous, citoyens Européens. Elle nous rappelle qui nous sommes, qu’il y a des racines profondes qui nous lient tous et qui ne pourront être effacées ni par des incendies ni par d’autres catastrophes. L’Europe n’est pas seulement l’économie, la finance et les banques, c’est surtout notre passé commun, notre héritage historique et culturel. Notre âme d’européens.

En quittant le parvis de Notre-Dame, la dernière fois que je l’ai vue en janvier juste avant d’aller à l’aéroport et de rentrer à Rome, j’ai pensé que chaque pierre de cette ville extraordinaire était imprimée dans ma mémoire, chaque rue ou ruelle, chaque marché, chaque église ou place que j’avais connu et visité était à moi. Il y avait comme une géographie intérieure gravée dans mon âme et je venais de m’en apercevoir seulement en la quittant.

Je pensais aux mots que Ernest Hemingway avait écrit dans son roman Paris est une fête : « Si vous avez eu la chance d’avoir vécu à Paris lorsque vous étiez un jeune homme, alors, où que vous alliez pour le reste de votre vie, elle reste avec vous. »

J’ai vécu dix ans à Paris et l’ombre ou le reflet du soleil sur la façade de Notre Dame ont accompagnés ma vie parisienne et encore aujourd’hui elle reste avec moi. Sur le site du Gran Teatro, La Fenice de Venise a écrit sa devise « A Venezia dal 1792, risorta due volte dalle mie stesse ceneri » un des plus beaux théâtres italiens a été presque totalement dévasté par deux incendies, une première fois en 1836 puis en 1996. Deux fois rebâti presque entièrement à nouveau.

Je pense aussi aux tremblements de terre qui ont détruit la ville de l’Aquila en 2009, Norcia et Amatrice en 2016 et 2017, dévasté la ville d’Assise et la Basilique de Saint François d’Assise en 1996. Je pense à toutes les villes italiennes touchées par des catastrophes et à leur patrimoine perdu.

Nous les italiens, nous sommes habitués à voir notre patrimoine souvent détruit par les forces de la nature, mais nous sommes aussi habitués à la reconstruction, à la renaissance. La devise de La Fenice nous rappelle, une fois de plus, que rien n’est éternel et que seulement les images des lieux que nous avons admiré dans notre vie sont nos plus beaux souvenirs car ils sont gravés dans notre mémoire pour toujours. Mais elle nous rappelle que nous pouvons reconstruire sur les cendres et faire renaître un endroit comme dans le mythe du Phénix.

J’espère donc pouvoir entrer à nouveau dans Notre-Dame, comme promis par Monsieur le Président Macron dans cinq ans, et de pouvoir à nouveau admirer ses merveilles mais suroît revoir sa flèche percer à nouveaux les nuages, cette fois ci enlacée par un beau ciel bleu.


 

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Saverio Sebastiani

Diplomé en Sciences Historiques et Valorisation des Patrimoines, Saverio Sebastian a vécu dix ans à Paris, avant de retourner dans sa ville natale : Rome. Il aime partager ses passions : l'histoire, les voyages et la politique.
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Marie Astrid Roy

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