Édition internationale

De Brigitte Bardot à Vincent Lindon, France Odéon célèbre quarante ans de cinéma français à Florence

Du 28 octobre au 1er novembre, Florence accueille la 18e édition de France Odéon. Hommage à Brigitte Bardot, présence de Vincent Lindon, films inédits, débats sur l’intelligence artificielle et initiatives destinées aux jeunes : le festival célèbre quarante ans de passion pour le cinéma français en Toscane.

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Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 27 octobre 2026

Le cinéma français a rendez-vous avec Florence. Du 28 octobre au 1er novembre, la 18e édition du festival France Odéon investit le Cinema La Compagnia et plusieurs lieux culturels de la ville, avec une programmation qui témoigne de la vitalité du septième art français et de la profondeur de ses liens avec l’Italie. Dirigé par Francesco Ranieri Martinotti, l’événement célèbre cette année un double anniversaire : ses dix-huit éditions sous le nom de France Odéon et les quarante ans d’une manifestation consacrée au cinéma français à Florence, dont l’histoire a commencé en 1986 avec France Cinéma.

Devenu un rendez-vous incontournable de la vie culturelle florentine, le festival entend faire du cinéma un espace de dialogue entre les deux pays, mais aussi entre les générations. Comédies, drames contemporains, récits historiques et œuvres engagées composent une sélection qui interroge les transformations de la société, les rapports familiaux, le monde du travail et les responsabilités individuelles, sans oublier le pouvoir de la fiction à éclairer notre présent.

Une ouverture sous le signe de Brigitte Bardot

Avant même l’ouverture officielle, France Odéon donnera le coup d’envoi de cette édition anniversaire mercredi 28 octobre au Cinema La Compagnia, avec une soirée consacrée à Brigitte Bardot, figure emblématique du cinéma français. À 20h30, un hommage à l’actrice, auquel participeront notamment le critique Marco Luceri et Cristina Scaletti, maire de Fiesole, précédera la projection à 20h45 du Repos du guerrier (1962), réalisé par Roger Vadim, avec Robert Hossein et Jean-Marc Bory.

Adapté du roman de Christiane Rochefort, le film raconte la relation tumultueuse entre Geneviève, une jeune femme qui sauve un inconnu du suicide, et Renaud, un homme tourmenté et autodestructeur. Cette projection revêt une résonance particulière en Toscane : une partie du tournage s’est déroulée à San Gimignano et à l’abbaye de San Galgano, tandis que Brigitte Bardot séjourna près d’un mois à Fiesole, à la Villa San Michele, un lieu auquel elle resta attachée.

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LES MISERABLES ©2026 Eskwad Curiosa Film Studiocanal TF1_Films production |Photo : Christophe Brachet.

France Odéon : au programme, des films qui racontent les fractures du présent

La cérémonie officielle d’ouverture aura lieu jeudi 29 octobre à 18h45, alors que deux films en compétition donneront le ton de cette édition.

À 19h20, Ni vue, ni connue, de Marc Fitoussi, réunira Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain dans une comédie douce-amère sur les désillusions du monde du spectacle. Son héroïne, Corinne, comédienne qui peine à trouver sa place, continue de courir après la reconnaissance et le grand rôle qui pourrait changer sa vie. Une rencontre avec une actrice célèbre lui laisse entrevoir une nouvelle chance. Derrière l’humour affleure une réflexion sur la fragilité des ambitions, le besoin d’être reconnu et la dignité de celles et ceux qui refusent de renoncer à leur vocation.

À 21h30, L’objet du délit, d’Agnès Jaoui, abordera les rapports de pouvoir et les conséquences du mouvement #MeToo dans le milieu artistique. Dans les coulisses d’une production des Noces de Figaro de Mozart, rivalités, difficultés financières et tensions personnelles font progressivement émerger les questions du harcèlement sexuel et de la responsabilité collective. Aux côtés de la réalisatrice figure notamment Daniel Auteuil, dans le rôle d’un directeur musical reconnu.

Cette diversité de tons et de sujets se prolongera vendredi 30 octobre avec Les jours d’après, de Stéphanie Pillonca, interprété par Valérie Donzelli et Jalil Lespert. Le retour de Louise, radiologue quinquagénaire, dans la maison familiale après la mort de son père devient une exploration intime du deuil, des souvenirs et des amours inachevées.

À 18h30, La vie d’une femme, de Charline Bourgeois-Tacquet, mettra en scène Léa Drucker, Charles Berling et Mélanie Thierry. Le film suit Gabrielle, cheffe de service en chirurgie maxillo-faciale, dont les convictions professionnelles et personnelles vacillent face aux difficultés du système de santé et aux bouleversements de sa vie privée. Léa Drucker et la réalisatrice seront présentes pour accompagner la projection et échanger avec le public.

La soirée se poursuivra avec La Gradiva, premier long métrage de Marine Atlan, présenté hors compétition à 21h15. Cette coproduction franco-italienne, récompensée au Festival de Cannes, suit un groupe de lycéens français en séjour à Naples. Loin des images touristiques habituelles, la ville devient le théâtre d’une confrontation avec les désirs, les contradictions et les interrogations d’une génération, sur fond de sexualité, de racisme et de politique.

Film La Gravida
Film La Gravida

Vincent Lindon, Nicole Garcia et Daniel Auteuil parmi les grands rendez-vous

Samedi 31 octobre, le festival élargira son horizon à Fiesole, où sera présenté en exclusivité à 11 heures Un bon petit soldat, de Stéphane Brizé, en présence de Vincent Lindon. Récompensé lors de la dernière Mostra de Venise, le film met en scène Alba Rohrwacher dans le rôle de Carla Moretti, responsable des ressources humaines d’une compagnie d’assurances confrontée à une affaire de harcèlement moral au travail. Prise entre les exigences de son entreprise et sa conscience, elle doit choisir le camp auquel elle entend appartenir.
Le film prolonge les interrogations chères à Stéphane Brizé sur les mécanismes économiques, les rapports hiérarchiques et la capacité d’un individu à résister à la logique de l’organisation qui l’emploie. 

Rencontre entre la réalisatrice et actrice Nicole Garcia

À Florence, une rencontre entre la réalisatrice et actrice Nicole Garcia et la journaliste et écrivaine Ritanna Armeni se tiendra parallèlement à 11h30 au The Artists’ Palace Florence. Elle permettra d’approfondir les thèmes de Milo (7h40 ce matin-là), le nouveau film de Nicole Garcia, projeté à 16h au Cinema La Compagnia en présence de la cinéaste.
Avec Marion Cotillard, Théodore Pellerin et Laure Calamy, le film suit Alice, qui retrouve la liberté après quinze années de prison pour des activités subversives et tente de renouer avec son passé. À travers ce drame familial, Nicole Garcia explore la radicalisation politique, les responsabilités individuelles et les difficultés de la réconciliation.

 

Autre rendez-vous majeur de la journée : Les Misérables, de Fred Cavayé, présenté en compétition à 18h30, en présence de Vincent Lindon. L’acteur incarne Jean Valjean, face à Tahar Rahim dans le rôle de Javert, dans une nouvelle adaptation du chef-d’œuvre de Victor Hugo. Justice, culpabilité, rédemption et inégalités sociales sont au cœur de cette relecture contemporaine d’un monument de la littérature française.

 

Dimanche 1er novembre, le concours s'achèvera avec La troisième nuit, de Daniel Auteuil, à 15h. Situé en août 1942, sous le régime de Vichy, le film s'inspire d'une histoire réelle survenue dans le camp d'internement de Vénissieux, près de Lyon. Un jeune fonctionnaire, Gilbert Lesage, se trouve confronté au sort d'internés juifs, tandis que le père Alexandre Glasberg organise clandestinement le sauvetage d'enfants menacés de déportation. Leur collaboration, née d'un affrontement moral, devient une tentative de soustraire 108 enfants à la barbarie nazie.

Quarante ans de passion pour le cinéma français

L'anniversaire de France Odéon sera également l'occasion de revenir sur les origines de cette aventure culturelle. Jeudi 29 octobre à 16h30, Palazzo Bastogi accueillera une rencontre en hommage à Aldo Tassone, critique, journaliste et spécialiste du cinéma français, figure fondatrice de France Cinéma aux côtés de Françoise Pieri et Daniel Arasse.

Grâce à son travail et à ses relations avec des cinéastes tels qu'Alain Resnais, Bertrand Tavernier, Louis Malle et Claude Miller, Tassone a largement contribué à faire découvrir le cinéma français au public italien. Cette rencontre rappellera notamment la continuité entre France Cinéma, créé en 1986, et France Odéon, qui en a repris le flambeau en 2009 sous l'impulsion de Francesco Ranieri Martinotti.

Pour les responsables culturels toscans et florentins, cette histoire témoigne de la place singulière de Florence dans les échanges artistiques européens.

« Depuis dix-huit ans, France Odéon constitue un important pont culturel entre l'Italie et la France, un rendez-vous qui enrichit l'offre culturelle de la Toscane et confirme Florence comme un lieu privilégié de rencontre et de dialogue international », déclare Cristina Manetti, conseillère régionale chargée de la Culture.

Président de France Odéon, Enrico Castaldi rappelle pour sa part l'importance de la culture comme source d'espoir et de témoignage dans une époque traversée par les incertitudes. Une conviction qui donne tout son sens à cette édition anniversaire.

Intelligence artificielle : quel avenir pour la création ?

Au-delà des projections, France Odéon entend aussi ouvrir le débat sur les mutations qui affectent le monde culturel. Vendredi 30 octobre à 11h30, l'Institut français de Florence accueillera un colloque international intitulé « Intelligence artificielle et juste rémunération ».

Alors que les technologies génératives bouleversent les pratiques artistiques, la rencontre portera sur les droits d'auteur, la transparence dans l'utilisation des œuvres pour entraîner les systèmes d'intelligence artificielle et la rémunération des créateurs. Le débat mettra en regard les expériences italienne et française, notamment celles de la SIAE et de la SACD, et réunira des représentants institutionnels, des juristes et des professionnels du cinéma.

Le programme culturel comprendra également la présentation du livre Il cinema di Patrice Leconte, d'Ignazio Senatore, consacré au parcours du réalisateur français et à la diversité de son œuvre.

Les jeunes au premier rang

L'une des ambitions majeures de France Odéon demeure la transmission. Pour la quatrième année consécutive, le programme Prima Fila Giovani, organisé avec la Fondation CR Firenze, permettra aux moins de 25 ans, aux lycéens, aux futurs blogueurs et aux jeunes artistes de vivre le festival au plus près des films et de leurs auteurs. 

Cette démarche prend une nouvelle dimension en 2026 avec deux initiatives inédites. Ritratti due volte invite onze étudiants issus des académies des beaux-arts italiennes à réaliser sur le vif des portraits de cinéastes, d'actrices et d'acteurs. 

Generazione Cinéphile, de son côté, s'adresse aux jeunes passionnés de critique et de journalisme culturel. Sélectionnés notamment à partir d'une lettre d'amour au cinéma, les participants pourront assister aux conférences de presse, interviewer les invités et produire des contenus critiques. Une masterclass consacrée à l'écriture et à l'analyse cinématographiques, animée par la journaliste Ginevra Barbetti, viendra compléter leur parcours. Un nouveau prix récompensera par ailleurs un jeune blogueur dont le regard se sera distingué par son originalité.

La jeunesse sera également au cœur du prix Sguardi Mediterranei, qui valorise les films portant un regard sur les cultures méditerranéennes et les possibilités de coexistence entre les peuples.

Une clôture à l'enseigne de la mémoire et de la comédie

Rendez-vous dimanche 1er novembre pour la cérémonie de remise des prix, qui se déroulera à 17h au Cinema La Compagnia. Le jury, composé de cinq personnalités du cinéma et de la culture, réunira notamment l'actrice et réalisatrice Valeria Golino, le cinéaste Marco Bechis, la scénariste Federica Pontremoli, l'éditrice et traductrice Ena Marchi et le metteur en scène Salvo Bitonti.

Il décernera le prix Foglia d'Oro – Giusto Manetti Battiloro, dont le trophée associe cristal et feuille d'or, en hommage au savoir-faire artisanal florentin. Le prix Sguardi Mediterranei viendra compléter les distinctions, tandis qu'un jury de jeunes attribuera son propre prix Foglia d'Oro.

À 17h45, Notre salut, d'Emmanuel Marre, prendra le relais hors compétition. Récompensé à Cannes pour son scénario, le film plonge dans la France de Vichy à partir de lettres de guerre conservées dans la famille du réalisateur. Swann Arlaud y incarne Henri Marre, un ingénieur qui cherche à s'imposer dans le contexte politique trouble de l'époque. Entre patriotisme, opportunisme et quête de reconnaissance, le récit interroge les ambiguïtés du collaborationnisme et la responsabilité morale.

Le festival s'achèvera à 20h45 sur une note plus légère avec Le rêve américain, d'Anthony Marciano. Inspirée d'une histoire vraie, cette comédie suit Jérémy, employé dans un vidéoclub, et Bouna, agent de nettoyage à l'aéroport d'Orly, qui partagent le rêve improbable de devenir agents sportifs dans la NBA. Leur parcours, de la périphérie parisienne aux ambitions américaines, célèbre l'amitié, la persévérance et la possibilité de déjouer les déterminismes sociaux.

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