La nouvelle minisérie de Marco Bellocchio, un réalisateur italien acclamé au cinéma comme au petit écran, retrace l’un des plus grands scandales judiciaires de son pays. Diffusée dès février 2026 en Italie, sur HBO Max, la minisérie en six épisodes vient d’arriver sur Arte, le 8 octobre.


Milan, le 1er juillet 1977. « Portobello – Le marché du vendredi », animée par le célèbre Enzo Tortora, le Michel Drucker transalpin, est l'émission la plus regardée d'Italie avec 12 millions de téléspectateurs. L'audience ne cessera de croître pour atteindre, en quelques années, le chiffre record de 28 millions d'Italiens. Cette émission populaire permet notamment d’acheter ou de vendre des objets proposés par les téléspectateurs.
En parallèle, la série nous fait entrer dans les prisons où se joue une tout autre histoire, celle de la mafia et de la guerre entre les clans. Giovanni Pandico, un homme instable surnommé 'o Pazzo, est un proche du chef de la Nouvelle Camorra organisée, Raffaele Cutolo. Il lui sert de secrétaire, écrit pour lui et lui voue une admiration presque obsessionnelle. Depuis sa cellule, Pandico regarde régulièrement Portobello et développe également une fascination ambiguë pour Tortora, mélange d'admiration, d'attente et de ressentiment. Il lui écrit, mais ne reçoit pas la réponse qu'il espère. Il se sent méprisé et commence à considérer Tortora comme un homme qui l'aurait trompé ou humilié. Cette rancune se mêle à son obsession pour le présentateur, jusqu'à devenir un véritable désir de vengeance.
Le “camorriste” convaincu mais troublé, se présente comme un « repenti » auprès des autorités et désigne alors Enzo Tortora comme complice du groupuscule, à tort. À l'aube du 17 juin 1983, Tortora est arrêté. Cette dénonciation conduit l’animateur à un long procès et à une condamnation à dix ans d’emprisonnement. Malgré son innocence, il devient la cible des médias et de l'opinion publique.
Finalement acquitté dès 1986, Tortora devient le visage d’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire du pays.
Une série historique, portrait de l’Italie
L’histoire de Portobello est d’une certaine manière l’histoire de l’Italie des années 1980, gangrenée notamment par la mafia et la corruption.
Cette erreur judiciaire absurde donne l’occasion au réalisateur Marco Bellocchio, 86 ans et grand mémorialiste de l’histoire politique italienne (Vincere, Buongiorno Notte, Esterno Notte - magnifique minisérie sur l’enlèvement d’Aldo Moro par les Brigades rouges dans les années 1970), de s’emparer avec brio du format sériel. Le plateau de télévision, l’univers carcéral, les procès successifs… Marco Bellochio offre une reconstruction presque féroce. “C’est une série, certes. Mais Portobello, c’est aussi un film de six heures construit sur un crescendo redoutable”, estime le quotidien La Repubblica.
Si la série est réussie, c’est aussi en grande partie grâce à un casting impeccable. L’acteur principal, Fabrizio Gifuni (qui fut Aldo Moro dans Esterno Notte, en 2022) y est notamment prodigieux.
« Portobello », série en six épisodes réalisée (et coécrite) par Marco Bellocchio. Diffusée à partir du 8 octobre 2026 à 20 h 55 sur Arte, et disponible sur Arte.tv.
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