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POLITIQUE – Di Pietro, un magistrat en politique

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

 

Antonio Di Pietro fut reconnu pour son action pour la justice et sa fiabilité dans la lutte contre la corruption des hommes politiques italiens au début des années 1990. Aujourd'hui dans la politique, le succès est plus difficile et les critiques pleuvent. Où se positionne vraiment celui qui a révolutionné l'Italie par ses nombreux procès ?

Antonio Di Pietro est une figure connue de la politique italienne. A l'image de Silvio Berlusconi, il n'a pas une formation politicienne à proprement parler, mais cela ne l'empêche pas d'avoir tenté sa chance dans ce milieu. Magistrat de formation, il intègre le circuit politique après de nombreuses affaires très médiatiques. Il fut à l'origine de la très vaste opération de répression de la corruption des hommes politiques italiens au début des années 1990 sous le nom de "Mains Propres" (Mani pulite). C'est certainement son engagement pour réprimer les excès des politiques qui l'a poussé à franchir le pas. Il laisse officiellement tomber sa carrière dans la justice en 1996 pour créer en 1998 sa propre formation politique, "L'Italie des valeurs" (Italia dei valori). Depuis, Antonio Di Pietro ne déroge pas à sa ligne de conduite qui consiste à pointer du doigt tous les errements de la politique italienne, comme pour rappeler à tous quel est son passé.

(source: wikimedia)

On pourrait le croire de gauche, comme beaucoup d'anciens juges, mais il n'en n'est rien. C'est d'ailleurs lui qui se caractérise le mieux "Je ne suis ni de droite ni de gauche, j'essaye d'échapper aux extrêmes", affirma-t-il en 1996 lors de son arrivée en politique. Au centre des débats au premier comme au second degré, il a rapidement rejoint la coalition de centre-gauche du Parti Démocrate pour les grandes élections nationales. Les débuts de "l'Italie des valeurs" ne lui ont pas permis de percer seul et il s'est donc résolu à s'allier avec les Démocrates. Son parti est désormais considéré comme le quatrième du pays et son poids est donc certain dans les débats actuels. C'est aussi un fervent européen appartenant au parti des Européens libéraux, démocrates et réformateurs (parti ELDR). Il prône donc une Europe libérale et compte pas moins de 58 députés au Parlement européen. Antonio Di Pietro cumule aussi un poste de sénateur. Il est donc visible et actif dans son pays comme sur le plan européen. Malgré quelques problèmes d'énonciations souvent raillés en Italie, l'homme est maître dans l'art de la dénonciation, ce qui le place parmi les plus fervents opposants du Président du conseil.

Il obtient la démission de Berlusconi
Antonio Di Pietro est encore très marqué par sa carrière de haut magistrat qu'il a exercé à ses débuts. L'opération "Mani Pulite" au début des années 1990 a fait tomber de nombreuses têtes. En effet, sous sa direction, cette enquête fit dissoudre le Parti socialiste italien de l'époque ainsi que les Démocrates chrétiens qui étaient au pouvoir. Une vague de suicide emporta un grand nombre de dirigeants de ces formations politiques devant les révélations de trucages d'élections, d'extorsions de l'argent public et d'abus de pouvoir. En 1994, devant le chaos du pays, c'est un chef d'entreprise qui arrive au pouvoir, Silvio Berlusconi. Celui qui n'est encore qu'un ambitieux patron va aussi céder sous les coups de butoir d'Antonio Di Pietro. Ce dernier refusera même un poste à la justice proposé par Berlusconi. A peine plus d'un an après avoir accédé au pouvoir, Berlusconi démissionna alors que son fils était sous le coup d'une action en justice menée par Antonio di Pietro. Durant ce premier mandat de président du conseil, il Cavaliere fut aussi assigné en justice par Di Pietro qui l'accusait de détournements d'argent. Sa popularité en pris un coup et quelques ministres quittèrent le gouvernement (dont Umberto Bossi de la Ligue du Nord) rendant le Parlement hostile à sa politique. Berlusconi fut ainsi contraint de démissionner par manque de soutien.

Après un retour aux affaires de Berlusconi entre 2001 et 2006, Di Pietro intégra avec son parti l'opposition, comme allié au Parti Démocrate de Romano Prodi. Di Pietro fut ainsi nommé ministre des Infrastructures en 2006 quand le Parti démocrate arriva au pouvoir. Pourtant, rien ne se passera comme prévu et en 2008 de nouvelles élections furent organisées. Jamais le Parti démocrate n'aura trouvé la solution, et après seulement deux ans comme ministre des Infrastructures, Di Pietro n'aura lancé aucun projet d'envergure. Il retrouve alors son rôle habituel dans l'opposition. Il mène en 2009 la fronde contre une loi visant à donner l'immunité judiciaire au Président du conseil (la loi Alfano) ce qui provoque un grand mépris de Silvio Berlusconi. Di Pietro va aller plus loin, il fut le seul à réclamer à cette époque sa démission alors que l'opposition ne voulait pas entrer dans ce jeu qui la desservait. Rebelote fin 2010, au moment de la motion de censure du 14 décembre visant à confirmer ou à destituer Berlusconi. En pleine Chambre des Députés, il n'hésita pas à invectiver le Président du Conseil, qui préféra quitter la salle. Sous le coup de la colère, Di Pietro cria alors "rendez-vous à la justice, rendez-vous à la justice Monsieur, ou fuyez, allez aux Bahamas".

Un parti qui manque de souffle
L'Italie des valeurs et son homme fort savent à merveille pointer du doigt les errements et les erreurs du pouvoir en place. Les votes sont de plus en plus nombreux en faveur d'un homme sans reproches et toujours droit dans ses bottes. Aux élections européennes de 2009, il a capitalisé près de 8% des voix et s'insère dans le jeu politique. Pourtant, il apparait peu probable de le voir arriver au sommet de l'Etat italien. Alors que la gauche radicale est divisée et que la droite est accaparée par Berlusconi, il est difficile de réunir une majorité. Antonio Di Pietro a su utiliser l'image du magistrat irréprochable pour séduire, mais cela ne suffit plus. A ses débuts en politique, la foi en la magistrature était totale. Après l'assassinat des juges Falcone et Borsellino en 1992, rendus célèbres pour leurs luttes contre la mafia, les magistrats apparaissaient comme de véritables sauveurs de la société italienne. Pourtant, toutes ces opérations de nettoyage ont finalement déstabilisé l'Etat italien. Les politiques au pouvoir et Berlusconi en tête d'affiche, ne se sont pas privés pour souligner cet aspect.

Depuis sa démission en 1995, il Cavaliere cherche donc à discréditer l'action de juges qui ne chercheraient que le chaos en éliminant la droite du pouvoir. L'image de nombreux juges communistes entrés en politique dans les rangs de la gauche reste donc tenace pour les Italiens. Silvio Berlusconi cultive cette critique de la magistrature dont l'objectif ne serait que de le faire chuter. Antonio Di Pietro correspond parfaitement à ce portrait-robot type du magistrat de gauche (bien qu'il soit réellement du centre même s'il appartient à la coalition de centre-gauche du Parti démocrate) qui souhaite seulement faire tomber Silvio Berlusconi. Il n'arrive pas à se défaire de cette image, comme toute la gauche d'ailleurs. Les évènements à venir concernant l'avenir judiciaire de Berlusconi n'arrangent rien, mais Di Pietro devra aussi proposer plus qu'une simple opposition. Il en va de même pour sa coalition (en Italie, les coalitions sont très fréquentes pour arriver au pouvoir) du Parti Démocrate qui a du mal à diriger une opposition pour qui Berlusconi est le seul problème et qui oublie parfois le principal, c'est-à-dire les vrais problèmes des Italiens.


Jean-Marie Cornuaille. (www.lepetitjournal.com - Rome) lundi 7 mars 2011

lepetitjournal.com rome
Publié le 29 mars 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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